‹ Nouveaux samedis (volume 2)Chapitre 29 sur 44 · La baron Orimm et Bernadille · texte numérisé non relu

La baron Orimm et Bernadille

im NOUVEAUX SAMEDIS

lourde, parce que le sujet serait trop pénible, parce qu« le public, toujours un peu frivole, hésiterait peut-être à les suivre s'il les voyait trop graves ou trop lugubres. Pour ne pas se fâcher, ils se résignent à sourire; pour que leurs malicessoient âlafois moinsoffensiveset plusamu. sautes, ils ont recours à la fantaisie. La fantaisie a cet avanUge sar la comédie elsurla satire, qu'elle ôte d'avance il ses victimes le droit de se récrier, de se plaindre ou même de se reconnaître. Âumoment où ses traits deviendraient Irop piquants, elleleurfaitsubirdes métamorphoses qui di^jouent loutes les rancunes. C'est la reine Hab qui charge son fusil ; c'est Âriel qui lui donne des leçons d'escrime. Vous vous croyez atteint au front ou au cœur ; vous regardez ea l'air, et vous voyez la llèche étincelante se changer en bulle de savon. Vous dites ; • Quelle pie grièche ! • ~ et, au même instant, l'oiseau querelleur dispalaît pour faire place à l'oiseau bleu qui chante le refrain de Fortucio ou de Mimi Pinson. Vous criei ; « Au feu I • ctaussitôirincendiaire, émuledeRuggieri, lance sous votre nez une fusée qui va se perdre dans l'espace en vous montrant les sept couleurs de l'arc-en-ciel ou les étoiles en plein'midi. — • Mon sang coule ! * Allons donc ! c'est une goutie de rosée rougie par les baisers de l'aurore. — Ce que vans prenez pour une claie, c'est le char de la fée aux miettes, traîné par quatre souris blanches ; — ce que vous traitez de verjus, c'est l'essence de romarin cueilli sur les vertes collines de la Bohême. Le moyen de

V^5tv

s'exaspérer dans ce pêle-mêle de réalités mordantes, de jolis mensonges, de chimères ailées, de joyeuses grimaces, de visions fugitives, de portraits de maître, de charges d'atelier, de palais de Versailles et de châteaux en Espagne ! On s'irrite conlre les guêpes, mais non pas contre lès abeilles ; contre le coup de poing du crocheteur ou le coup de stylet du bandit, mais non pas contre le coup de baguette d*Oberon ou de Prospère.

Vous savez très-probablement, et je ne suis pas forcé de vous dire quels sont les vrais noms qui se cachent sous les pseudonymes de Bernadille et du baron Grimm. Il est à peu près impossible d'établir des points de ressemblance entre les deux sympathiques écrivains. Le baron Grimm, quoique son parrain soit mort en 1807, est plus jeune que Bernadille. Il fait partie de ce groupe brillant, de ce spirituel état-major, qui a l'honneur de posséder en Saint-Genest son ministre de la guerre, et que je, ne me lasserai pas de défendre contre les rigoristes, les timorés et les puritains; car, s'il nous manquait, je frémis de honte, de douleur et d'épouvante en songeant à ce que serait la proportion entre les journaux conservateurs et les feuilles radicales ou communardes. Dans des villes de trois cent mille âmes comme dans des villages de cinq cents habitants, c'est tout au plus si vous compteriez un journal rassurant pour soixante journaux destructeurs, et je ne pense pas que ce soit Paris qui rétablisse l'équilibre. Encore si ces dédains de chevaliers

