REFLEXIONS SUR LA CENSURE
de celui qui dit. Que m' imporie? k celui qui dit : Dieu n'e$t qu'un mot.
Voilà ce qu'on défend de dire sou6 un ministéie qui , à la vérité, n'a pas, que -je sache, la prétention d'être religieux, mais qui ne désavoue pas encore celle d'être royaliste. Les censeurs forment, à l'entendre, une espèce de jury dont il doit respecter l'indépendance. Mais , d'abord , qui nomme les censeurs ? et , en second lieu , est-ce à huit ou dix hommes amovibles et non responsables, ou au ministère, que les pouvoirs de l'Etat ont confié la censure? Pourquoi les ministres la demandoient-ils, s'ils ne Touloient pas l'exercer ? Qui les autorise à faire présent d'un pareil privilège à qui que ce soit? Pensent-ils sérieusement pouvoir se cacher derrière les agents qu'ils emploient ? Espèrent-ils qu'on se méprendra sur la main qui donnerimpulsion? Et voudroient-ils, d'ailleurs, en condamnant à l'indépendance des hommes qui n'ont pas dû s'y croire exposés en celte occasion , paroitre dédaigner leurs services, et affliger leur docilité ? Cela est impossible. Les censeurs sont leurs délégués, ne peuvent être que leurs délégués. Tout ce qu'ils font , le mi-
ET suB t*)jMivERsrri. 197
Diatère le fait ; et c'est par la censure qu'en ce moment on peut le mieux juger de ses principes et de Tçaprit ^i l'anime. Or, jusqu'ici, l'on ne voit de sa part que de tristes efforts pour garder un certain milieu entre le bien et le mal , entre la Térité et l'erreur » et une- continuelle hésitation qui laisse subsister toutes les espé* rances et toutes les craintes.
Et pour ne parier que de l'objet qui nous intéresse spécialement , que penser des dispositions du ministère à l'égard de la religion, lorsque la censure ae souffre pas qu'on en expose l'état réel ? Reprenons le seul paragraphe qui l'ait blessée dans notre article , et toyons s*il renferme rien d'exagéré.
Depm$ quaire ans ta religion de l'État £$t opprimée en France. Pour nier ceci, il faudroit soutenir, entre autres choses, que mettre une religion dans l'impuissance {>resque absolue de perpétuer son sacerdoce , ce n'est pas opprimer cette religion; ou, en d'autres termes, que la détruire ce n'est pas l'opprimer. Nous ne serions pas étonnés qu'en effet on le soutint, même sans choquer la censure ; mais on ne s'étonneroit pas non plus , apparemment , que nous eussions quelque peine à nous laisser con?aincre.
1^ RÉFLBXI0N8 StIR LA CENSURE
Qu'a fm* ffour elU l'ancien miniêtère, oupla^^ tât ^ue h'a-M'/ pas fait contre elle ? Salariant leê factieux des débris de l'Église j chaque jour il démoUssoU es que Buonaparte mime avoit con^ servi. Quatre millions de bois , fqible débris de Tantique domaine du clergé , existoient encore sous Buonaparte : qu'en a fait rancien minis-» tère , et à quels hommes a-^t-il cru en devoir le sacrifice? Sous Buonaparte on respectoit extérieurement la religion ; il. ne souffroit pas qu'on Tinsubàt chaque jour dans les feuilles publiques et dans une multitude de pamphlets; qu'on provoquât sur çlle et sur ses ministres le Diépikis et la haine du peuple par des gravures infâmes : que s'est-il passé depuis? Buonaparte protégea toujours les frères des écoles chrétiennes : u'a<*t-on pas tenté d'abolir cette in«* atitution vénérable, pour y substituer des écôlea d'anarchie et d'irréligion? des écoles avec les-* quelles le triomphe de la démocratie éioit assuré # disoUun homme qui s'y connoit, et qui, revêtu d'une charge importante, favorisoit de tout son pouvoir, pour le plus grand bien de la monarchie , la propagation de l'enseigaement mutuel.
