‹ Nouvel atlas céleste comprenant quatorze cartes: précédé d'une introduction sur l'étude desChapitre 13 sur 18 · KOL'VEL ATLAS CELESTE · texte numérisé non relu

KOL'VEL ATLAS CELESTE

d'une multitude d'étoiles télescopiques puisse entraîner Tabsence des étoiles brillantes. On suppose que les étoiles télescopiques sont beaucoup plus éloignées que les globes lumineux; de sorte que l'association dont je parle est aussi surprenante et aussi inattendue que le serait, dans un beau Ciel d'été, une disposition des nuages en lignes entrecroisées reproduisant l'aspect des barreaux de la fenêtre à travers laquelle on les observe.

Il suffit de se rappeler en quels termes John Herschel s'attache à prouver qu'il n'existe aucune relation de ce genre pour comprendre toute l'importance du fait maintenant bien établi que cette relation est au contraire très nette. En considérant la zone qui recouvre la Voie Lactée, au lieu de la Voie Lactée elle-même, procédé parfaitement juste il faut le remarquer, si seulement les idées reçues étaient justes ellesmêmes, John Herschel trouve, comme nous l'avons dit plus haut, que a la tendance à une plus grande accumulation, ou l'accroissement de densité relativement à la distribution des étoiles dans le voisinage de la Voie Lactée, est toqt à fait imperceptible parmi les étoiles d'un ordre de grandeur inférieur au huitième,... » et que c'est seulement à la ii® grandeur qu'un pareil mouvement commence 4 se montrer bien accusé. Il continue alors, toujours avec une logique parfaite dans les déductions de son point de départ insuffisant :

<( Deux conclusions inévitables semblent découler de ce qui précède : premièrement, les belles étoiles sont réellement plus près de nous que les petites, si on les considère en masse, et abstraction faite des exceptions individuelles. Si tel n'était pas le cas, s'il existait réellement parmi la prodigieuse multitude d'astres qui composent le§ portions les plus lointaines de la Voie Lactée, un grand nombre d'individus dont les dimensions et l'éclat fussent assez extraordinaires, par rapport à la généralité de ceux qui l^s eptourent, pour con-

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trebalancer Teffet de la distance et les faire briller comme de belles étoiles, alors la probabilité de leur existence dans une région donnée s'accroîtrait avec la densité des étoiles dans cette région et devrait amener dans la Voie Lactée une accumulation d'étoiles importantes relativement à ce que nous présente le Ciel sur toute son étendue. En second lieu, la profondeur à laquelle est plongé notre système dans l'amas sidéral qui constitue la Voie Lactée, profondeur comptée à partir de la surface ou limite australe de cet amas, est à peu près égale à la distance qui correspond en moyenne à celle des étoiles de la 9® ou 10® grandeupf et n'excède certainement pas la distance qui correspond à la^iii® grandeur. » '. «xrir^

Ces deux conclusions sont inévitablement renversées^^ar les enseignements de notre nouvelle méthode sde^reoherob©. Il est à remarquer qu'il ne peut pas être ici question de faire un choix entre deux résultats qui parais6eni>conritràdiickoiiîes. Non seulement la nouvelle méthode nous conduit â' la V^érité, mais encore elle explique comment 1 erreif ^f a^.jpu i^t]re jçpp)mise. Qu'on l'applique à la zone régulière qui recouvre* la Voie Lactée au lieu de suivre toutes les circonvolutions de ce courant nébuleux, et l'on retrouvera précisément les mêmes résultats qui ont servi de point de départ à l'établissement des deux conclusions de John Herschel (*). De cette

(*) Il me semple à propos de faire remarquer qu'en discutant avec une parfaite liberté les idées d'un des astronomes les plus'éminents de notre époque; dont j'ai lu et relu les ouvrages avec un plaisir et un profit toujours croissants, je crois agir de la manière à la fois la plus convenable et la plus respectueuse. Ce ne serait pas un compliment, mais bien plutôt une insulte à adresser à nos grands hommes, que de présenter une objection à leurs idées dans des termes qui laisseraient supposer qu'on prise plus leurs opinions que la vérité. Il est arrivé, à ma grande surprise, qu'un astronome bien connu a blâmé sévèrement, et j'ose dire injustement, la franchise avec laquelle je discutais les idées des autres. Une pareille critique me parait absolument inadmissible. Il n'y a pas d'homme de Science, si

manière, non seulement les lacunes et les vides seront ajoutés, et leur pauvreté viendra se placer en balance avec la richesse de la Voie Lactée, mais les régions singulièrement nues qui bordent la Voie Lactée près de V Aigle et du Cygne^ et qui s'étendent depuis le Cocher jusqu'à la Licorne au delà des pieds des Gémeaux^ seront aussi comprises dans l'évaluation. Il est clair qu'en combinant de la sorte des régions riches et des régions pauvres on obtiendra, pour la zone entijre, une moyenne comparable à celle du reste du Ciel. Nous écartons ainsi, comme il a été dit plus haut, toutes les irrégularités qui nous offriraient justement les meilleures chances de découvrir les véritables lois de la constitution du svstème sidéral.

