‹ Nouveaux samedis (volume 2)Chapitre 41 sur 44 · t^ar Jules ClareUe · texte numérisé non relu

t^ar Jules ClareUe

Train 17 peut suffire à sa tâche, au prodigieux travail du romancier, de l'auteur dramatique, du critique de théâtre, du courriériste, du correspondant de VIndépendance Belge; par quel miracle d'activité et de volonté il réussit, dans la mêrile journée, à écrire un feuilleton, à juger une pièce, à suivre une répétition, à corriger des épreuves, à causer avec Bruxelles, à rêver une intrigue, à distribuer les chapitres d'un roman, à créer une situation ou un caractère, on en vient forcément a conclure, ou qu'il a, comme Josué, le secret d'arrêter le soleil, ou que, comme messieurs tels et tels, il remplace la qualité par la quantité. Remarquez que je ne dis rien des plus précieuses distractions qui puissent arracher un écrivain ou un artiste à la page commencée, au tableau ébauché, à récritoire, à la terre glaise ou à la palette ; les douces joies du foyer et de la famille. Celles-là ne prennent pas de temps ; elles en donnent.

En principe, M. Marins Topin a raison. Néanmoins, dans l'improvisation il y a deux choses ; le fait et le résultat. Le fait, M. Jules Claretie ne s'en défend pas ; il improvise, il s'abandonne à l'inspiration du moment ; sa pensée et sa plume ne laissent pas une seconde d'intervalle entre l'idée et le mot, entre le mot et la phrase ; mais le résultat, c'est-à-dire, j'imagine, l'incorrection, la diffusion, la négligence, je le cherche en vain dans les principaux ouvrages de M. Jules Claretie. On n'en

trouve pas trace dans le Train 17; on peut hardiment af-

Armer qne, quand môme l'auteur eût, de longue date, tout quitté pour se donner tout entier à ce roman, quand mSme il aurait, pendant trois ans, conçu, médité, fait, détail, retait, retouché, corrigé, raturé, fixé ce qu'il a improuisé en trois mois, son œuvre différerait fort peu de ce qu'elle est aujourd'hui. Dans celte œuvre, ce qui estdiscutahleestevidemmentvaulu.ee qui est bon ne saurai! être meilleur.

Dès le déhut, on devine que le conteur est maître de sou sujet. J'ai été, huit ans, le voisin du boulevard de Clichy et de la butte Montmartre; je n'y ai jamais vu le cirque Elton, et, pourtant, après avoir lu les premières pages du Train 17, je connais le cirque Elton comme si j'en avais été l'habitué. Rien de plus original et de pins vivant. Cet Américain qui déQe les caprices du sort, qui a foi dans son étoile, qui ne cesse de gagner et de reper* dre à la loterie du hasard, qui a fait de la fortune un violon et de sa volonté un archet, qui dompte l'obstacle et fertilise le néant; Cox, le vieux clown essoufflé qui nous représente l'Auriol britannique ; Poujade, qu'il ne faut pas confondre avec le député de Carpentras et dont la clientèle se compose d'un loup c^rvier, d'une hyène et de plusieurs chacals (on voit que la confusion est impossible), l'énorme madame Miche, son mari l'hommesqueletteet son intéressante famille; tout ce groupe est pris sur le fait, peint dans le vif, et Jules Claretie a su le décrire sans un seul de ces détails écœurants dont je

ne parlerai plus de peur d'être accusé de radotage. A coup sûr, j'aimerais mieux être introduit dans le faubourg Saint-Germain ; mais le noble faubourg est trèsexclusif, et je n'y serais peut-être pas reçu.

Attention ! voici les deux héros : Lauriane et Martial. Lauriane, une orpheline, une enfant trouvée ou perdue, recueillie par une troupe de saltimbanques et un hercule de foire, devient, par un millième prodige de Francis Elton, Yétoile^ le great attraction de son cirque ; Martial Hébert, chauffeur au chemin de fer du Nord, mécanicien au bout de quelques années, mais appelé à des destinées plus hautes par sa vertu et son génie. Si j'exagère quelque pe.u en écrivant ces deux mots, c'est pour indiquer dès l'abord le seul côté vulnérable de ce roman trèsremarquable et très-remarque.