tiX

sans peur et sans reproche, ces pudiques colères de veslalcs, ces frissons de sensitlves, ces tressaillements d'bermines, ces petits cris de colombes effarouchées, restaient le monopole des fidèles défenseurs du trône et de l'autel, de ceux qa'il faudrait trop mépriser si on ne les croyait pas sincères! Hais, juste ciel I ies pruderies delà République française! Les scrupules des Droits de VEomme ! Le Rappel coilet-mojité I Le don-quicholtisme de VHomme libre ! Les cas de conscience de la Tribune! Les austérités de la Révolution Les virginités du RaUiement ! Le parti de HH. Gambetta. Peyrai, Cent, Bouvier, Flbqnet, Bouchet, Bouquet, écrasant de ses vertus la gaieté française et reshortant à cacher ce sein qu'il ne saurait voir! M. Naquet faisani; le gros dos et la petite boucbe ! C'est donc pour nous persuader qu'ils ne sont pas assez rouges, que ces messieurs essayent de rougir encore 1 .

En vérité, il a donc suffi de neuf mois de radicalisme pour pervertir — que dis-je ? pour intervertir toutes les notions, toutes les lois dont se composent le sens moral et la conscience publique ? On s'est emparé de la dictature devant l'ennemi vainqueur, on a sacriflé la France à de misérables passions de haine, d'ambition et d'orgueil ; on a trompé, pressuré, opprimé, ruiné, abimé son pays ; on lui a coûté deux provinces et dix milliards ; on est cause que deux cent mille hommes, qui seraient aujourd'hui vivants, ont inutilement péri après avoir épuisé toutes les privations et toutes les souffrances. Plus tard, on a

profita des aveugles complaisances du suffrage universel pour étoufTer des masses de documents où se réréLaienl des prodiges [d'incapacité, d'arbitraire, de friponnerip ei de gaspillage ; on n'ose pas renier les abominables sd;\('rats de la Commune, et l'on tend la main à ceux qui son déclarent les panégyristes; on a des jonmaux où l'on gloriflela Terreur et le régicide, où l'on affirme qu'il faut couper la tète à la Royauté, au Capital el au Cleri^is on prêche au peuple l'ahéisme, aux soldats rindiscip]iii4\ aux femmes et aus enfants la dissolution de la familio, aux ouvriers la guerre au patron, aux travalUeuis la guerre au propriétaire; on insulte la Religion oi ses ministres ; on continue contre l'Église, les évâchés, les prêtres et les convents, la croisade garibaldienne, si vaillamment inaugurée, en guise de revancbe, pendant que les Prussiens nous accablaient de leurs victoires; on proche effrontément des doctrines qui, si elles avaient on jour de triomphe et quinze Jours île règne, nous replongeraient dans la plus hideuse barbarie, et qui, en attendant, font de nous la risée de l'Europe ; on a commis tout cela, on dit tout cela, on imprime tout cela; — et l'on n'en fait pas moins une brillante figure dans la politique républicaine; on joue avic les ministères avant de les croquer, comme le chat smt ses victimes ; on est le député d'aujourd'hui, le ministi c de demain, t'arbitre du présent, le dictateur de l'avenii-: on regarde de bant en bas tes pauvres diables qui n'ont

2(2 NOUVEAUX SAHEUIS

pas SU 5e cnier nn piédestal avec nos décombres ; et, s'il va ({uelque part des hommes d'esprit qui assaisonnent parfois d'un peu de gaudriole leur polémique contre ces ndienx et ridicules souverains ; s'il y a des journalistes ijui, pour nous dédommager de tant d'exécrables comédies, nous donnent, à lenr troisième page, des nouvelles de Got ou de Capoul, de Judic ou de Zulma Bouffar, li donc ! est-il possible de se commettre avec ces petites gens, avec ces libertins et ces farceurs, ces histrions et ces baladins ? Ne convient-il pas plutât de les dénoncer au pouvoir, de les déclarer hors la loi, de requérir contre eus la vindicte des juges, et, si les juges faiblissent, de dégorger sa fureur contre notre magistrature ? Oui, l'on a vu ce phénomène sans exemple ! une partie de la presse écumant de rage parce qu'un journal a été acquitté ; des publicistes furieux parce que d'autres publicistes ne vont pas eh prison ! Ils ne sont pas nos confrères, liites-ïous; ils sont du demi-monde politique et littéraire ! — La demi-monde ?,.. — Ali çà, ! est-ce que par hasard, vous auriez la prÉtention d'être le monde enlier? Non, non, H vous faudrait, pour en arriver là, supprimer Irop d'honnÈIes gens ! Quelques-uns d'entre vous y songent peut-être ; mais ce n'est pas encore fait.