N^avons-fious pas vu l'épiseopat prie de se-teindre? La piété du Roi a provisoiremtfH arrêêé
vr SUR L'uNiTEHarrÉ^ 199
t^s progrès de la destruction; mais te nombre des sièges^ qu'il était indispensable d' augmenter ^ est demeuré ie même, malgré le traité le plus solenrneL LePape et le Roi ont reeoDna que quatxe-
TÎngl-douze évêquessoot nécessaires eu France:
pourquoi n'en avoas-nous que cinquante?
Pourquoi le concordat n'est-il point exécuté? On parle d'embarras des finances ; ce prétexte n*est pas supportable» puisque le^ fonds qu'exige réreotioa des nouveaux sièges ont été votés dans un budget anté/ieur. -Mais , en fât«-il aJl^tremeot, qui empêche au mèins d'accorder des évêqu66 aux villes qui ont offert ^ qui offrent encore de pourvoir aux frais de leur établissement ? Que demandent d'ailleurs les évéques nommés s^-u ne seule chose 9 la permission d'aller évangéliser leurs troupeaux. Qu'on 8*00cupe moins de leurs intérêts , et un pen plus des besoins du peuple. Faudroit*il donc se passer de pasteurs, s'il plaisoit un )our au gouvernement de dire : Je ne puis les pajrer? Au fond y ce n'est pas à cause de ces futiles motift d'économie que Ion prolonge la viduité de quarante-deux églises ; le véritable obstacle à l'exécution du concordat, c'est que l'opinion , à ce qu'on prétend , s'est prononcée contre. L'opinion de qui? des catholiques? Non # mille
âOO RiFIEXIONS SUR LA CENSURE
fois non , el on le sait bien. L'opioiOD des impies, des factieux? Oui, saus doute. C'est donc à ces factieux qu'on sacrifie la religion de TÉtat? Et l'on nous viendra dire qu'elle n'est point opprimée ! Il dépend du ministère qu'elle ne le soit pas plus long-temps ; il dépend du ministère de remplir les vœux de vingKquatre minions de François; il dépend du ministère de dégager la parole du Roi. Que fera-t-il? Je l'ai déjà dit , il laisse subsister toutes les espérances et toutes les craintes.
LeMi écoles ecelésiastiqu'es ^ destinées à repeu/Uer le sanctuaire . n'ont pas ces%é d'être en buUe aux persécutions de l'université. Il est naturel que ce reproche ait contristé les inspecteurs de l'université , membres du jury 4e censure. J'en suis bien aise pour eux : il y a de l'espoir quand la conscience parle ; mais il ne faudroit pas s'efforcer d'imposer silence à ceux qui parlent comme elle. Sî le fait que nous avançons est vrai , il est de notre devoir de réclamer en faveur de la religion qu'on opprime; s*il est faux , il ne sera pas difficile de le réfuter. Que l'université s'explique donc, qu'elle réponde. ^Est-il vrai que, sauf quelques rares exceptions , elle ne permet d'établir qu'un petit séminaire par département ? Est-il vrai que par-
EX SDH L'CNIYEftSIT^. âOI
tout OÙ il existe un lycée ou un collège communal, c'est-à-dire presque; partout où les petits séminaires sont établis , elle leur défend de recevoir des élèves externes? Nous attestons hautement ces deux faits : qu'elle les nie, ou si elle est obligée de les avouer, qu'elle cesse de se plaindre qu'on l'accuse de persécuter les écoles ecclésiastiques ; car ]e ne sache guère d'autre moyen de persécuter une école que de lui ôter ses écOKert.
Mais pour bien comprendre quels sont lés effets d'unie palreille persécution , il faut savoir premièrement qu'un calcul appuyé sur une expérience de quinze années , démontre rinsuflisance absolue d'une école ecclésiastique par département pour repeupler le sanctuaire ; deuxièmement, que la plupart des enfants qui se destinent au sacerdoce , appartenant à la classe indigente, étudioient comme externes dans les petits séminaires trop peu vastes pour les recevoir, et trop pauvres pour se'charger de leur entretien. Nous avons vu un grand nombre de ces malheureux enfants , dans un département de l'ouest de la France, forcés d*abandonner leurs études , parceque l'école ecclésiastique, qu'ils ne pouvoient plus fréquenter comme externes , ne pouvoit elle-même com-
aos HÉFUzjKms fi vu la cbhsure
menctf i les secourir avant qu'ils fussent par* venus en quatrième; et remarquez que dans le même temps le recteur de l'académie défendoit aux curés des campagnes , sous les peines les plus graves , de leur enseigner les premiers éléments de la langue latine.