Martial se trouve au cirque Elton, le soir des débuts de la charmante Lauriane. Il la sauve d'une chute qui aurait pu être mortelle, et, grâce à lui, cette chute^ se change, pour l'irrésistible écuyère, 'en immense succès. Ce qui en advient, vous l'avez déjà deviné. L'amour vit de contrastes plus encore que de ressemblances. Entre ces deux natures. Tune pure comme l'or, trempée comme l'acier, fière, énergique, loyale, prête à tous les dévouements et à tous les sacrifices; l'autre gracieuse, délicate, légère, fragile, accessible aux séductions du luxe, à toutes les variétés du factice et du chimérique, des courants magnétiques s'établissent ; Martial épouse Lauriane. Tel

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est l'art du conteur, tel est le miel de cette lune, que le lecteur troit au bonheur possible de ce mariage exposé d'avance à bien des vicissitudes. Il partage les illusions de Martial. On dirait que Jules Clarelie, entraîné par le charme de cette partie de son récit, poursuivi par de chères images, a lui-même oublié les spécialités de Lauriane, le péril encouru par Martial, l'envie que doit avoir tôt ou tard l'ex-écuyère de faire voyager son mari en pays de Caux, pour ne voir et ne peindre que les honnêtes ivresses d'un jeune ménage, ne possédant que le nécessaire, suppléant au reste par l'amour et l'espérance, et bientât f^oulant à ces mystérieux trésors le surcroit de tendresse qui monte du berceau de l'enfant au lit nuptial. Je remercie l'auteur du Tram 17 de m'avoir rendu, en un style ravissant, cette sensation que j'ai tant de fois caressée dans mes rêves, à défaut de mes souvenirs. Pas un grenier, pas une mansarde, mais un petit appartement modeste et gai, au cinquième, donnant sur un jardin. Le jeune homme écrit sons l'abat-jour de sa lampe. Il n'a encore d'autre lectrice, d'autre admiratrice que sa jeune femme. Elle croit en lui, et elle n'a pas tort ; car il sera célèbre dans dix ans. Il écrit, et, de temps à autre, il la regarde pour se donner du courage. Dr temps à autre, elle se penche pour lire par-dessus son épaule, et il seul son haleine courir dans ses cheveux. Les heures s'écoulent. Minuit sonne. — Déjàl dit une douce vois. — Il se retourne...

Elle est dans ses bras... quelle étreinte! Les oisifs ne la connaîtront jamais !

Mais en songeant aux situations respectives, aux antécédents et au caractère des deux héros du roman, on comprend que Jules Claretie n'ait pu leur accorder qu'un éclair de ce bonheur, un quartier de cette lune de miel, plus voisine de la butte Montmartre que du mont Hymette. Lauriane est la plus charmante, et, provisoirement, la plus innocente des écuyères. Elle aime ou croit aimer son mari qui l'adore, qui ajoute à tous ses mérites de rares facultés d'inventeur, et qui, s'il mène à bien ses découvertes, pourrait un beau matin, se réveiller millionnaire. Lorsque Lauriane a une fille, il est presque permis d'espérer que cette jolie petite Marthe assurera la paix et l'honneur du ménage.^ Erreur ! La grâce d'état est insuffisante chez cette épouse, cette mère, qu'obsèdent à la fois les souvenirs de ses succès artistiques et les tentations de la vie élégante. Sous cette délicieuse enveloppe de sylphide à cheval, se cachait une âme frivole et vulgaire, une imagination éprise de niaiseries sentimentales, incapable de préférer l'or au clinquant, l'homme supérieur qui travaille au désœuvré qui s'adonise et se parfume. Et puis, que d'heures perdues, que de rêveries dangereuses, pendant que Martial chauffe et conduit sa Ville-de-Calais ! Sans compter que Lauriane a une idée fixe. Elle entrevoit dans les lointains de sa mémoire d'enfant un appartement somptueux, des tapis

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turcs ât des rideaux de brocatelle, une femme velue de

Suie el de velours, une atmosphère de richesse et de luxe,

et endoctrinée par d'absurdes lectures, elle se croit fille

dune grande dame donl l'aurait séparée qoelque fatalité

rnmanesque.

