OUBLI
L'oubli suit le trépas , l'oubli le rend stérile ; Mais la glèbe pénible est un exemple utile.
(Discours sur le meurtre public.)
Outrage.
L'éloge des pervers vaut moins que leur outrage.
(Ibidem.)
Palmes. L'humanité offre des palmes immortelles aux gouvernans éclairés qui aboliront la peine de mort.
Peine. Suivant Platon , la peine est une précaution contre le crime. Or, de toutes les précautions, celle qui suffit pour arrêter le crime est sans contredit préférable à un meurtre. Grotius et Puffendorf ont défini la peine Un mal qu'on souffre pour le mal qu'on a fait. D'après cette dernière définition , il est évident que le crime doit être réparé ; mais on ne
peut en inférer raisonnablement qu'un meurtre «oit une réparation utile et nécessaire.
Mably raisonne donc sans justesse en disant contre la substitution de travaux à la peine de mort : « Ces travaux, quelque durs qu'ils soient, ne sont- « ils pas, dans toute la terre, le partage de l'indi- « gence ? Et pourquoi voulez-vous que le criminel « et l'indigent aient le même sort ? » Pour se convaincre que ce n'est là qu'un sophisme , il suffit de se rappeler ces mots de Puffendorf : « On n'est pas « flétri simplement pour avoir l'oreille coupée , ou « pour recevoir des coups de bâton ; mais parce que « l'on a mérité un tel traitement. »
Peuples. Ceux qui les font massacrer croient user du droit de souverains ; mais le prétendu droit d'exterminer les hommes n'est que le pouvoir de la tyrannie d'un Néron ou d'un Caligula.
Pouvoir. Le pouvoir absolu caractérise les tyrans. Partout où le pouvoir est extrême, la justice est foulée aux pieds.
Prisons. Yider les prisons et tuer, c'est perpétuer la doctrine des hommes féroces qui ordonnèrent les massacres exécutés à Paris en 1792, dans les premiers jours de septembre. Dans les prisons de Philadelphie, on fait travailler utilement les coupables; jamais on ne les égorge, ni en public, ni en secret.
Pudeur. La pudeur n'est pas moins violée que la sensibilité par les femmes qui assistent aux spectacles sanglons»
Raison. La raison veut que la justice et l'humanité soient inséparables; elle ne peut faire alliance avec la cruauté.
Ravaillac. François Ravaillac avait assisté dévotement à la messe et avait communié pour se préparer à frapper Henri IV. Dans un interrogatoire , l'assassin avait fait suivre sa signature de ces deux lignes rimées :
Que toujours dans mon cœur Jésus soil le vainqueur!
Une de ses déclarations portait : « J'ai cru bien « faire , en tuant un roi qui voulait faire la guerre « au pape. J'ai eu des visions , des révélations ; j'ai « cru servir Dieu. » On sait que , du tems de Henri IV, des jésuites, trompettes du fanatisme, enseignaient qu'il était permis d'arracher la vie à quiconque mettait en danger la religion catholique , en faisant la guerre au pape. Ravaillac avait saisi avidement cette doctrine ultramontaine. Il commit son exécrable forfait le 14 mai 16 10. Il fut exécuté le 27 du même mois , âgé d'environ 32 ans. Le genre de son supplice fut un des plus horribles attentats contre l'humanité.
Rétorme des lois. Toutes les lois dont les effets sont irréparables et par conséquent injustes, doivent être abolies.
Régicides. Les juges régicides ont regardé comme juste la peine de mort. Leur doctrine fut celle des juges homicides. Il n'est donc pas étonnant que des rois et des citoyens soient devenus la proie des bourreaux. Tous les fauteurs de la peine de mort qui l'ont prononcée au nom de la loi , ont violé la sûreté publique ; j'allais ajouter qu'on a violé jusqu'au testament de Louis XYI , roi généreux envers les députés qui le condamnèrent à mort.
Repentir. Chaque religion accueille favorablement le repentir ; la peine de mort le méprise et le rejette. Comment se fait-il donc que la loi d'un état soit en opposition avec le culte qu'il adopte luimême ?