Le supérieur du petit séminaire eut recours aux tribunaux* Deux jugements consécutifs le maintinrent dans le droit d'admettre des ex«ternes. Appel en cassation 'de^ la part de l'unîtversité; mais craignant avec raison d'être condamnée en dernier ressort, elle s^'adresse an ministre de l'intérieur. Ce n)îciistre écrit à l'é^ vêque ^ et le menace de suspendre le paiement des bourses de son grand séminaire, sll «oe force le supérieur de l'école ecclésiastique d obtempérer aux ordres de l'université.
Il est bon de signaler une autre prétention de ce corps, aujourd'hui gouverné par un protestant. Il arrive quelquefois qu'un jeune homme, après avoir achevé ses études dans un petit séminaire, ne se croyant point appelé à rétat ecclésiastique , et voulant s'ouvrir une autre carrière, entreprend de suivre un cours de droit; rien de phis simple en appa^ rence. Mais l'université ne Tentend pas ainsi: quiconque n'est point sorti d'un de nés établis-
K SUE LUMIVEHSnÉ. fl03
sements ne peut prendre d'inseriptions dm$ une école de droit. £lle Ta réglé de la sorte: qui oatroit y trouver à redire ?
11 ftercût bien temps de mettre un terme i ces«odieose8 Texations. Le moyen de s'y sous* traire est facile 9 pour peu qu'on yeoille enfin l'employer. On a prouvé que l'miiversité n'a point d'existence légale ; que dès lors elle ne possède aucuns privilèges 9 si ce n'est celui de percevoir la subvention que le budget loi alloue chaque année ; qu'elle ne peut étendre son autorité sur les autres écoles, ni empêcher d'en étabh'r, ni forcer qui que ce soît à secevoir d'elle des diplômes pour enseigner.
Nos plus célèbres jurisconsultes ont encore démontré que l'action d'enseigner sans autori^ satlon n'étant défendue par aucune toi y ni pla«i cée dans le Code pénal au nombre des délits ou des contraventions i les tribunaux ne peuvent prononcer contre ceux qui tiennent de pareilles écoles aucune amende , aucune peine quelconque, ni par conséquent ordonner qu« leurs écoles soient fermées^, puisqu'elles ne sauraient l'être qu'en suf^osant qu'on eût commis, en les ouvrant, soit un délit, soit une contravention; et qu'il n'existe guère de pcÎM^plQs grave que d'enlever a un honme
2o4 RmmoNs sur lk censure
soQ état f ou de lui ôter les moyeDs de Texçrcer»
Ces principes sont si clairs, si incostestablés, qu'à peine TuniTersité elle-même à-telle essa jé de les nier. Plusieurs îugementsides tribunaux les ont consacrés depuis deux ans, de sorte qq'on doit regarder aujourd'hui la jurisprudence comme^ fixée sur ces points importants. Avec de la fermeté on triomphera sans peine des iniques prétentions du corps enseignant. L'université ne repose sur aucune lot ; elle n'est forte que des souvenirs de Buonaparte et de la terreur qu'înspiroient ses décrets.
Au moment où nous terminions cet écrit, on nous apprend que le Défenseur vient d'éprouver de nouveau les rigueurs de la censure. Elle n'a pas voulu qu'on y dit que ÏEepagne semble emportée par un esprit de vertige, attendu qu'elle n'est encore emportée que par l'esprit révolutionnaire ; ni qu'on y insérât un article où l'on rehdoit compte du Mémoire Justificatif dt M* l'évéque de Gand. Ainsi, eu France, il ne sera pas permis de faire connottrela justification d'un évêque catholique condamné à mort dans un pays voisin , soui» un gouvernement protestant : cela seroit de maifr-
ET SUR l'onitersité. ao5
vais exemple , et il est évident que c'est Tévéque qui a tort , puisque eufin sa çondamnalion est un fait. Le, comité de censure ne pourroitil pas présenter une humble requête au ministère, pour demander l'extradition de M. le prince Ifaurice de Broglie, comme reBelle à )a doctrine de fait? Cela feroit plus tard un beau pricideni en faveur de cette doctrine. On engage messieurs les censeurs k y penser.
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