Où le voit, la chute est ioévitable, el Jules Claretie l'a préparée avec une merveilleuse habileté de gradations et lie nuances. Voici le loup dans la bergerie ; nn pau- ^Te lonp, à tout prendre ! Un don Juan de la rue Hautevillo, blond, joli, peigné, ratissé, musqué, mis à quatre épingles, jouissant d'une oisiveté acqnise par le travail do son père, réglant d'avance le chifTre de ses folies et la dur^e de ses amourettes, tel enlîn que, pour lui sacriQer Martial Hébert, il faut qu'une femme ait sauté à travers bien des cerceaux de papier, bien souvent pratiqué le grand écart et se soit maintes fois grisée des ovations du cirque Elton.

11 se nomme Armand Oberlin. L'inirigne est ce qu'elle doit être ; un agréable passe-temps el un succès d'amourpropre pour Armand ; un chapitre de roman el une sensation de vertige pour Lauriane. Martial commence par ignorer; puis il sait. Bien de plus dramatiquement amené que la façon dont il passe de la sécurité au malaise, de l'inqniétnde au soupçon, du soupçon à la cert<- Inde. Laariane étourdie, aveuglée, inconsciente, entraînée à ladérive, n'a pas même lespréc&ntionsde la femme conpable. Un bijou que son mari croit faux, qu'il loi a

acheté pour un prix minime, qu'elle a remplacé par une pierre fine dont il découvre la vraie valeur, met le malheureux sur la piste de cette trahison à laquelle sa belle âme refusait de croire. Son désespoir est immense, sa colère effrayante, son attitude digne de Thomme dont le roniancier a fait un type complet de vertu, d'abnégation, de grandeur morale. Mais il n'a encore vidé qu'à moitié le calice de l'amertume. Le môme jour, le même soir, Martial, qui s'obstinait à douter, est foudroyé par l'évidence. Lauriane, qui persistait dans ses illusions pseudo-romanesques, est poliment congédiée par Armand ; ceci n'est rien encore. Dans cette vie de désordre, de mensonge^ de rendez-vous, de sorties clandestines, Lauriane a presque oublié qu'elle était mère; elle a confié sa fille Marthe à la femme du concierge. Une promenade, une distraction, un accident, les buttes Chaumont, un enfant qui joue au bord du grand bassin; un pied qui glisse, point de secours, Marthe se noie ; elle est morte, et l'on vient de rapporter au logis son cadavre, au moment où Martial, sûr de son malheur, y rentre le cœur déchiré, au moment où Lauriane, chassée par son amant, va y rentrer la douleur dans l'âme et la rougeur au front.

Ici la terreur et la pitié atteignent leurs dernières limites. Le mari et la femme se retrouvent face à face, dans cette chambre en deuil, près de ce berceau où leur enfant morte n'a plus que quelques heures à passer avant d'être portée au cimetière. Lauriane échappe au

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courroux de Martial par un évanouissement terrible, Ruivi d'une maladie qui semble mortelle, et dont elle ne se relèvera jamais complètement. Comment sévir contre une agonisante? D'ailleurs une vengeance vulgaire abaisserait Martial. Il y perdrait son auréole de martyr, cet idtïal de magnanimité sloïque, qui, sous les plumes républicaines, remplace la grâce divine, la source immortelle des vertus surhumaines et de l'esprit de sacri- (iee. Oui, Martial épargnera Lauriane, qui d'ailleurs est asscî punie ; mais il faut à ce désespéré Armand Obertin, dont il sait le nom, dont il ne connaît pas encore la Cigure, — De là ce dernier chapitre, ce formidable épilogue qui donne son titre au volume. Martial est toujours mécanicien » bord de la Yille-de-Calais, sur le chemin de fer du Nord, de Paris à Chantilly. Son chauffeur, le brave Quentin Arnecke, lui est dévoué comme un caniche à son maître. Nous sommes au 31 mal, jour du Derby. Le train 17 va partir. Tout à coup Martial entend UIU1 jeune voix de femme appeler : Armand I Armand! l't mille indices lui pronvent que cet Armand est le cou- |i.'lIi[l>. Il est là, pimpant, frais, correct, marié depuis peu de jours et donnant le bras à une jolie blonde, qui oITre linéiques traits de ressemblance avec Lauriane. Son frère Frédéric — un rôle secondaire très-réussi — accompagne tes nouveaux mariés, et de ce trio s'exhalent des bouffées de gaieté, assaisonnées de chansons et d'éclats de rire. Leur vie est entre tes mains de Martial. La situation

