DE L'AVENIR
(i$sS.)
Dans ce siècle d'indifférence et dëgoîsme oo n'aime point à entendre parler de l'aveuir: il inquiète les âmes amollies; on le redoute vaguement; on Youdroit le traiter comme la révolution et négocier avec lui: mais l'avenir ne négocie point ; car il n'est autre chose que * l'inflexible volonté de Dieu , qui punit et récompense ici-bas les peuples. Ne pouvant donc fléchir ou corrompre cet avenir inexorable, on l'oublie tant qu'on peut ; on écarté avec empressement les réflexions qui alarmeroient; on s'étourdit, on s'endort ;,et la lâcheté, qui n'ose considérer les suites des fautes qu'elle ^ commises et qu'elle ne veut ]point réparer, a trouvé un nouveau synonyme de la prévoyance; elle l'appelle fanatisme.
Cette disposition , devenue malheureusement trop générale, tient à Tesprit d'incrédulité. La foi seule ne craint point de sortir du présent, car le présent n'est pas sa demeure. Mais quand on a renfermé dans cette vie rapide tout ce qu'on croit ^ tout ce qu'on désire.
tout ce qu'on 6«péfie » àlorg OD s'iriita contm tout ce qui menace ce frêle édifice du temps « et contre le tempe même. On n*osè regarder detant sol ; on s^ettache a?ec fuieur au moment qui passe , comme pour essayer de le re^ tenir) on lui sacrifie tout, pareeque ce mo» fnent est tout pour les hommes du présent» .Us traceût autour de leur pensée lin cercle étroit où elle s'agite, où elle se tourmente; et dès qu'on les force è lever les yeux sur le len^ demain , ils tombent en d'inexprimables an> foisses , ils éclatent en reprocfael, ils épuisent toutes les expressions de la colère } et poufv quoi ? On a troublé leur repos , on a répandu iur les chimères dont ils ae beirçoient une lu* mière fatale qui les dissipe ; o& a dit ce qui sera , et ils ne peuvent plus jouir avec tranquillité de ce qui est*
Tels sont les hommes à qui la France a été trop long-temps livrée , et que le poète de ' l'enfer sembloit avoir en vue, lorsqu'il peignoit ee$ malheureux qui ont perdu te bien de rintelli' gencey ces trîsieê âmes fut vécurent Mns louange et sans infamie i mêlés aux anges abjects , qui ne furent ni rebelles ni fidèles à Dieu, mais qui furent ftmr ewMnêm€s^ Uur 9ie aveugle est si basse i quUU envient tout autre sort. La
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miséricorde et la Justice les dédaignent égale-ment '.
' Ce sont ces hommes dégradés qui inventèrent le système funeste qu'on n'a pas cessé de suivre depuis. Ménager avec soin l'erreur et la vérité , la fidélité et la trahison , le crime et la vertu , voilà ce qu'ils imaginèrent , croyant arriver par là , non pas sans doute à un ordre de choses stable y mais à un provisoire toujours assez long s'il duroit autant qu'eux. Ils se persuadèrent, qu'en se tenant de la sorte entre la révolution et la monarchie , ils parviendroient à faire de Tune et de l'autre un instrument de leur ambition; qu'ils arrêteroient l'excès du mal avec ce qu'ils conservoient de bien ; qu'ils empêcheroient le triomphe du bien avec ce qu'ils conservoient de mal; et qu'en opposant l'une à l'autre ces deux forces
■ Le genti doloro»e
Channo perduto'lbendello'ntelletto... -
L'anime triste di colbro Ghe visser senza inramia e senza lodo . Mischiate lono a quel catti?o coro D'egU angeli che non fnron ribelli , Rè fur fidell a Dio, n^ per se foro..« E la lor cieca Tîta é taoto bassa, Gbe 'nridiosl son d'ogni altra sorfe...
Miaer/cprdia e giustbda gU adegna.
Dahti , cant. iii.
Dï l'avsnib. .3o5
caotraiies^ ils écarteroient également du pouvoir et les royalistes et les factieux » c(ui combattroient pour leur assurer la jouissance paisible de tout ce qu'ils convoitent, les emplois et les dignités.
Qui, ne cônnoit le résultat de ce système pervers ? Les doctrines les plus opposées consacrées tour à tour , les âmes avilies par la corruption , l'honneur acheté et vendu , toutes les passions excitées, toutes les jalousies, toutes les craintes , tous les désirs y toutes les fureurs portées au dernier degré d'exaltation; des complots sans cesse renaissants, d'exécrables assassinats» le régicide arri?ant jusqu'à l'entrée de la chambre , ,des révoltes à main armée ,' des trônes renversés , toute l'Europe ébranlée dans ses fondements.