Robespierre *. N'imputons pas au plus fameux député de la convention tous les crimes dont il a été chargé après sa mort. Plus il en avait commis , moins il est nécessaire d'en exagérer le nombre. Un historien partial est un malhonnête homme. Qu'il nous suffise ici de transcrire le passage du dernier discours prononcé par Robespierre à la convention nationale,
* Maxiniilien-Isidore , né à Arras , en 1739.
le 8 thermidor an II ; 26 juillet 1 794 , veille de son supplice. Il est évidemment prouvé par ce passage que le faux ami de la liberté songeait peu à demander l'abolition de la peine de mort.
« C'est nous qu'on assassine , et c'est dous que l'on « peint redoutables! et quels sont donc ces grands « actes de sévérité que l'on nous reproche ? Quelles « ont été les victimes? Hébert, Ronsin, Chabot, « Danton, Lacroix, Fabre d'Églantine et quelques « autres complices. Est-ce leur punition qu'on nous « reproche ? Aucun n'oserait les défendre. Mais si « nous n'avons fait que dénonça- des monstres dont « la mort a sauvé la convention nationale et la ré- « publique, qui peut craindre nos principes, qui « peut nous accuser d'avance d'injustice et de tyran- « nie, si ce n'est ceux qui leur ressemblent? Non, « nous n'avons pas été trop sévères ; j'en atteste la « république qui respire; j'en atteste la représen- « tation nationale, environnée du respect dû à la « représentation d'un grand peuple; j'en atteste les « patriotes qui gémissent encore dans les cachots que « les scélérats leur ont ouverts ; j'en atteste les nou- « veaux crimes des ennemis de notre liberté et la « coupable persévérance des tyrans ligués contre « nous. On parle de notre rigueur, et la patrie nous « reproche notre faiblesse. » {Page 6 du dernier
discours prononcé par Robespierre à la convention nationale, le 8 thermidor an II. )
Servan. Son discours sur l'administration de la justice criminelle l'a immortalise. Ses principaux ouvrages sont : deux Discours dans la cause d'une femme protestante , quatre Discours sur une déclaration de grossesse et un discours sur les mœurs, prononcé au parlement de Grenoble. Il était né à Romans , le 3 novembre 1 7 3 7 ; il mourut le 4 novembre 1807.
Sortilège. Crime chimérique dont l'ignorance, le fanatisme et la cruauté ont soutenu l'existence.
Supplices. Les supplices endurcissent et rendent barbares ceux qui en sont les témoins.
Des supplices affreux ne sauvaient pas les rois ; On prit l'atrocité pour la force des lois.
(Discours sur le meurtre public.)
Sylla. Les proscriptions que ce barbare avait ordonnées firent périr 4*700 hommes. Plus de 600 prisonniers furent massacrés par ordre de Sylla, quoiqu'il leur eût promis la vie.
Tibère. Qui le croirait ? Ce cruel empereur abrogea les sacrifices humains ; mais pour se défrayer du sang qu'il épargnait, il fit, mettre en croix les prêtres qui avaient immolé des victimes humaines.
Titus. Ce grand homme fut surnommé l'Amour et les délices du genre humain. En montant sur le trône, il jura qu'il ne laisserait jamais répandre le sang, même celui des criminels. Quelque tems après ce serment , deux conspirateurs lui furent amenés. Il leur parle avec affabilité, les admet à sa table, les comble de bienfaits, et les rend ainsi les plus fidèles de ses défenseurs.