est terrible; la scène est superbe; rémotion égale en intensité cette surabondance de charbon et de vapeur qui va tripler la vitesse du train. L'époux outragé tient sa vengeance; elle sera effroyable comme l'outrage, implacable comme sa douleur. Pendant quelques minutes, il oublie que des centaines d'innocents vont périr avec le coupable. Le train 17 file avec une rapidité telle que le lecteur a le vertige en le suivant. Ses ailes de feu, à cbacun de leurs battements sinistres, rapprochent les voyageurs d'une catastrophe imminente et d'une mort certaine. L'épouvante d'Armand lui a fait deviner que le vengeur est là, que cet homme noir qui l'a un moment regardé avec une expression étrange, est le mari de Lauriane. Il se sent perdu, et cette minute d'angoisse partagée par sa jeune femme et par son frère est déjà un châtiment. Mais Martial, à cette heure suprême, ne doit pas» ne peut pas se démentir. Jusqu'au bout, il faut qu'il soit la victime expiatoire d'un crime qui n'est pas le sien. — < Compagnon, au frein I > dit-il à Quentin au moment où. Chantilly apparaît à l'horizon. Puis il lâche l'appui auquel se cramponnait sa nuin; il disparaît; son corps est broyé par la machine. Les voyageurs sont sauvés. Pourtant, si égoïste et si frivole que soit Armand Obertin à qui le doute n'est plus possible, nous croyons que cet instant d'indicible terreur et le souvenir de ce tragique épisode gâteront pour longtemps ses félicités conjugales. Et les souvenirs d'enfance de Lauriane? Mensonge

comme tou3 les autres rêves doni se berçait son imagination Ihéâtrale i Ce luxe, ces dorures, ces tapis, ces ricbes toilettes, ont réellement existé; c'est que Lauriane était la illle d'une courtisane.

Dans cette analyse incomplète, j'ai négligé un personnage bizarre, qui ne prend pas uae part bien directe à l'action, mais qui contribue puissamment à l'etTet ; Richard Kenwel], un clown shakspearien qui môle des tirades d'Ham{«t à ses cabrioles et qui boirail volontiers son vin de Champagne dans le crâne d'Yorick. Kenwell a été un gentleman, un sportSTnan. 11 a figuré avec éclat dans le kigh life britannique. Puis il a disparu, et, quand ses anciens amis l'ont retrouvé, il était vStu de la casaque rayée, et, à demi caché sous ce masque enfariné qui immobilise la boulTonDerie, il faisait les délices du cirque Astley. Entre ces deux points extrêmes de sa grandeur et de sa décadence, ce volontaire du trapèze, da saut de carpe et du cri de paon a placé une grande passion pour miss Kate Howard, héroïne de poses plastiques. Naturellement, miss Kate le trompe de la façon la plus odieuse ; il n'eu a pas fallu davantage à cette àme ardente pour se déclasser violemment et se perdre dans une vie d'aventures qui alterne entre le cirque et la taverne. Si Kenwell, après une longue éclipse, a consenti à s'enrôler dans la troupe de Francis Elton, c'est que Lauriane lui rappelle miss Kate. Il éprouve pour la jeune écuyère un sentiment mi-parti de passioo rétros-

