SCENE II. I ig
MADAME MORIN
Madame doit voir l'intérêt que je porte à ce qui la regarde 9 puisque mon premier soin, en sortant des Français
MADAME DE MERIGNY.
Vous venez donc des Français?
MADAME MORIN
Hélas ! oui , Madame.
MADAME DE MERIGNY.
Je ne m'étonne plus. Vous voulez être marchande et aller au spectacle !
MADAME MORIN
Ce n'est certainement pas pour mou plaisir; mais nous devons nous tenir au courant. Les premières représentations donnent assez une idée de ce qui se porte.
MADAME DE MERIGNY.
Et moi, à cause de cela, je me suis vue forcée de céder une loge que j'avais eu toutes les peines du monde à me procurer, et, qui pis est, pour ne pas faire de confidences , de prétexter une migraine, ce qui ne m'est peut-être jamais arrivé.
MADAME MORiN à mademoiselle Félicité..
Vous voyez. Mademoiselle, à quoi vous exposez une personne comme madame.
MADAME DE MÈRIGKY.
Je ne donne à souper ce soir que pour entendre parler de cette représentation , car encore Ëiut-il que j'en sache quelque chose. Quelles sont les étoffes qui dominent?
MADAME MORIN
Madame sait comme moi qu'en général les commencemens de printemps sont assez une époque d'anarchie; cependant je croirais pouvoir affirmer que le velours a encore la majorité.
MADAME DE M^RIGITT.
Voilà de ces choses sur lesquelles on ne peut s'en rapporter qu'à soi. Ah ! madame Morin, vous m'avez fait bien du tort en me privant du spectacle.
MADAME MORIN
Madame veut-elle que je lui laisse ce carton ?
MADAME DE MIÉRIGNT.
Non assurément. Je ne dis pas que je vous quitte; mais il me serait impossible de porter un chapeau qui m'a fait faire autant de mauvais sang.