Bernadille... j'ai promis de ne pas le nommer ; je aw bornerai à vous dire que, pour le connaître, le lire et l'aimer, ^niis n'avez peut-être pas besoin d'être lecteur assidu du B-an<;ais. Un travailleur infatigable, sauvi; di-.- ,

• ennuis de sa tâche journalière par un riche fond de honne santé et de bonne humeur; un improvisateur se préservant des périls de Timprovisation à force de se passionner pour toutes les formes du vrai, du beau et du bien ; un causeur qui dédaignerait de rompre le silence s'il n'avait toujours quelque chose à nous apprendre ; un chroniqueur qui sait mêler à l'histoire ou à l'historiette de chaque soir assez de bon sens, de franche gaieté, de verve ou de charme pour l'embellir sans la déguiser ; un critique aussi compétent sur les questions d'art qu'en matière de littérature; un artiste qui réussit à mettre de l'imagination et de la clarté dans l'esthétique ; un archéologue capable d^ restituer au vieux Paris tout ce que lui ont enlevé les démolisseurs et de faire revivre dans un livre tout ce que laissent mourir la légèreté et l'oubli de là génération nouvelle ; un homme de cœur, un homme de bien dont on est fier et heureux d'être le confrère, dont on serait heureux et fier d'être le collaborateur et Tami, tel je me représente le véritable Bemadille et tel je le retrouve à chaque page de ce volume : Esquisses et Croquis parisiens,

Ainsidonc, ro6jec<i7 du baron Grimm, c'est le Parlement bicéphale, avec la Chambre des députés pour chaudière et le Sénat pour soupape ( si c'était au moins de sûreté ! ) ; celui de Bernadille, c'est Paris. Tout d'abord, vous saisissez les différences. On peut dire à Paris son fait, trahir ses secrets, décrire ses laideurs, tàter le pouls

à SCS lièvres, fouiller dans ses tiroirs, pénétrer dans ses' gouffres, dénoncer ses petits métiers, ses industries véreuses, ses B gares interlopes, le montrer en déshabillé, en haillons, en livrée, en maillot, avec le casque de Hengia sarla lèle ou le masque de Clodoche sur le visage, descendre avec lui dans les sous-sols de sa police, de son argot, de ses chansons, de ses plaisirs, de ses clubs, de ses émeutes, de ses élections, de ses vices, de ses délits, de ses crimes, sans que cet être collectif se fâche, sans que ce corps immense à deux millions de tètes se croie atteint par la pointe de votre crayon ou la lame de votre canif. Avec nos seigneurs et maîtres de Versailles, il faut plus le précautions, et la fantaisie se trouve ici tout à point pour signer, les passê-porls de l'épigramme. On ne peut pas parler de M. Jules Simon ou de M, Arthur Picard, de H. de Harcère ou de H. Chrislophle, comme on parle des cafés-concerts, de la femme géante, du dîner des croque-moris, du bal de la Saint- Grépin, de la foire aux joujoux, des lutteurs du casino Cadet, du bal des gens de maison, de la foire aux pains il'épice, de lai angue verte, des cercles de l'Enfer parisien, du déménagement et des saltimbanques. C'est pourquoi il y a plus de terre ferme dans l'œuvre de Bemadille ; plus d'air, d'espace et de caprice dans le livre du baron Grima. L'un peint d'après nature ce qu'il a vu, regardé, observé, et tant pis pour la réalité, si elle n'est pas bellel L'autre dissimule la ressemblance en de spirituelles alter-

n&tives de portrait el de caricature, et tant pis pour les modèles s'ils prêtent à ce mélange 1 Permettez-moi une comparaison musicale : Bernadilte joue an morceaa où tout se tient, depuis le prélude jusqtf au finale ; le baron Grimm exécute des variations à propos de gens qui cm beaucoup varié el dont la plupart mériteraient une exi^ cation.