Voilà ce qu'on a vu : en est-ce assez pour éclairer les amis de l'ordre, ceux qui veulent 1^ tranquillité, le salut de la France et des Bourbons? Et si des hommes qui ont marqué dans les rangs des royalistes parviennent au pouvoir après .une expérience si terrible et si décisive, abandonneront-^ils le système qui a produit tant de désastres, et qu'ils ont combattu long-temps ? Essaieront-ils an moins de marcher dans une autre voie ?
So6 ra t'ATEim*
U font bien le dire : non. Ils prendront ce système où leurs prédécesseurs Font laissé , et lé conduiront à son dernier terme , que tout le monde aperçoit déjà , et qui déjà peut-être est inévitable , grâce à ce qu'ils ont fait pour le rendre teL
Ils contiendront mollement la rérolutioa dans Tintérieur, et en même ten>ps ik res» pecteront sa légitimité au dehors. Ils la regarderont paisiblement croître et prospérer dans un royaume Toisin ; ils excuseront dans leurs journaux ses actes les plus yiclents; ils atténueront ses crimes ; ils reconnoitront le droit des factions , le droit des soldats de renverser les trônes, de détruire les gouvernements qui leur déplaisent , pourvu qu'il y ait assez de vigueur dans leurs opérations pour qu'on puisse dire qu'ils exécutent ta volonié nati(h nate. Je dis que les ministres reconnoîtront ce droit; car c'est le reconnoître expressément que de traiter avec les factieux comme avec un pouvoir légitime ; que d'admettre leurs ambassadeurs; que d'autoiîaer les trl« bunaux à recevoir leurs plaintes en cette qualité; que de demander aux rebelles, pour unique réparation de leur crime, quelques modifications dans le code d'anar<^le qnlk
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ont dicté insoleihiDent A leur souverain pri-« «onnier. *
Gepeadant les ministres qui avoient cru* échapper avec quelque honneur au supplice d'agir, ne tarderont pas à recueillir le fruit de leur foihlésse. Ces mêmes factieux, qu'ils OQt 4i habilement ménagés, leur feront. sentir le ûiépris qu'inspire toujours une conduite lâche et tortueuse. Ils repousseront dédaigneuse • ment leui^ avances, et n Y répondront que par des sarcasmes et par des menaces.
Que feront, en des circonstances si diffici* les pour eux, les hommes du présent? Ils fe-^ ront ehaq;ne ]out ce. qui leur paroîta le moins embarrassant chaque jour, la guerre s'ils y* sont forcis, la paix s'ils le peuvent; et très probid>lement dès lors ils ne feront, copime elles devroknt itre faites , ni la guerre ni la paix. Ils s*exposeront , eux et TÉtat, à toutes^ les chance^ fâcheuses des résolutions opposées. Ils craindront le repos, ils craindront le mou* vement, ils er aiodront tout, hors ce qu'il (laudroit* craiiidre. Ils diviseront , Ils décourageront Topinion publique : ils chercheront «m affîé dans le sommeil , et que sait-on^ peulêtre un asile dans la mort.
Cependant la révolu^n , <[«ft «e «ofinneflla
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jâmaist les observe avec une joie mal dissimulée; elle applaudit à letir timidité *i elle flatte leur indécisioD , elle leur promet ses bonnes grâces s'ils persévèrent , et se montre prête à ouvrir ses rangs pour les recevoir. Mais recevra-t-elle aussi les Bourbons et la mo-
narchîe?
Non, ce n'est pas ainsi qu'on soutient les États , et Dieu les a établis sur d'autres bases que cette politique in<îertaine et honteuse. La justice et la vérité sont leurs fondements , et c'est paf une volonté puissante qu'ils vivent. Le pouvoir qui hésite^ cesse d'être pouvoir pendant qu'il hésite. On n'obéit qu'à celui qui commande; et lorsque ceux qui ont le dioit y qui ont le devoir de commander, se taisebt , il en vient d'autreâ qui commandent sans droit ; et on obéit , parcequ'ils ont la forée» et que les peuples ont le besoin d'obéir: c'est leur penchant, leur nature, leur être tout
entier.
. Que prévoir donc dans une position aussi étonnante que la nôtre? Qu'est-ce que l'avenir nous réserve? Somme^nous destinés à subir des calamités nouvelles? Le génie du mal Temportera*il encore une fois? Nous le demandons aux^ministres : eux seuls peuvent résou-
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dre ces queatioDs. Les destinées de la France et de l'Europe sont en leurs mains. Pour nous; eentinelle obscure et peut-être importune, noua ne pouvons que répéter ces paroles mémora-. blés que fit entendre, dans la cbaire chrétienne, un prélat illustre , au moment où nos longs malheurs alloient commencer : c Nous ne som- > mes ni prophète ni enfant de prophète , les 1 mystères du Trës^Haut et les secrets de IVe- »nir ne nous ont point été rêvées; mais» 9 voyant sur le soir le ciel en feu , nous nous • sommes dit que la journée du lendemain se^ t roit brûlante ! »