DANS LES AFFAIRES D'ESPAGNE
Udc révolution n'est autre chose que la destruction du pouvoir ; tandis qu'il subsiste , on sait où est l'Etat et où sont les lois; mais le pouvoir détruit, tout est détruit. Il n'existe donc pas d'autre moyen de finir une révolution , que de relever le pouvoir qu'elle avoit abattu ,, et jusqu'à ce qu'il soit rétabli complètement, la société 9 partagée entre l'autorité légitime qui cherche à s'affermir, et la révolution qui s'efforce de la renverser, est en proie à une guerre intestine et permanente.
s C'est dans cet état de trouble et de désordre, cet état de demi-révolution , vanté par de demi-révolutionnaires comme la perfection de l'ordre social, qu'on a essayé de placer l'Espagne ^n conseillant au roi de reconnoitre
CONDCITE AMBIGUË, etc. 3l7
aux factieux le droit de l'attaquer daus de cer-taines limites, et aux factieux de rendre au roi le pouvoir de se défendre dans les mêmes limites. Voulez-vous assurer la paix, leur a-t-oo dit , érigez la discorde en loi fondamentale.
Mais , au milieu de* leurs intrigues , une haute autorité est venue apprendre à cea officieux conseillers qu'il n'y aura de tranquillité pour l'Espagne, que hrêque Ferdinand F'H sera libre de donner à ses sujets les institutions gu'ils ne]pewi>ent tenir que de lui ' : paroles vrai- . ment royales et dignes d'un descendant du monarque qui trouva dans son âme ce mot si profond , Vétai c'est moi j non , sans doute , que l'état lui appartînt comme un troupeau appartient à son maître, mais parceque l'état n'existe que par le souverain , et ne peut être véritablement représenté que par lui.
Que la royauté est grande dans sa force! elle est la vie et le salut des peuples. A peine Louis XYIII a-t-il prononcé les paroles que nous venons de rappeler, toute l'Espagne se réveille, Tespérance renaît dans les cœurs,
< Diicoan du Roi à Toofertave des chambres en iSaS.
■ L'emperMr» «nooDçtnt à sa eour la mort de Loois XIV, ne dit qoe ces mots : Lô Roi ut mort. C'étoit uses , il SToIt nomné oelvi ^î B'éloit plos»
«M8 les bras s'irment pour déhner le roi eftptff ; les factieux toient flotter aux portet de Madrid lotendard de la fidélité; ils trem* Uehi au pied du tfOue qu'Ut ont profané) quelque ehoae leur dit qu'ito «ont faiocus.
Portet ensuite tos regaids sur la France , foyi^ r«nthoi«ria8inc des soldata» la conflan'ee de leurs cheii , k joie du peuple , la terreur à^ enoemis de la royauté « et comprenea ce que c*est que le pouvoir 1
On ne doit pas croire cependant que lee keiutnett d'intrigue aient perdu respéxance , et moins encore te désir de transiger avec lee eâmnmneroê, et de transporta en Espagne des institutions étrangères i ses idées , à ses «lueurs , i ses haMtudes^ lis seconderont de foutes leurs forces la politique de l*Angle«terre , occupée d'affermir la domination de ses armes et de son commerce par la domination dé ses lois , et qui , ne craignant rien tant que Tunion des nations continentales , cherche i les diviser par la nature même de leurs gouver-* nements ^ et à se créer ainsi sor le midi de l'Europe un nouveau genre de suprématie. Et certes, quand on la voit ménager avec un soin si persévérant 9 et la révolution d'Espagne» et la révolution de Portugal » et touMs ies féTolu*»
DU HnnsTiBE niANÇAxs, etc. 319
tions qui éclatent ohet les autres peuples 1 fis-* fttser constamment dlnterrenir pour les étouffer, 7 applaudir au contraire, les encourager par ses vœux officiellement exprimés , et mettre autant d^ardeur i propager ses Institutions qu*i répandre les produits de ses fabriques \ il est clair qu*un puissant intérêt l'anime, et Ton a peine à concevoir que des goureme^ ments sages , nous ne disons pas favorisent , mais contemplent sans inquiétude le déTelop«pement d'un système si menaçant pour la $é^ curité et la prospérité de FEurope.
Après ce qui &'est passé dans la Péninsule , négocier avec les cortès ce seroit négocier atrec l'anarchie , Timpiété 9 Tathéisme ; ce seroit sanctionner la révolte , légitimer les proscrip» tions f et presque le régicide^
Qu'on y prenne garde , c'est de l'existence de la société qu'il s'agit. Il n'y aura plus de civilisation , plus de monarchie du moment où il sera établi que la rébellion a aussi des droits , que la force crée la souveraineté , et qu'elle peut , aidée du erlme , changer un comité de conspirateurs en un véritable gonveN Bernent.
Qu'est-ce que les cortès aux yeux de nos ministres ? Les regardent-ils coanme une téo-
3aO CONDUITE ÂMB1G|}E
nion de simples individus sans autorité ? U est absurde de traiter avec des individus. Que peuvent-ils décider? que peuvent-ils promettre? que peuvent-ils garantir ?
Les cortèft sont-elles un pouvoir public et légal? Est-ce ainsi quç les ministres les considèrent ? Ils reconnoissent donc qae la révolte peut être le fondement d'uti pouvoir légal , et de plus ils reconnoissent à la foi& deux pouvoirs opposés , celui du roi et celui des ennemis de la
royauté.
Diront-ils que Ferdinand a légitimé j'par son
libre assentiment , le pouvoir des cortès ? Ce
seroit dire que la France fait aux cortès une
guerre injuste, puisque le motif avoué de la
guerre est de délivrer Ferdinand de la tyrannie
des cortès.
Les ministres ne peuvent donc négocier avec cette assemblée de factieux. sans se mettre en contradiction avec eux-mêmes, et sans consacrer des principes destructifs de la
société.
Sur quoi d'ailleurs porteroit une transaction
avec les rebelles? Voudroit-on prudemment
obtenir leur aveu, ou s'aider de leur zèle pour
reconstituer la monarchie qu'ils ont renversée ?
Étendi;oit-on jusqu'en Espagne Ja politique des
DU ministéhe français, etc. 32 1
concessions ? Seroit-il décidé que Jà aussi les révolutionnaires peuvent avoir autre chose ^ demander que leur pardon Pou enfin entreraitil dans les vues de quelques hommes de se servir d'eux pour diriger en un certain sens la restauration de la Péninsule ? Nous ne saurions le croire. Il est trop visible qu'un pareil projet échôueroit infailliblement.
On le sait aujourd'hui mieux que jamais , ni TEspagne , ni son roi n'ont besoin de conseils étrangers. Entouré de ses sujets fidèles , qui se sont si héroïquement dévoués pour le trône, Ferdinand fera, n'en doutez nullement, tout ce qu'attendent de lui les vrais Espagnols ; et pour assurer le bonheur de son peuple, inséparable de la dignité de sa couronne , rien ne l'obl/gera de chercher au dehors des modèles ni des leçons.
(1825) L'histoire racontera tout ce qu'on a fait pour soutenir par l'intrigue la révolution espagnole vaincue par les armes. Ce qu'elles avoient décidé, en apparence immuablement, a été remis en question avec trop de succès dans le cabinet de quelques ministres ; et le sort de l'Espagne , au moment où nous écrivons, est encore incertain. Puisse