Trajan. «O tems heureux, s'écrie Tacite, en « parlant du règne de ce prince, où l'on n'obéit « qu'aux lois, où l'on peut parler librement et dire « librement ce que l'on pense, où l'on "voit tous les « cœurs voler au-devant du prince, où sa vue seule « est un bienfait ! »
Trajan n'eut pas besoin d'espionnage ; il rendit des ordonnances contre les délateurs , et abolit tous les prétendus crimes de lèse-majesté. Il disait que « le « fisc est dans l'état ce que dans le corps humain est « la rate, qui ne peut croître sans que les autres « membres en souffrent et tombent dans l'amaigris- « sèment. »
Usage. L'adoption que la plupart des peuples ont faite de la peine de mort ne peut en justifier l'usage, « Quelle honte, s'écrie l'orateur romain, d'alléguer « pour des preuves de la vérité , ce qui n'est que- » prévention et coutume ! » Le droit ne résulte pa&
du fait. Portée à son comble, la déraison des peuples et des législateurs a éclaté partout. Ici , le vol est honorable ; là, une loi permet aux magistrats de recevoir des présens; ailleurs, l'inceste est une chose licite. Dans certains pays, on se nourrit de chair humaine crue; en d'autres, on fait cuir des cadavres, on les pile, on en forme une bouillie, et on la boit , mêlée avec du vin; il est des pays, où, quand un homme est vieux, son fils lui ôte la vie; il y a d'autres pays où l'on fait dévorer les vieilles gens par de gros chiens : coutume qu'Alexandre eut la gloire d'abolir. Chez certains peuples on tue tous les enfans femelles qui naissent, et l'on achète des femmes à ses voisins; chez d'autres on mutile les enfans mâles; enfin il existe des villes où les magistrats distribuent du poison à quiconque est las de vivre. De pareils usages dégradent le genre humain. On ne peut donc se prévaloir raisonnablement de l'usage en faveur de la peine de mort.
L'usage est souvent ridicule, absurde ou atroce.
Regardons autour de nous Mais comme il est
dangereux, quand on aime la vérité, de parler et d'écrire d'après l'impulsion de sa conscience , transportons-nous par la pensée dans un pays lointain.
A Loango, en Afrique, le plus funeste des présages, c'est de voir le roi boire ou manger. Aucuu
domestique n'assiste à ses repas. Il faut que le monarque, étant à table, soit seul. Malheur à tous les curieux, à tous les imprudens qui s'introduiraient dans sa salle à manger !
Les voyageurs rapportent qu'un roi de Loango fit assommer un chien qu'il aimait beaucoup, et qui, l'ayant un jour suivi, avait assisté à son diner.
Agé de huit ans, le fils d'un autre roi de Loango, étant entré par hasard dans la salle où son père mangeait, celui-ci se lève brusquement de table et fait appeler le grand-prêtre qui saisit l'enfant, l'égorgé, et frotte de son sang les bras du roi, pour détourner de lui les malheurs dont il venait d'être menacé par la présence d'un fils imprudent.
Ainsi le veut la superstition :
L'innocent égorgé doit sauver le coupable,
Utixe. Tout ce qui est utile n'est pas juste. Il ne faut donc pas soutenir qu'il est utile de vider les prisons et de tuer les coupables ou les hommes présumés tels; il faut concilier la justice avec l'humanité.
Vainqueur. Ce n'est pas dans la mort des prisonniers de guerre , c'est dans la générosité que nous voyons la gloire d'un vainqueur.
Vertu. Trop souvent persécutée, la vertu fut traînée à la mort par les faux croyans. Puissent les
gouvernans éclairés ne pas oublier qu'en Espagne, l'inquisition fit brûler vifs, dans l'espace de quatre siècles, trente-quatre mille six cent cinquante-huit innocens , et qu'elle en aurait fait brûler un nombre bien plus effroyable encore, si dix-huit mille hommes ne s'étaient sauvés des flammes par une prompte fuite.
Nous l'avons dit, et nous le rappelons à ceux qui, n'ayant pas un cœur d'airain, ne peuvent regarder la sensibilité comme une faiblesse.
On frappe la vertu, trop souvent malheureuse, On la livre aux bourreaux , on veut la rendre affreuse. Le méchant l'aperçoit , il recule , il a peur , 11 l'évite et du crime attend le prix trompeur. Cruels , qui le poussez au bord du précipice , Que lui reprochez-vous ? ce que fait la justice En frappant la vertu des plus terribles coups. Trompé par votre exemple , il a fait comme vous. (Discours sur le meurtre public.)
Vindicte publique. Expression barbare, dont le sens est atroce.
Xantus. Ce prêtre athénien fut l'un des accusateurs de Socrate.
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