Je Tiens d'indiquer quelques-uns des sujets que Bcrnadille a traités, el où il nous a trës-heurensement prou \ ique, si Paris est incorrigible, il n'est pas moins inépuisable. Qui de nous, en flânant'sur ses boulevards ou dans ses rues, en se hasardant à travers ses quartiers excentriques, en évoquant son passé enseveli dans d'invisiLlo^ catacombes, en entrant dans ses cimetières qui sont tk ^ villes, en prêtant l'oreille à ses rumeurs, en se heurtiint aux grilles de ses égouts, en câtoyant les muraiUesde sis hôpitaux et de ses prisons, en mesurant la distance il<' son luxe à ses misères, de ses élégances à ses détresses. de ses thé&tres à ses coulisses, de ses palais à ses bou^e^. de ses raffinements aristocratiques à ses rudesses poinilaires, de ce qu'il étale à ce qu'il cacbe, qui de nous n'a rêvé, au moins une fois, d'écrire à sa guise les Mystéiw^ de Paris ? Non pas un roman douceureux et venimeux, où l'imprudente curiosité des riches soit sournoisement f,u iexcitée au profit des griefs et des convoitises des panvirs. mais une œuvre multiple, persuasive, communicativi', chaleureuse, ou on tâcherait de mettre une âme, oii il-

ma^çinaiLon romanesque viendrail en dde à la charité l'hrétienDe, où l'on ne solliciterait les curieux, les dilettantes, les chercheurs, les gourmets de réalisme, que tout juste assL'z piiur les'raire réfléchir, pour leur montrer la leçon et le danger contenus dans ces prodigiem contrastes ? Neilument m'a raconté que M. de Genoude, désirant avoir un l'ûuian de Balzac, l'avait un soir invité à dîner avec quflLiuea-uns de ses rédacteurs. C'était au plus beau momenl du succès des Mystères de Paris, succès inouï, incroyalfle, fuitastique, fatidique, propagé pendant trois ans, de Paris en province, du feuilleton au cahier, du L-ahier au volume, tel enBn qu'il n'était pas difflcile de prévoir laveair réservé à une société ainsi affolée, enfiévrée et a\ euglée. Balzac, si supérieur à Eugène 8ue, ne pouvait manquer d'être mortifié et agacé par cette vogue extraordinaire qu'il n'a jamais égalée de son vivant. Soit irritation nerveuse, soit effet de la honne chère et des bons vins on bonne compagnie, soit qu'il fût, ce soir-là, plus en verve que d'habitude, il se mit â refaire, tout d'une halein^, les Mystères de Paris, — les vrais, les siens, — et cela avec une telle puissance de souffle, une telle vigueur d'inspiration et d'invention, une telle faculté de pénétration elde seconde vue, un artsi étonnant pourdonner aux visions de son cerveau un corps, une figure, un langage, qucjusqu'àeinqheuresdumatin, les convives furent en proie à une hallucination étrange, partagée entre lii réalité la |ilus Intense et la fiction la plus fantastique.

