LEÇON 49 , FOLIO 79 — 80 VERSO
( ’E^ii fj-i'j ou» TT à VT a r-/va>xù$ npirtpov î) ûuîïj — ineilàv ou»
àifixoïvzxt ne tpx tô » Suxa t », v . > « J’étais instruit de ce désordre avant vous. — Lors donc que les hommes arrivent devant leur juge..., » p. 405-407.
Afin que les voiles dont le mythe couvre la vérité ne nous la dérobent pas entièrement , Platon mêle au mythe une idée vraie. Suivant le mythe , Plulon et ses ministres , c’est-à-dire les puissances angéliques , vont se plaindre à Jupiter. Alors Platon suppose que ce dieu leur répoud : Je connaissais avant vous l'abus que vous me dénoncez , et, pour y remédier, j’ai établi juges mes fils. Voyez comme le mythe , fidèle à sa nature , divise ce qui est inséparable , et suppose des degrés et des époques différentes dans l'établissement de l’ordre. Mais en même temps l’erreur sc corrige d’elle-mémc , et ce qui est imparfait nous conduit à cc
OLYMPIODORE.
qui est parfait. Car Platon déclare que Dieu savait déjà ce dont on se plaint. En effet , si Dieu surpasse par son essence les choses de ce monde , comment son intelligence ne saurait-elle pas tout ce qui arrive, lui qui a dit :
J’entends le muet, je comprends sans qu'on parle.
K.ai xoifoü fu » iijfii xai où XuXoïmxot ixoùoi.
Pourquoi les trois juges sont-ils appelés fils de Jupiter? Pourquoi les uns jugent-ils les Asiatiques, et les autres les Européens ? D’abord il est ridicule de supposer que des hommes jugent encore dans l’autre monde ; ensuite , comment croire que des dieux engendrent des hommes? I)e plus, les hommes morts avant les juges n’auraient donc pas été jugés; enfin les âmes n’ont donc pas toutes des juges , car l’Asie et l’Europe ne composent pas le monde entier, mais seulement la partie que nous habitons ; elles ne s’étendent pas dans la partie opposée de la sphère terrestre. Voici la vérité : chacun est dit symboliquement fils d’un dieu , selon sa manière d’être. Celui qui mène une vie conforme aux lois de l’intelligence, est fils de Saturne, parce qu’il agit comme un dieu. Celui qui pratique la justice , est fils de Jupiter. Comme ces trois hommes , Minos , Rhadamanlc , Éaque , ont mené une vie juste , on les appelle fils de Jupiter, et le mythe suppose qu’ils jugent dans l’autre vie.
Que signifie l’Asie et l’Europe ? L’Asie, contrée orientale, patrie de la lumière, représente les choses célestes ; l’Europe , située à l’occident et plongée dans l’ombre ,
OLYMPIODORE.
représente les choses terrestres. L’Asie et l’Europe désigncnldans le mythe la vie du ciel et la viede la terre.
Pourquoi deux juges |>our l’Asie , et un seul pour l’Europe? Ne devrait-ce pas être le contraire , puisque les choses célestes que représente l'Asie se rapportent à l’unité , et les choses terrestres que représente l’Europe , à la dualité? Nous répondrons que la supériorité de l’unité sur la dualité est ici conservée; car que dit le mythe ? < Je donnerai à Minus la supériorité ; si Éaque et Khadamantc doutent , ils s'en rapporteront àMinos. 1V0U8 voyez donc comment la dualité est rapportée à l'unité. Mais quoi ! les juges de l’autre vie sont sujets au doute ? D'ahord le doute engendre la science; ensuite Platon appelle doute la connaissance dans un degré inférieur relativement à la connaissance divine. Puissances subordonnées, les deux juges dépendent du principe un et universel.
Les juges siègent dans une prairie, et jugent dans un carrefour où aboutissent trois chemins. Qu’esl-cc que celte prairie ? Les anciens donnent ît la génération (yévea iç) le nom d'humide. C'est ainsi qu'il est dit au sujet de l’àme :
Les Ames des mortels périssent par l'humidité.
