‹ Nouveaux poèmes et balladesChapitre 24 sur 46 · DE TOUS LES FAISEURS DE BALLADE · texte numérisé non relu

DE TOUS LES FAISEURS DE BALLADE

Oiseau du matin, amer, brillant, gris, doré, à peine monté au-dessus du crépuscule des années douloureuses, le premier de nous tous et le plus doux des chanteurs qui naquirent, dont le monde des hommes nouveaux entend de loin la note stridente fendre l'ombre froide et frissonnante comme des lueurs d'aube ; quand le chant nouveau-né jeta la défroque du vieux monde, et en sentit les sons expirer sur ses lèvres changées, inscrit au premier rang sur la liste de ceux qui vinrent, ceints tout nouvellement, s'enrôler au service de la lyre moderne, Villon, nom de notre frère, le triste, le mauvais, le joyeux, le fou!

Hélas! la joie, le chagrin, le mépris qui revêtirent ta vie d'espérances, et de fautes et de terreurs, et te donnèrent des pierres au lieu de pain, de l'ivraie pour du blé, et qui te fit d'oiseaux de potence, d'oiseaux déplumés, une cour de miséreux, jusqu'à ce qu'enfin la mort eût coupé ras leur vol de ses ciseaux

infâmes, jusqu'à ce que les bons tours fissent long feu, et que les amours fussent d'un placement malaisé, quand nulle gaie chanson ni pincements de cordes sonores ne pouvait t'acheter du pain ou des baisers, quand la renommée légère, lançait du pied comme une balle, ou traînait par les fourrés, par les églantiers, Villon, le nom de notre frère, le triste, le mauvais, le joyeux, le fou.

Pauvres ailes splendides si fripées, si souillées, si déchirées, pauvres yeux si doux, si sauvages, où s'élançaient si promptementde légères larmes, pauvre voix parfaite plus touchante quand elle s'abandonnait le plus, qui nous arrive sonore par-dessus la mer d'où nul ne met le cap sur nous, et qui sonne à nos oreilles comme un joyeux carillon où se mêlerait le glas de la mort ! Quel charme lointain a refroidi l'âpre désir qui, pareil à quelque oiseau goulu, était si fort pour épuiser cette chair fragile et cette âme consumée par le feu, mais qui gardait plus de parfum que les roses, Villon, nom de notre frère le triste, le mauvais, le joyeux, le fou.

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