LE PORT-DE-L'ILE
Quand reviennent les beaux dimanches, Les jours de joie et de soleil.
Il n'est vraiment rien de pareil, Au Port-de-1'Ile sous les branches.
On y boit sur de vieilles planches Un vin pétillant et vermeil, Quand reviennent les beaux dimanches, Les jours de joie et de soleil.
PROMENADES DOMINICALES
Tandis que roses et pervenches Parfument la brise en éveil.
Amour donne ici maint conseil
A un lllleiies roses et blanches
Quand reviennent les beaux dimanches.
EPINARD
Dans les senteurs énamourantes Qui montent des meules de foin, É pinard est un petit coin Où l'on voudrait avoir des rentes.
Blanc comme les blanches Sorrentes, On l'aperçoit, là-bas, au loin, Dans les senteurs énamourantes Qui montent des meules de foin.
PROMENADES DOMINICALES
Aussi, les âmes délirantes.
Dont l'amour est Tunique soin, S'en vont-elles, sans nul témoin.
Vers ses ruelles attirantes, Dans les senteurs énamourantes.
ECOUFLANT
Au-dela de l'Ile-d'Amour.
Où s'abrita plus d'une idylle.
Le clocher d'Écouflant rutile, Sous le rayonnement du jour.
Sa musique est pleine d'humour, Sans grandes phrases et sans style, Au-delà de l'Ile-d'Amour Où s'abrita plus d'une idylle.
I!0 PROMENADES DOMINICALES
La Sarthe luit comme un atour.
Chacun de ses bords est fertile :
La jeunesse y rêve, futile, Tout en se rendant au vieux bourg Au-delà de l'Ile-d'Amour.
ERIGNE
Dès que tout rit, chante, roucoule.
Aux sentiers fleuris d'Érigné.
Cherchant un repos bien gagné, Les angevins s'en vont en foule.
Les souffles ont des bruits de houle.
Dans les arbres, dans l'air igné.
Dès que tout rit, chante, roucoule.
Aux sentiers fleuris d'Érigné.
Iî8 PROMENADES DOMINICALES
— Mignonne, vois, le jour s'écoule, Le roi Soleil s'est éloigné, Mais Erigné reste imprégné, Du charme que l'heure déroule.
Dès que tout rit, chante, roucoule.
LE FENDEUR D'ARDOISES
Pour le patron du pays anïevin.
Pour saint LÉZIB qui fut un bon évêque, Et qui. là haut, de sou palais divin, Aime toujours l'aidoise et Tardoisier avecque
LE FENDEUR D'ARDOISES
Fier, au-dessus de la « butte », Poind son solide tue-vent, Son tue-vent vainqueur du vent, Sylvestre comme une hutte.
Que le ciel soit tout azur, Ou que l'autan fasse rage , C'est là que, plein de courage, Il fend son bloc d'un bras sûr.
142 LE FENDEUR D ARDOISES
Il semble alors vraiment drôle.
Cocasse autant qu'un bouffon , Quand, guêtre d*un gros chilîon.
Il joue au erand air son rôle.
Mais, sous l'outil anguleux, Que, de l'aube au couchant rose.
Il manie en virtuose, Naissent de beaux carrés bleus.
Et cette légère ardoise Aux contours si délicats.
Qu'il façonne avec fracas.
Gonflé d'orgueil il la toise :
Et soudain il se croit grand ; Son schiste vaut le carrare :
Il est bien l'artisan rare Qui rayonne au premier rang!
LE FE^DEUR D'ARDOISES 14
Pourtant, comme après la peine.
Il n'est point de plaisir vain.
Il vide en vrai sac-à-vin.
Force pots sans pjrdre haleine.
A ce pourfendeur de maux N'allez pas chercher querelle Plus tapageur que la grêle, Il vous criblerait de mots :
De mots dénués de grâce, Calembours qui sont les siens, Propos rabelaisiens, Sa verve étant un peu... grasse.
Et lui, qui se rit des rois, Sur sa « butte » il règne en maître, Rien ne l'en pourrait démettre, Car seul il vaut mieux quetrois.
144 LE FENDEL'R U ARDOISE^
Sous cet air chevaleresque, Sous ce dehors triomphant, Il reste très bon enfant, Naïf même, ou du moins presque.
En un mot, — détails touchants — Grâce à lui « l'ardoise fine »
Met sa nuance divine, Aux palais, aux toits des champs.
Voilà donc quel est cet homme, Parfois grave, souvent fou.
Cet ardoisier de l'Anjou, Dont on parle jusqu'à Rome.
VA