'fuxéetv fîp OTiatf OavatOf ir/poTa t ■/£ viaQcti.
Le lieu du jugement s’appelle une prairie, à cause de l'humidité et de la variété. Trois chemins y aboutissent, parce qu'entre les âmes qui sortent de ces lieux , les unes s’élèvent , étant dignes de monter
OLYHNODORE.
fers les cicux , les autres sont précipitées vers la terre , l'aulrcs enfin se rendent dans un lieu intermédiaire.
Le nom de juge vient de ce que le juge sépare , tiXâKei , condamne l’injustice et récompense la vertu ; :ar quand on dit que les âmes s’élèvent et qu’elles descendent, ces mots ne se rapportent pas aux lieux.
Ici parmi les trois chemins Platon n'en désigne que deux , celui du ciel et celui de la terre , et il ne parle plus du chemin intermédiaire qui couduil à la génération , mais c'est à nous de concevoir le milieu , étant donnés les extrêmes.
On trouve plus souvent, dans les mythes des philosophes que dans ceux des poètes, des démonstrations etées au milieu du mythe , semblables à l'affabulation des fables d’Ésope. Ainsi l’on pourrait demander comment les juges , habitant toujours l'autre monde , savent ce qui se passe dans celui-ci. Platon répond que la mort n’est que la séparation de l’àmc d’avec le corps. Comme le corps conserve quelque temps après la mort les vestiges de ce qu'il a éprouvé pendant la vie , de même Pâme porte la trace de sa vie passée , c’est-à-dire la conscience : les juges , en voyant celle trace, apprennent quelles furent ses actions. Il emploie cette démonstration pour le mythe vulgaire.
LEÇON 50, FOL. 80 VERSO — 82 FIN. i ’EirsiÆàv où» àfix«»Tat ir apk ro» «îwas-ni». » « Lors donc que les hommes arrivent devant leur juge..., « jusqu’à la fin, p. 411.
Platon Ole au mythe son caractère poétique , en y
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ajoutant des démonstrations qui appartiennent proprement au mythe philosophique. Après avoir dit que les juges sont nus , et que les morts gardent leur conscience , il ajoute que les rois sont jugés plus sévèrement. 11 cite Tantale , Sisyphe et Titye. Ce dernier est étendu sur la terre , et un vautour lui ronge le foie ; le foie signifie qu'il iv vécu selon la concupiscence, la terre exprime ses sentiments terrestres. Sisyphe , qui a vécu selon la faculté irascible et ambitieuse , roule une pierre , et ensuite la laisse retomber ; car l’àine mal réglée tourne toujours autour des mêmes objets, xspt aura xarapptf ; il roule une pierre, corps dur, image de la vie matérielle. Tantale est au milieu des eaux ; des fruits sont suspendus au-dessus de sa tète ; il veut les cueillir, ils disparaissent , emblème de la vie dominée par l’imagination ; c’est ce qu’exprime le fruit qui s’enfuit sans cesse.
On a demandé pourquoi Platon fait Minus et Rhadamanlc juges d’Asie, tandis que l'un était Libyen et l'autre Crétois ? Mais selon les géographes qui divisent la terre que noits habitons en Asie et Europe, la Libye et la Crète fout partie de l’Asie.
Les âmes qui n'ont commis que des fautes légères ne sont condamnées que pour peu de temps, et une fois purifiées, elles s'élèvent, non par rapport au lieu, ce qui est symbolique, mais moralement, par rapport à leur manière d'être. Les âmes coupables de grands crimes sont condamnées à toujours, n’étant jamais purifiées. Quoi donc, le châtiment ne cesse-t-il jamais ?
