‹ Nouveaux essais de critique et d'histoire (volume 4)Chapitre 9 sur 33 · Louis Lambert, Théorie de l’intuition · texte numérisé non relu

Louis Lambert, Théorie de l’intuition

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accoutumé à donner un corps aux choses invisibles, il ne put contempler nos idées telles qu’elles sont et toutes pures; il prétendit que l’âme est un fluide matériel éthéré, analogue à l’électricité ; « que le j « cerveau est le matras où l’animal transporte ce « que, suivant la force de cet appareil, les diverses « organisations peuvent absorber de cette substance « et d’où elle sort transformée en volonté ; » que nos sentiments sont des mouvements de ce fluide , qu’il sort « en jet » dans la colère : qu’il pèse sur nos nerfs dans l’attente ; * que le courant de ce roi des « fluides, suivant la haute pression de la pensée ou « du sentiment, s’épanche à flots, ou s’amoindrit et « s’effile, puis s’amasse pour jaillir en éclairs. » Il crut que les « idées sont des êtres organisés, com- « plets, qui vivent dans le monde invisible, et in- « fluent sur nos destinées; » que, concentrées dans un cerveau puissant, celui d’un bon magnétiseur, par exemple, elles peuvent maîtriser le cerveau des autres, et franchir des intervalles énormes en un éclair. Il expliquait ainsi la transmission de pensée, la vue à distance, la divination prophétique, l’insensibilité des nerfs, la puissance des muscles, le perfectionnement des sens, la guérison des maladies, les apparitions, les possessions, les catalepsies, les extases et tous ces faits douteux ou étranges que nous ont légués les sciences occultes et que les sciences contestées essayent aujourd’hui de ré-

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tablir. Il expliquait ainsi bien d’aulres choses, en constructeur savant et habile, amassant beaucoup de documents et liant fort bien les faits, mais décriant involontairement ses théories par la fougue d’imagination et les aveux poétiques qu’il y mêlait. « Le plaisir de nager dans un lac d’eau pur, au mi- « lieu des rochers, des bois et des fleurs, seul etca- « ressé par une brise tiède, donnerait aux ignorants « une bien faible image du bonheur que j’éprou- « vais quand mon âme était baignée dans les lueurs « de je ne sais quelle lumière, quand j’écoutais les « voix terribles et confuses de l’inspiration, quand * d’unesource inconnue les images ruisselaient dans « mon cerveau palpitant. » Ce n’est pas ainsi qu’on trouve des lois en psychologie; il y faut plus de calme et de circonspection. Dans ce tourbillon, tout sa confond, la lumière, les sons, les idées, le monde visible et le monde invisible; on ne voit plus qu’une sorte de fantasmagorie agile et resplendissante; l’on est tout disposé à prendre» comme Louis Lambert, la pensée de l’homme pour une sorte de flamme, et les forces de l’univers pour une sorte d’éther. Au troisième siècle, quand fourmillaient les poètes, les visionnaires et les malades, on vit lesmanichéens soutenir queDieu est un liquide, brillant à la vérité et subtil, mais qui imprègne la matière pesante, à la façon d’une éponge. Heureusement nous ne sommes plus au temps des manichéens.

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Ces matérialistes étaient volontiers mystiques. Balzac était l’un et l’autre, et pour la même raison*. Les tranquilles déductions du savant dégoûtent ces cerveaux tumultueux et poétiques, elles leur paraissent lentes, froides, impuissantes; ils aiment bien mieux se livrer aux ravissements et aux éclairs magnifiques de leurs orages intérieurs. Ils finissent par y croire et les considérer comme une puissance divinatoire et supérieure, seule capable d’ouvrir à l’homme l’univers infini et les choses divines. Vous trouverez cette théorie tout au long dans Plotin, dans saint Bonaventure, dans sainte Thérèse, dans saint Martin et dans Swedenborg. Quand Balzac quittait son microscope, il était swedenborgien; il disait force mal des simples raisonneurs, * purs abstractifs, * comme il les appelle, prétendant que « les plus beaux génies humains sont partis des ténèbres de l’abstraction pour arriver aux lumières de l’intuition. » — « L’intuitif est « nécessairement la plus parfaite expression de * l’homme, l’anneau qui lie le monde visible aux « mondes supérieurs. 11 agit, il voit, il sent par son « intérieur. » Je ne sais s’il priait beaucoup, mais il parlait de la prière à la façon des illuminés. « La « dernière vie, celle en qui se résument toutes les « autres, où se tendent toutes les forces, et dont les

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