‹ Nouveaux essais sur le greffage des plantes herbacéesChapitre 2 sur 3 · T. LV · texte numérisé non relu

T. LV

par tous les horticulteurs dans le groupe des variétés parcheminées avec le Soissons à rames. Il fallait donc, comme je l’ai fait, remplacer le Noir de Belgique par une variété dite mangetout ou sans parchemin.

Mes expériences sur les Haricots étaient comprises de la façon suivante : variété naine greffée sur variété géante et réciproquement, chaque variété étant greffée sur elle-même et aussi cultivée à part sans greffage; de même pour les variétés parcheminées; de cette façon, on comprend qu’avec un seul type de greffe on pouvait étudier les variations de deux caractères au lieu d’un seul; il suffisait, par exemple, d’associer une variété naine et sans parchemin à une variété géante et parcheminée.

Les plantes greffées ou non greffées ont très bien végété, fleuri et fructifié et toutes les personnes qui les ont examinées régulièrement n’ont pu constater aucune variation importante, soit dans la taille, soit dans la qualité du fruit (PI. XY, fig. 8). J’ai même remarqué que plusieurs pieds à rames greffés sur variétés naines étaient plus grands que des pieds de la même variété non greffés, ce qui n’étonnera pas du reste les personnes qui sont habituées à observer les plantes cultivées.

Quant au Haricot noir de Belgique qui, je le répète, est nain et parcheminé, il s’est comporté comme les variétés précédentes ; sur aucun des pieds je n’ai pu constater le fait rapporté par M. Daniel, à savoir que dans la greffe simple du Haricot noir sur le Haricot de Soissons le greffon reste plus petit que le témoin non greffé. M. Daniel explique ses résultats en disant que dans le bourrelet l’union vasculaire est peu importante et que, par suite, le greffon ne peut utiliser l’excès de nourriture mis à sa disposition par le sujet à capacité fonctionnelle plus élevée. Il est donc probable que dans mes greffes, bien soudées, l’union vasculaire était bonne, ce qui a permis au greffon de prendre un développement normal.

En résumé, les résultats que j’ai obtenus en 1907 sur la greffe des plantes herbacées (Solanées et Légumineuses) confirment ceux de 1906* Les deux plantes associées ont conservé dans chaque cas leur autonomie et n’ont jamais donné naissance à ce qu’on appelle des hybrides de greffe.

Je tiens toutefois à déclarer en terminant, afin qu’il n’y ail

pas d’équivoque, que ces essais et ceux de l’année précédente ne prouvent pas que l’hybridation asexuelle soit impossible. Ils doivent être étendus à d’autres végétaux; ils doivent aussi porter sur le côté chimique dont je ne me suis pas occupé jusqu’ici. Cependant, quand je cherche à constater l’influence spécifique du sujet sur le greffon et réciproquement, ou bien je ne trouve rien, ou bien je ne vois que des variations de nutrition générale souvent contraires à ce que devrait produire une hybridation et, en tout cas, de même nature que celles qui apparaissent en dehors de la greffe. Pourtant, M. Pichenaud, l’habile jardinier-chef qui m’a prêté son aide intelligente au Jardin botanique de l’Ecole de Grignon, réussit admirablement toutes les greffes et les élève avec le plus grand soin ; ces greffes ont été très nombreuses, de façon à éliminer les influences individuelles. Il est étrange que, dans ces conditions, je ne puisse retrouver les résultats qui ont été énoncés. Et si j’ajoute ces résultats négatifs à ceux de Vochting, de Geignard, du regretté Laurent sur les plantes herbacées, de Ravaz, de Vjala et Pacottet, de Capes sur la Vigne et à ceux de nombreux autres expérimentateurs botanistes et praticiens 1 , si l’on veut bien reconnaître avec Strasberger la fragilité des preuves en ce qui concerne l’origine des trois ou quatre soi-disant hybrides de greffe célèbres, on conviendra que les partisans de l’hybridation asexuelle n ont pas le droit de nous traiter dédaigneusement de « dogmatiques », fermant les yeux à la réalité ou se laissant influencer par les considérations économiques que soulève la question du greffage de la Vigne.

Au reste ce fameux « dogme » de l’indépendance spécifique du sujet et du greffon n’est nullement basé sur un apriorisme quelconque; il est simplement, comme la plupart des théories scientifiques, l’expression des résultats de nombreuses recherches expérimentales et aussi d’observations séculaires, qui, pour n’avoir pas toujours été faites par des botanistes de profession, sont, on en conviendra, loin d’être sans valeur.

Que cette théorie spit trop exclusive, qu’elle doive çà et là laisser place à l’hybridation asexuelle, je ne puis, je le répète,

1. Voir en particulier : Congrès international de Viticulture , 6-9 juillet 1907. Angers.

dire que ce soit radicalement impossible, bien que cela me paraisse improbable ; mais, pour admettre cette hybridation, il nous faut des faits authentiques , vérifiables , et ne pouvant s'expliquer que par elle. Cherchons encore.

Explication des planches.

Planche XIV.

Fig. 1. — Greffe d’Aubergine longue sur Tomate.

Fig. 2. — Greffe de Piment long sur Tomate.

Fig. 3. — Greffe de Piment carré sur Piment long.

Fig. 4. — Aubergine violette ronde non greffée.

Planche XV.

Fig. 5. — Aubergine écarlate greffée sur elle-même.

Fig. 6. — Aubergine violette ronde non greffée (un fruit est devenu aplati et côtelé).

Fig. 7. — Greffe de Belladone sur Pomme de terre.

Fig. 8. — A droite, greffe de Soissons à rames sur Soissons nain. A gauche, greffe de Soissons nain sur Soissons à rames.

A la suite de la communication de M. Griffon, M. Lutz, se plaçant exclusivement sur le terrain chimique, dit que les recherches qu’on serait tenté de faire dans ce sens, en s’inspirant de celles déjà anciennes de Strasburger, sur des greffes de Belladone et de Pomme de terre, ne pourraient donner que des résultats imprécis. On sait en effet que dans le groupe des Solanées mydryatiques la nature des alcaloïdes varie de la plante fraîche à la plante sèche. Pour la Belladone en particulier, la plante vivante ne contient pour ainsi dire pas d’atropine, mais bien de l’hyoscyamine, au dépens de laquelle l’atropine prendrait naissance au cours de la dessiccation, en vertu d’un processus encore mal connu. On ne peut donc songer à rechercher l’atropine dans la Pomme de terre.

D’autre part, le dosage des alcaloïdes totaux n’est pas davantage possible, par suite de la présence de solanine dans les jeunes pousses de Pommes de terre.

De semblables expériences, qui fourniraient un intéressant parallèle aux observations de M. Guignard sur la greffe

Page 1