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11 faut sans doute que la douleur passe sur les souillures contractées par le plaisir ; mais le châtiment n'est pas éternel : mieux vaudrait dire que l’âme est périssable. Un châtiment éternel suppose une éternelle méchanceté : alors quel est son but ? Il n'en a point ; il est inutile, et Dieu et la nature ne font rien en vain. Qu’entend donc Platon par toujours, pci? 11 y a sep» sphères : celle de la lune, celle du soleil, etc. Il y a de plus celle du ciel fixe. Celle de la lune se retrouve à son état primitif plus promptement que les autres ; la révolution de cette planète s’opère en trente jours. La révolution du soleil est plus lente; elle dure une année; celle de Jupiter l’est encore plus, elle s’achève eu douze ans ; celle de Saturne ne s’accomplit qu’en trente. Ainsi les astres ne se retrouvent simultanément à leur point de départ que rarement. Par exemple, Jupiter et Saturne ne se retrouvent simultanément au même point que tous les soixante ans. Eu effet, Jupiter revenant au même point en douze ans, et Saturne en trente, il est évident que pendant que Jupiter accomplit cinq fois sa révolution, Saturne achève deux fois la sienne. Or trente multiplié par deux égale douze multiplié par cinq, égale soixante. C’est pendant de semblables périodes que les âmes subissent leur châtiment. Les sept sphères finissent aussi par se retrouver dans la même situation par rapport au ciel fixe, mais seulement après plusieurs myriades d’années. Par le mot toujours, Platon entend la période de temps qu’elles emploient â cette grande révolution.
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Les âmes des parricides et celles des autres grands criminels sont punies à toujours, c'est-à-dire pendant toute la durée de celte période. Mais , dit-on, si un parricide mourait aujourd'hui, et que la grande révolution des sept sphères s'achevât dans six ans, ou dans six mois, ou dans six jours, ne serait-il puni que pendant cet intervalle ? Non, mais si la période est de mille ans, ils souffre pendant mille ans, à compter du jour de sa mort. L'àmc elle-même se corrige, mais peu à peu ; et ensuite, selon son mérite propre, elle reprend de nouveau $es organes sur cette terre dans l’état où les a laissés sa première vie.
On peut dire aussi que les âmes souffrent ces supplices par l'imagination , et qu'elles s'épouvantent à l'aspect des tilles aux yeux sanglants, comme parle le tragique. Sachez que les âmes qui doivent être purifiées ne sont pas seulement châtiées dans l'autre monde, mais encore dans celui-ci : quelquefois même, n'ayant pas été purifiées dans le premier, elles le sont sur la terre. Le châtiment les améliore et les rend plus susceptibles de purification. Car, au fond, rien ne purifie l'âme, si ce n'est la reconnaissance intérieure de ses fautes, reconnaissance qui ne s’accomplit que par la vertu. Et celle-ci n'a reçu son nom, dper*/, que parce qu’elle doit être embrassée pour elle-même , àlperij. Ce n'est donc pas le châtiment qui purifie l'âme, mais l’amendement, de même que le médecin ne peut seul opérer la guérison, si le malade ne suit le régime qu’il lui prescrit. L’àme, en arrivant sur la terre, oublie les
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châtiment» de l’autre monde; car si elle conservait toujours ses souvenirs, elle ne pourrait pécher. Or l'oubli lui a etc donné pour son bien, car autrement elle pratiquerait la vertu sans désintéressement et sans liberté. L’âme est donc châtiée, même dans ce monde ; mais elle paraît surtout se purifier dans l’autre, car la vie incorporelle, dont elle jouit alors, est plus propre à sa nature.
< L’un et l’autre portent scs jugements, tenant une baguette en main. Pour Minos, il est assis à l’écart : il a un sceptre d’or... p. 410. » « P iSSov î/wv... xpwoï»
9Xr,7CTfOV. »
La baguette signifie la marche droite et égale de la justice. Le sceptre est le signe de l’égalité ; il est d’or, c’est-à-dire immatériel , car l’égalité est immatérielle, dégagée de tout intérêt. L’or désigne ce qui est immatériel, parce que seul, de tous les corps, il est incorruptible.
« Arrivé en présence de son juge, le fils d’Ëgine, quand il t’aura pris... p. 411. > « T&» ’Aiytvijs uïov. »
Platon met cette périphrase : fils d’Égine, parce que Calliclès était Éginète.