Cerles, quiconque prélendrait remplir le pro^Tamnie nocturne du gigantesque romancier, se couvririit de ridiçnle . C'est déjà beaucoup d'explorer et de saisir ^ur le vif quelques coins de ce terrible Paris, surtout lorscjue l'on a, comme Bemadille, le bon esprit de morali.ser ses esquisses, de s'arranger pour que les détails les plus réalistes portent avec eux leur enseignement et nous ramènent à un ensemble de piquante comédie et d'honnête satire. Voyez, par exemple, le Bat des gens de maison ! que de traits charmants I que de fines ironies ! Et comme on devine aisément qu'une société où Fronlin et Dubois, Crispin et Scapin, Lisette et Toinette, Marine et Kériue réclament leur part.de l'égalité démocratique, en arrivent à toiser leurs maîtres et remplacent par l'anse du panier ou te bénéfice clandesiinles spirituelles intrigues àv. leurs devanciers, ne peut plus compter sur le dévouenienl des domestiques d'autrefois, qui s'identifiaientavec la famille et ne permettaient pas à leur livrée d'étouffer les battements de leur cœur ! Et le Jour des morts à Furis ! une élégie qui a des griffes I Hillevoye donnant la main h. Gil. bert ! Il faudrait citer aussi les Cafés-Coneeris, la Religiùn en chambre, les Lutteurs du Casino, VEt^er parUien, les Crames de la vie réelle, et bien d'aulre3;Iont le volume y passerait. Rien n'a vieilli dans ces petites toiles qui ont si bien réussi dans le Français, et qui supportent si vaillamment cette seconde épreuve. C'est que Bemadille ne s'est pas borné à raconter l'incident parisien qui pas-

Sia NOUVEAUX SAMEDIS

^ sioimeàmidiettombeen poussière à quatre heures; Une

% fait \asAe ses ctirooiques quelque chose de comparable

â un paquet d'allumettes qui prennent feu et s'éteignent t avec une égale vitesse; les décors où s'est promené son

J pinceiu ne se replient pas â mesure qu'une nouvelle

I pièce succède à la pièce jonée. Ses sujets, sauf quelques

légères retouches, existent aujourd'hui tels qu'il les a vus hier. Son mérite est d'en avoir trouvé le vrai sens, d'avoir I saupDUdrédesel cette vérité sérieuse ou amusante, alar-

miuie ou railleuse, triste ou grotesque, d'edi avoir extrait tout ce qui pouvait assurer à ces pages fugitives la vie et la durée. II est difficile de peindre ou d'esquisser Paris sans Qous laisser voir l'énorme part du Diable. Ne croyez pas pourtant que la pan du bon Dieu soit négligée par Bi;rniilille ! Lisez sa belle étude sur le révérend Père Monsabré, son éloquent chapitre sur les cercles d'ouvriers. Quelle émotion profonde 1 quel sentiment sincère d'honnéle liomme et de catholique! La satire a les larmes aux yeux; la fantaisie trempe le bout de son aile dans ce bénitier populaire, plus agréable à Dieu que toutes les ciselures des arlislcs florentins. Quel touchant hommage à cet irrésistible ap.itre qui s'appelle le Révérend Père Duloa di Rosnay ! Je ne puis me dérober à l'envie de citer les lignes suivantes : •... Une autre fois, un ouvrier à i'air cràue et tapageur avait commencé par se poser en membre ce l'extrême gauche. C'était à la conférence de M. de la Tcur du Pin-Chambly : les Batailles sovs Metz. Mais

tout à coup il se tait, devient attentif, recueilli, presque ému; l'orateur racontait, avec son humour ordiniiiru, la bonne conduite d'un régiment de chasseurs d'AfrJtjin; i.'ii face des Prussiens. A peine la conférence terminée, l'ouvrier se précipite vers le président de salle : • Ah : monsieur, comme c'est ça ! Voyei-vous, j'ai juslemcnt servi dans les chasseurs d'Afrique, moi. Fameux réglniiint : Vous direz à ce monsieur qu'il a bien parlé. • — Cet ouvrier croyait encore à la patrie, à la solidarité du régiment, à riionneur du drapeau. Il n'était gâté qu'à muiiié; le club l'eût achevé ; une parole chrétienne et frunrai^e avait trouvé le chemin de son cœur. Il est revenu, il gnOrira, s'il n'est déjà gnéri: >