La conséquence inévitable qui découle des résultats du nouveau mode de recherche, c'est qu'il existe une associa-

éminent qu'il soit, pas môme Newton, ni Bacon, ni de Humboldt, ni Laplace, qui n'ait adopté des idées erronnées. Et, dans la nature des choses, il doit en être ainsi. A des hommes de cette valeur, à des Herschel, des A.iry, des Adams, bien plus qu'à ceux d'un mérite inférieur, la prétention d'être toujours dans le vrai paraîtra d'une absurdité manifeste. Il est certain qu'à mesure que les faits s'accumulent, les idées de nos grands hommes se modifient en tout ou en partie, car la Science est progressive et non stéréotypée. Que, dans ces circonstances, on regarde comme une offense d'opposer un contingent de vérités nouvelles à des opinions acceptées jusque-là d'après des données incomplètes, surtout quand on le fait de la manière la plus simple et la plus droite possible, voilà qui me parait ridicule. Je suis certain que nos grands hommes n'auraient aucune raison de remercier ceux qui parleraient d'eux comme si leur renommée était une plante tellement tendre et délicate que le souffle de la libre discussion suffirait à la flétrir.

On pourrait aussi supposer qu'il est possible de présenter des idées nouvelles sans mentionner celles des autres; telle pourrait être l'opinion de ceux qui n'ont jamais eu l'occasion d'émettre didées nouvelles. L'expérience enseigne bien vite le contraire. Non seulement il parait inconvenant de présenter des idées nouvelles sans mentionner les opinions contraires formulées par les autorités éminentes; mais encore il se trouverait de nombreux lecteurs pour croire que ces idées nouvelles ne sont que le résultat de l'ignorance de l'auteur relativement aux opinions différentes adoptées par telle ou telle autorité.

lion quelconque entre les amas de petites étoiles qui produisent la lueur nébuleuse de la Voie Lactée, et les étoiles brillantes qui s'agglomèrent avec tant de richesse au milieu de ces amas. Cette association apparente est trop bien marquée pour ne pas nous autoriser à la croire réelle. Mais alors, ces petites étoiles ne sont pas, comme on l'a supposé, reléguées profondément au delà des étoiles brillantes : elles ne sont donc pas aussi grosses que les globes lumineux et doivent la faiblesse de leur éclat à une petitesse relative très réelle.

11 n'y a qu'un moyen d'échapper à cette conclusion, c'est de supposer que la disposition observée ne tient qu'à une coïncidence extraordinaire. Je vais montrer à quel degré considérable les probabilités s'élèvent contre une pareille coïncidence. J'espère arriver à convaincre le lecteur que, même dans un seul cas, aucune explication de ce genre ne serait acceptable; tandis que les particularités de distribution qui nous restent à considérer écartent absolument toute interprétation fondée sur l'hypothèse d'un arrangement purement fortuit.

Il y a déjà quelques années que j'ai signalé l'existence, en dehors de la Voie Lactée, de courants d'étoiles composés d'astres des cinq premiers ordres de jgrandeur. Beaucoup de ces courants sont assez visibles pour avoir attiré l'attention des astronomes dans les siècles passés. Ainsi, dans les anciennes cartes du Ciel, on a cru reproduire leur caractère avec exactitude en les représentant par les méandres du Fleme Eridan^ les circonvolutions du Serpent et de V Hydre ^ la bande contournée qui relie les Poissons^ et les filets liquides qui s'échappent de l'amphore du Verseau. Dans le Ciel austral, les prolongements de quelques-uns de ces courants sont singulièrement apparents. Je me suis hasardé à émettre l'idée, tout à fait contraire aux opinions formulées jusqu'alors, que ces courants d'étoiles ne sont pas dus à de simples acci-

dents de perspective, c'est-à-dire à une association apparente d'étoiles situées à des distance^ fort différentes, et sans aucun lien réel ; mais que ce sont au contraire des courants d'étoiles existant réellement dans l'espace.

Le professeur Savilian a objecté, non sans raison, que les courants en question « peuvent être tracés de manière à conduire où l'on voudra. » Un observateur peut indiquer que tel courant s'étend d'une manière très nette dans une certaine direction, tandis qu'un autre le verrait se prolonger suivant une rangée d'étoiles alignées dans une tout autre direction.