peetive et d'affection quasi-paternelle; mais il s'incline et se désiste devant la supériorité morale de Martial. Dans tout autre milieu, Richard Kenwell sonnerait faux. Dans ce groupe de curiosités, il offre une harmonie de plus. C'est une ligure d'Hogarth, retouchée par Martinn. J'entends reprocher à Jules Claretie le ton trop sombre de son récit. C'est sur un autre point que je voudrais faire mes réserves. Je n'ai aucune raison de prendre parti pour les écuyères contre les mécaniciens ; seulement, je dirai à l'heureux auteur du Train ly : Puisque vous avez créé une Lauriane si admirablement vraie, puisque vous avez fouillé d'une main si ferme les en dessous de ce personnage où se résument les grâces, les faiblesses, les séductions, les secrets instincts, les fausses élégances, les aspirations romanesques, les vagues nostalgies, l'artificiel et le naturel de Yactrice, — écuyère ou cantatrice, peu importe ! — pourquoi nous présenter un mécanicien invraisemblable ou plutôt impossible? Si vous aviez fait de Lauriane un modèle de vertu, on vous aurait répliqué : cherchons ensemble dans tous les cirques présents, passés et à venir ; nous n'y rencontrerons pas une^eule Lauriane qui offre quelque analogie avec la vôtre. Ne m'est-il pas permis à mon tour de murmurer en face de votre Martial plus beau que na* ture : Parcourons toutes les gares de France et de l'étranger ; nous n'y trouverons pas un seul mécanicien, un seul chauffeur qui ressemble à votre héros ! Pourquoi

cette "Martialité — Pardon, cette partialité? — Hélas l je crois le deviner; Lauriane et ses pareilles ne sont d'aucune classe distincte. Dans ce monde à pari où elles passent, brillent, rayonnent et disparaissent, elles ont quelque chose des mobiles fictions du théâtre qui leur sert de nobiliaire, d'horizon et de patrie; elles ne tien, nent pas plus au peuple qu'à l'aristocratie ou à la bourgeoisie. Quand elles tombent, elles fournissent un argument de plus contre la société qni les applaudit sans les protéger, contre les oisifs qui les séduisent sans les aimer. Martial, lui, le mécanicien, l'inventeur, le travailleur obscur qui a peut-être du génie, qui poursuit, à la clarté d'une petite lampe, la solution d'un problème utile à la science et à l'industrie, Martial est du peuple, des nouvelles couches. Il personnifie l'avènement de la démocratie dans le domaine de l'intelligence, légitimant d'avance son règne à force de stoïcisme, de travail et de courage. Dès lors, il sied d'en faire un être supérieur à notre faible humanité, un saint d'autant plus étonnant qu'il ne croit évidemment pas aux récompenses célestes et aux promesses d'une vie future. Martial n'est ni bossu, ni bouffon, ni forçat, ni repris de justice, ni atteint d'une infirmité qui le condamne à un rire éternel. Pourtant, je n'hésite pas à le ranger parmi les exceptions, les antithè ses chères à la littérature contemporaine, et je crois reconnaître dans quelques-uns de ses traits l'influence, /le voisinage, l'amitié d'un grand poète. Heureusement, Ju-

les Glaretie a autant de tact, de goût, ^de sobriété et de mesure que le grand poëte en a peu. Là où les recherches scientifiques de Martial amèneraient, sous la plume de M. Hugo, une digression de cinquante pages, l'auteur du Train 17 indique le détail technique en trois lignes, et se hâte de revenir au vif de son sujet. Dans la scène finale qui pourrait bien s'appeler aussi, et à bon droit. Une Tempête sous un crdne, cent pages auraient à peine suffi au poète des Misérables et des Travailleurs de la Mer pour décrire ce crâne et cette tempête. Resserrée dans ses justes limites, la scène n'en est que plus émouvante, et on ne dira paâ cette fois que le disciple a exagéré les défauts du maître.

£n somme, quand j'aurai préalablement déclaré que je ne suis pas de la paroisse^ je ne me, ferai aucun scrupule d'ajouter que, selon moi, Jules Glaretie n'a jamais rien écrit de plus fort que le Train ly. J'insiste sur ce monosyllabe, dont je plaisantais l'autre jour, parce qu'il convient de le rendre à sa signification véritable. En littérature comme en politique, la poigne ne me déplaît pas, pourvu que l'on en fasse un bon usage. Si je voulais marquer la distance qui sépare le Train 17 de V Assommoir, je dirais en finissant : « Mieux vaut la poigne qui me dompte que la poigne qui m'assomme. »

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