UNE VISION DE PRINTEMPS EN HIVER
O tendre saison que l'amour trouve si longue à venir, doux pied du printemps qui sème sous ses faux pas une flore tardive et pareille à de la neige, reste laissé par les frimas, ne sois pas trop longtemps irrésolu à être ; o mois maternel, où t'a-t-on. caché? De la pâle saison où la rose est sans fleurs, je tire mon cœur que je tends vers les terres printanières ; je dilate mon esprit jusqu'aux belles heures, les plus empourprées de l'aurore. Je laisse aller mon âme sur elles, les mains élargies pour cueillir les fleurs fantômes qui y croissent; je reporte mon amour à l'époque charmante.
Où le bois verdoyant a-t-il caché ta tête gracieuse ? De quelles visions Ta-t-il voilée pendant que souffre le monde gris, ou de quelles ombres de feuilles vertes l'a-t-il enveloppée ? Quelles chaudes, intangibles et vertes ombres a-t-il répandues pour adoucir le doux crépuscule pour ton lit? Quel sommeil t'enchante?
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Quel délice te trompe ? Là où la profonde rosée, semblable à un rêve avant l'aurore, ne sent pas encore les doigts de la lumière du soleil défaire son tissu d'argent, ton fantôme sans pieds sur quelque pelouse que nul pied n'a foulée, dont les rayons du soleil non encore levés craignent de froisser l'air, vit une vie de fantôme en une aurore et un soir qui durerait tout un jour.
Il ne voit pas le lever du soleil, ni aucun groupe d'étoiles, l'ample chute de la nuit, ni l'impériale pleine lune, ni la forme ferme et douce du midi à la large poitrine, mais là où sont les ombres aux sandales d'argent, trop douces pour que les flèches du soleil les altèrent, il se meut du pas léger d'une lune qui n'est point encore pleine. Bien loin dans les hauteurs nage le croissant à demi éclairé, la nuit aux tendres nuances respire à peine ; la lumière écoute ; elles guettent l'aurore des membres aux formes sveltes, virginales, nés de nouveau d'une mort douteuse, froid glacial, père nourricier du printemps sevré.
Comme le doux désir du jour avant le jour, comme des rêves d'amour avant que naisse le vrai amour, du bord extrême de l'hiver usé jusqu'au bout, le fantôme
ET BALLADES |8ï
surgi de Mai avant Mai, prend à travers le vague de l'air sa route non encore éveillée, le gracieux fantôme du matin surgi avant le matin. Avec de petits seins non encore éclos, et des regards comme ceux des yeux d'enfants, vient à la suite, vraie jeune fille, la fillette printemps, elle mouille ses pieds légers aux ruisseaux chauds et agiles, et réchauffe, en leur donnant la nuance de sa propre bouche, les craintifs nouveau-nés des rameaux sans duvet.
Je te cherche endormi, et pendant que je vois, belle figure qui n'existe pas, comment ton souffle virginal, mettra enfin à mort les jours mortels, et remplira les champs, et embrasera les bois avec toi, et les creux tournés vers la mer, où mes pieds voudraient être, quand le ciel entendera le mot que dit Avril, pour changer le cœur froid du temps fatigué, pour agiter et adoucir tous les temps en des larmes, larmes plus joyeuses que la gaîté, juste comme les jeunes jours escaladent la claire hauteur de Mai, avec des pieds qui ne sont pas plus rapides que ces belles premières années, dont les fleurs ne revivent plus avec tes fleurs sur terre.
Je ne voudrais pas, quand je le pourrais, t'ordonner de rendre une bonne chose que la jeunesse a donnée
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et reprise ; }e n'implore aucune consolation du jour qui «'est point, ni sur la trace parcourue en remontautdu temps, je ne voudrais revenir pour rencontrer œs heures aux robes blanches ou noires qui, depuis longtemps, m'ont quitté dans leur route mortelle; ni lumière ni amour qui a existé, ni le souffle qui vient avec le matin du soleil qui va naître, et met enfeo ©ne légère espérance ; ni fruit, ni fleur trouvée autrefois trop belle pour h mort, ni fleur ni heure jadis tombée de l'arbre vert de la vie, ni feuille jadis cueillie, ni désir jadis réalisé.
Le chant du matin, sous les étoiles qui ont fui, avec le crépuscule à travers l'air des montagnes sans lune, pendant que la jeunesse, avec des lèvres brûlantes et la chevelure sans guirlandes, chantait vers le soleil qui allait couronner sa tête, surgissant ; les espérances qui triomphaient et tombaient mortes, les yeux doux et rapides, et les chants des heures qui furent ; tout cela, tu ne peux le rendre pour toujours; tout cela, de même qu'au cœur de la mer gisent tous ses naufrages en amas de débris, tout cela gît plus profondément que la mer ; mais tu peux me rendre des .fleurs, et les vents, et les heures de bonheur, et tout son Avril au monde, tu peux le rendre, et à moi la racitié de mon Avril.
CHORIAMBES
CHORIAMBES
Amour, . quel chagrin te fit donc quitter une vie que, pensions-nous, l'Amour rendait si charmante ; quelles douces visions de sommeil t'attirèrent si loin , te firent descendre de la lumière d'en haut.
Quelles étranges figures de rêves, quelles voix d'appel, quelles mains levées et s'agitant pour t'attirerou te faire descendre, hélas! hors du soleil, vers le tombeau sans soleil ?
Ah ! tes yeux lumineux ! jadis leur éclat était entretenu avec le feu du jour; maintenant leurs paupières d'ombre les couvrent entièrement, les font taire et les dérobent.
Ah ! tes mains blanches comme la neige ! jadis elles étaient des chaînes puissantes pour me tenir lié; maintenant le sang n'y brûle plus, insouciantes de l'amour, insensibles à la passion d'autrefois.
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Ah ! ta belle chevelure ! ainsi elle était jadis tressée pour moi, pour moi ! Maintenant, elle est couronnée pour la Mort, pour la Mort seule, ton amant et ton maître à toi.
Ma charmante, les baisers que la mort met sur tes lèvres, ils sont plus froids que les miens; plus froids sûrement que les baisers passés, que l'amour versait comme du vin pour tes lèvres.
Aimes-tu la mort ? sa figure est plus belle que cette de l'Amour, pins brfflante à regarder ? Vois-tu de k lumière en ses yeux ? une lumière fwès de laquelle pâlisse et s'éteigne la lumière de l'Amour ?
Vois-tu les roses de la Mort, grises comme la poussière; leurs pétales plus froids que la neige. Pourquoi laisser tomber de ta main les roses de l'Amour ? Elles étaient à toi, roses qui t'aimaient tant.
Grands et rouges lis d'amour, pareils à des sceptres dans leur haute taille, et que les yeux aimaient à contempler, fleurs d'amour, sans épines, pleines de soleil, fruits qui furent cultivés pour toi.
Maintenant, seuls, les pavots de la mort encerclent ta chevelure, ceignent tes seins, aussi blancs, fleurs
exsangues de la mort, feuilles qui jamais ne se sont dressées vers la lumière.
Non, alors, dors si tu le veux ; l'Amour est satisfait; que ferait-il pour pleurer? Doux te fut l'amour, autrefois; maintenant en tes yeux plus doux que l'amour, est le sommeil.