Il n'y a pas le moindre doute que tel ne soit ici le cas. En réalité, dans la plupart des circonstances, les courants d'étoiles seraient beaucoup plus exactement figurés par des reseaux d'étoiles^ et, comme tous les réseaux, ils peuvent être représentés par des tracés différents. Mais cela ne prouve en aucune manière que l'association des étoiles, dans ces sortes de courants rétiformes, ne soit due qu'à une disposition apparente purement fortuite.

On a ajouté, comme une objection plus grave, que, si les courants étaient bien réels, ils devraient devenir de plus en plus apparents à mesure qu'on pousserait plus loin la précision des cartes, c'est-à-dire quand on y introduirait des étoiles de plus en plus faibles. Je dois avouer que je ne partage nullement cet avis. Il me semble très clair, au contraire, que, par l'introduction des étoiles faibles, on doit s'attendre à faire disparaître tous les signes d'un arrangement régulier. Il faut en effet se rappeler que, suivant mes vues, la sixième grandeur d'étoiles renferme, outre des globes qui sont en réalité plus petits que les astres des premiers ordres, un certain nombre d'étoiles qui ne doivent la faiblesse de leur éclat qu'à leur excessif éloignement. Il est donc facile de prévoir que le mélange de deux catégories d'astres, aussi profondément dissemblables, ne peut que jeter du doute et de la confusion

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dans les Indîcatîons fournies par la disposition des belles étoiles, bien loin d'apporter quelque lumière nouvelle dans la question. Et quand même on admettrait que presque toutes les étoiles au-dessous de la sixième grandeur sont réellement plus petites que celles des ordres précédents et intimement associés avec elles, il ne s'ensuivrait, en aucune façon, que TefTet d'une pareille association fût de rendre les courants d'étoiles plus apparents. Pour prendre un exemple analogue, considérons les grandes branches d'un arbre ; nous reconnaîtrons d'un seul coup d'œil l'aspect ramifié de la figure qu'elles forment. Mais si nous envisageons en même temps les plus petites branches, nous ne trouverons plus dans leur ensemble la même apparence de rameaux, et si nous étendons notre* investigation jusqu'aux feuilles, de manière à regarder l'arbre comme un tout, nous verrons que l'espace qu'il occupe n'offre plus rien de semblable à une forme ramifiée, quoique cependant les branches existent tout aussi bien. De même, si nous étudions le système fluvial d'un continent, nous trouverons aux régions traversées par les grands cours d'eau un aspect sinueux et contourné, rappelant la forme des courants qui les arrosent. Mais les contrées où s'étend le système fluvial complet ne présentent plus la même apparence de courants, car, en réalité, elles constituent le continent tout entier. Pour des raisons analogues, il peut arriver, et c'est même à quoi il faut s'attendre, que les régions du Ciel où les étoiles au-dessous de la sixième grandeur sont répandues avec une richesse exceptionnelle n'aient plus aucunement la forme de courants. D'après la manière dont nous voyons les étoiles, celles qui sont rapprochées et celles qui sont éloignées venant se projeter ensemble sur la surface intérieure de la sphère céleste, ces régions particulières ne nous apparaîtront que comme de vastes agglomérations en forme de grappes recouvrant plusieurs constellations. Je pensais qu'un pareil résultat ne manquerait pas de se

manifester, lorsque je me suis mis à dresser la carte des 585o étoiles visibles à l'œil nu contenues dans la catalogue de V Association Britannique. Il y avait pourtant des raisons de douter du résultat définitif. On ne savait rien de précis sur le sujet. Tous ceux qui ont examiné le Ciel luimême, et non des cartes, ont remarqué combien il est difficile de se former une idée nette des lois qui président à la distribution des étoiles les plus faibles parmi celles qui sont visibles à l'œil nu. Il n'existait aucune carte permettant de se faire des idées plus claires.

A mesure que le travail avançait, je trouvais des signes certains de lois d'agrégation spéciales. Ces lois présentaient un caractère inattendu. Outre l'agglomération d'étoiles le long de la Voie Lactée, dont j'ai déjà parlé, je trouvai qu'il existe deux régions à peu près circulaires, une dans l'hémisphère Nord et l'autre dans l'hémisphère Sud, dans lesquelles les étoiles sont répandues avec plus de profusion que partout ailleurs. La région du Sud est la plus remarquable, d'abord à cause de son étendue, et ensuite parce qu'elle entoure la plus grande des deux Nuées de Magellan sans lui être cependant concentrique. Celle du Nord est plus petite, et son centre se trouve auprès d'un singulier prolongement qu'émet la Voie Lactée dans la direction de la Petite Ourse.

Une semaine après l'achèvement des cartes, je pouvais affirmer définitivement, dans une lecture faite à la Royal Institution^ l'existence de ces régions condensées, quoique à cette époque je n'eusse pas encore eu le temps de construire des cartes propres à l'application de la méthode des ciseaux et de la balance.

