‹ Nouveaux fragments philosophiquesChapitre 17 sur 50 · IS · texte numérisé non relu

IS

l'intelligence finie de l'homme cl la région inférieure de ce monde.

Mais l’idée ne reste point et ne peut rester à l'état absolu dans le sein de l'éternelle intelligence. Comme elle est cause en même temps qu'elle est essence et attribut substantiel , elle entre , par sa propre force et l'énergie dont elle est douée , dans l'action et le mouvement , et elle passe dans l'humanité et dans la nature. Elle n’est plus alors à au ri xaû' aurS, mais elle devient c7<b,- dans l'esprit humain , et i<féa dans la nature; elle est là ce qu’il y a encore d'absolu mélé au relatif. Dans l’esprit humain , est l'idée générale, car c’est toujours une notion de généralité qu’il faut attacher à ce mot. Or , la généralité est précisément ce sans quoi il n'y a pas de véritable connaissance possible. En effet, sans généralité, pas de définition ; car d’abord toute définition emporte l’idée de l’élre , laquelle est essentiellement générale ; ensuite toute définition se fait nécessairement per genus aussi bien que per differentiam , l’élément de la différence supposant toujours un élément général , qui seul classe , c'est-à-dire , définit l'individu à définir ; de sorte que tout individu et toute espèce doivent se rapporter à un genre pour être définissables , c'est-à-dire pour être intelligibles; et que la pensée la plus particulière en apparence , pour être une pensée , implique une notion quelconque de généralité , r/ elJbç. L'elJb*; est donc dans l'esprit humain le fondement de toute connaissance ; ce sont là les principes directeurs de l’entcnde-

ment , les notions universelles et nécessaires , les lois de tout jugement et de toute conception , les universaux du péripatétisme. Voilà pourquoi lV<Jb< est presque toujours développé dans Platon par le jmcS’ cteu ; par exemple, tÎJii rij,- àperijt ou àpezif xaù' ôàcu, Ménon, Bekk., p. 559; et partout ailleurs, de la même manière. Kæt’ fltfes, xjct’ fictif Xéyeiw, gkctüv , veut dire considérer les choses sous un point de vue général , comme, par exemple, le kxz fictif cksteIv du Politique qu'explique parfaitement l’expression analogue du Sophiste, xxzà yivoi Jittxpfaeiv. On trouve déjà cette expression technique dans le passage suivant du Phèdre : Je! yxp âv6pmrw Çuviévxi kxz' fidb{ Xtyépuvzv , tx isv aioOifSfuv ei{ év teyiv/jüÿ Çwxipcûftevw.

Bekk., p. 45 et 46 : En effet le propre de l'homme est de comprendre le général, c'est-à-dire ce qui , dans la diversité des sensations, peut être compris sous une unité rationnelle. Kæt’ fîJbt Xeyifif vcv (suppléez rc avec lleindorf et Schleiermacher, soit en le sous-entendant, soit en l'insérant dans le texte) est proprement ici la catégorie de la généralité.

Nous avons vu que l'idée de la généralité enveloppe et domine dans l'esprit humain les idées les plus particulières, et que par conséquent Ici <fot est le fond même de l’esprit humain, qui par là se maintient dans un rapport constant avec l’intelligence absolue. Or la nature est la sœur de l'humanité ; elle est fdle comme elle de l’éternelle intelligence ; elle la réfléchit , elle la représente comme elle , mais d’une autre manière ,

{le

Digitizçd£y G£

LANGUE ne LA TUÉOIUK DES IDÉES. 15V»

d’une manière moins intellectuelle et par conséquent moins intelligible, claire pour les sens, obscure à la pensée. L’c/Vb,- à ce degré est i<féx; YiJia est l'e7 Aplombé en ce monde , l’esprit devenu matière, revêtu d’un corps et passé à l’état d'image. Mais dans cet état même YiJia conserve son rapport et avec l'e* J:t et avec lVieJbç aCro xa$’ xjzs, et par conséquent elle implique toujours quelque généralité , non plus dans la forme intérieure de la pensée, mais dans la forme de l’objet. L’/Vftx est la forme idéale de chaque chose ; c’est par elle que la nature aussi est idéale, intellectuelle et qu’elle a sa beauté. Sans doute la généralité que retient I7<A?« est fort au-dessous de celle de YuAf, comme les lois de la nature sont infiniment moins générales que celles de l’esprit ; cependant on ne peut pas nier que ce mot ne réveille encore indirectement quelque notion de généralité , en même temps qu’il s’applique directement à une image, à quelque chose d’extérieur et de visible.

Tel est le sens propre des mots e'Jbt aùrs kxO' xôt s, oVeç, îàêôt, et c’est dans ce sens que Platon les prend ordinairement. Mais il faut convenir que eIJoç et /Wa se permutent fréquemment , et il n’est pas rare de trouver Hit t pour (J Jet, Phèdre, Bckk., p. 25, 39, 78 et 79, comme on y trouve aussi quelquefois tiJbi pour une espèce et non pour un genre ; ainsi dans le Phèdre, Bckk., p. 79, kxt eî<f>f réfjtveiv veut dire diviser l’idée générale dans ses éléments. Mais alors il ne faut pas entendre par toutes les particularités possibles ,

mais seulement les éléments essentiels d’une idée , les especes, non les individus, ce qui implique encore quelque généralité, comme Mèct, employé même pour eiJbi, implique presque toujours encore un regard au monde extérieur.

Les idées de Platon subsistent sous des noms différents dans la philosophie moderne. Ce sont les vérités éternelles de Leibnitz , dont le dernier fondement est cet esprit suprême et universel qui ne peut manquer d’exister, dont l' entendement, à dire vrai , est la région des vérités éternelles... Ces vérités nécessaires contiennent la raison déterminante et le principe régulateur des existences mêmes, et, en un mol, les lois de l'univers. Ainsi ces vérités étant antérieures aux existences des êtres contingents , il faut bien quelles soient fondées dans l’existence d'une substance nécessaire. Cest là où je trouve l'original des idées et des vérités. Leibnitz, Nouveaux Essais sur l’entendement humain, livre IV, ch. n. Ce sont encore, à un degré inférieur, les lois de la constitution de la nature humaine , les principes du sens commun de la philosophie écossaise; mais les Écossais se sont servis de leurs lois et de leurs principes sans approfondir leur nature , sans reconnaître leur origine , sans embrasser toute leur portée, sans les compter ni les classer , sans tracer l’histoire de leur apparition et de leur développement dans la conscience, sans les suivre dans leurs conséquences ni les rapporter à leur premier et dernier principe. Kant a été infiniment plus loin dans la même route. Le

schématisme rappelle les catégories l’e’Jsç, et

les ides de la raison pure les toty &ùrk kx'j zùtx. J’ose à peine ajouter qu’il y a dix ans, j'ai tenté, selon mes forces, une théorie complète des vérités absolues, dont on peut voir uue esquisse imparfaite sous ce titre : Programme des leçons données à l’école normale pendant le premier semestre de 1818 sur les vérités absolues. Fragments philosophiques.

le

ANTÉCÉDENTS DU PHÈDRE

Page 1