De H. de la Tour du Pin-Chambly à M. Albert de Mun, il n'y a pas loin ; ces deux nobles et vaillants frênes d'armes, ces deux rivaux d'éloquence, de foi, d'héroïsme chevaleresque, de dévouement à toutes les causes sacnk's, à Dieu que l'on blasphème, à la France qu'on diislionure, au peuple que l'on trompe, vont, bras dessus br.is dessous, me ramener — qui le croirait ? — au baron Crimm. Je rouvre son livre à la page 53, et je lis ; « M. Albcrl de Mun est nn jeune homme de trente-cinq ans qui n'en paraît pas (rente. H a beau visage et fiëre tournure ; il a la moustache noire, la tSle rasée, le parler franc et sonore de l'oflicierde cavalerie; il a aussi le regard, l'altitude et l'accent convaincu des hommes qui se sont dévoués à leur foi et à leur religion, sans admettre (]u'oi>

SSO NOUVEAUX SAMEDIS

les Aiscute. II y a du Hoatalemberï dans ce capiuioe de cuirassiers, à l'âme de prâtre. Il y a aussi du Pierre l'Herman. Od seat que U. de Mon s'est ballu ponr sa patrie i-t qu'il recommencerait pour sa religion, croisé au moyen âge, Lgueur sous Henri III, mais de ces croisés et de ces ligueurs qui se sont abandonnés à une idée sublime, el qui versent leur sang pour elle... U. de Hun a été q a ;tsi'in validé (26 mars), mais ses adversaires ont rendu justici à sa valeur et à son talent. Peu de triomphes valent une pareille défaite ; peu de vainqueurs ont reçu autant de poignées de mains et de compliments que ce vaincu. ■

Qu'en dites- vous ? Le vrai baron Grimm, ami desphiloïuplies, habitué des salons où se rencontraient Diderot vi il'Atembert, Helvélius et Chamfort, ferait peut-être la Grtnun — ace en lisant cette page de son filleul. Je l'ai citée ie préférence, pour prouver que cet étincelant fantaisiste savait au besoin âtre sérieux, queses jolies malices s'irrËtaient — que dis-je ? s'inclinaieDt, émues et respectueuses, là où s'ouvre l'horizon des sentiments héroïques, des grandes pensées et de la véritable éloquence, liais, non loin de ix tribut payé à une admiration légilime, quelle gaieté sans fiel ! quels ravissants caprices de vLTve et de plume ! que de folies plus raisonnables que Lien les raisonnements ! quelle variété dans ce cadre un liL'u monotone 1 Comme ces silhouettes parlementaires i-unt bien prises sur le fait ! Comme ces anecdotes sont bien

inventées ou bien contées ! Quels heureux pastiches de la dix-septième manière de M. Victor Hugo î quels croquis lestement enlevés! que de poignées de sel adroitelnent jetées au nez de tous ces poseurs, de tous ces bavards, de tous ces charlatans, de tous ces athées, à qui il a été plus facile d'accaparer des milliers de voix que de montrer une parcelle de talent ! 'quels agréables sifflets à roulettes, aux dépens de ces ténors de province qui mériteiraient d'être hués à Draguignan, et qui sont entrés, le front haut, dans le palais du grand Roi ! quelle revanche ou quelle indemnité pour Tesprit français, au moment même où il subit tant d'humiliations et de crises 1 Rapprochons dans nos sympathies et dans nos lectures ces deux transparents pseudonymes, Bernadille et le baron Grimm, ces deux aimables volumes. Croquis parisiens et Souvenirs parlementaires. L'un nous prouve qu'on peut décrire Paris sans rien perdre de sa bonne mine au milieu de ces laideurs ; l'autre nous rappelle qu'on peut hanter Versailles en restant spirituel au milieu de ces sottises.

Page 1