Examinons maintenant les résultats qu'a fournis celte nouvelle méthode.

La région riche du Nord s'étend sur les constellations de Céphée^ de Cassiopée^ du Lézard^ et sur des portions du Chameau^ du Cygne et du Dragon, Elle renferme 622

étoiles, et la balance apprend qu'elle recouvre presque le septième de l'hémisphère boréal (plus exactement les quatre vingt-neuvièmes). SI tout le Ciel était constellé avec la même richesse, 11 renfermerait plus de goSo étoiles au lieu de 585o.

La région riche du Sud est beaucoup plus étendue. En fait, elle recouvre exactement la moitié de l'hémisphère austral. Le centre de cette région se trouve entre le pôle Sud et la plus grande des deux Nuées de Magellan^ de sorte que le bord de cette région s'étend plus loin du pôle Sud du côté de VEridan et du Navire Argo que du côté opposé, près du Scorpion et du Sagittaire. Cette région ne renferme pas moins de 2467 étoiles visibles à l'œil nu; le reste de l'hémisphère austral l'entoure de toutes parts et, quoique d'une égale étendue, il ne contient que 898 étoiles; c'est un peu plus du tiers du nombre correspondant à la région riche. Si le ciel était partout constellé avec la même richesse que dans cette région privilégiée, il y aurait 9868 étoiles visibles à l'œil nu, tandis que si la distribution des étoiles était partout la même que dans la partie extérieure de l'hémisphère austral, on n'en compterait pas plus de 3372.

Mais ce qui ajoute encore au caractère déjà si remarquable de ce résultat, c'est que la pauvreté des réglons qui entourent celle dont nous venons de parler tient surtout à celle de deux portions du Ciel qui s'étendent tout au bord de la région riche. A l'endroit où la Voie Lactée rencontre cette région extérieure, il n'y a pas de pauvreté exceptionnelle, mais plutôt, comme on doit s'y attendre d'après ce qui a déjà été établi au sujet de la Voie Lactée, un richesse relative de distribution. C'est quand les bords de la région riche traversent la Baleine et VEridan et, de l'autre côté^ quand ils approchent de VHvdre^ que l'on rencontre les portions les plus pauvres du Ciel austral.

Afin de rendre ce contraste plus frappant, j'ai découpé, dans la partie la plus riche de la région riche du Sud, une

étendue égale à celle de la petite région riche du Nord ('). J'ai aussi découpé des surfaces de même étendue dans chacune des régions très pauvres que je viens de mentionner. J'ai ainsi obtenu trois portions de l'hémisphère Sud, chacune d'égale étendue, comme je l'ai constaté par leurs poids, mais l'une très richement, et les deux autres très pauvrement parsemées d'étoiles. En comptant le nombre d'étoiles, ou de trous d'épingle, je trouvai que la première en renfermait 8g 5, tandis que les deux dernières n'en renfermaient respectivement que i6i et 21 6. Ainsi les étoiles étaient répandues sur la première avec une richesse plus de cinq fois et demie supérieure à celle qui correspondait à la plus pauvre des deux autres, et plus de quatre fois et demie supérieure à celle qui correspondait à la dernière.

La région très riche ainsi mise à part s'étend sur la quille du Navire Argo^ depuis Canopus']\\s(\yxk la Croix du Sud, et vers le Nord jusqu'auprès du Grand Chien, C'est de cette région que parlait un astronome bien connu, le capitaine Jacob, quand il remarquait qu'à son lever, l'eflet de la lumière émergeant ainsi au-dessus de l'horizon, pouvait frapper un observateur qui n'avait pas les regards directement dirigés de ce côté, comme l'aurait fait le lever d'une lune en croissant. Mais, c'était à l'éclat de la Voie Lactée et des brillantes étoiles Canopus et Sirius qu'on attribuait cet effet, au lieu d'y voir le résultat de la richesse avec laquelle les étoiles des ordres inférieurs sont parsemées dans cette région.

Dans le Ciel du Nord, les régions les plus pauvres sont

(*) Il convient dans des recherches de cette nature de n'opérer que suides surfaces de même étendue, et la nouvelle méthode se prête très facilement à ce besoin, car il est- très aisé de rogner les bords d'une région jusqu'à ce que sa surface, mesurée par son poids, soit devenue égale a celle d'une autre.

distribuées d'une manière plus diffuse. 11 y a cependant deux espaces allongés, et en quelque sorte divergents, qui ne sont pas moins pauvrement partagés que les deux régions du Ciel austral décrites plus haut : l'une s'étend depuis la Couronne et le Serpent jusqu'au Lion en traversant le Bouvier ; l'autre fdiVlàxx Dauphin^ traverse Pégase^ la tête à^ Andromède et les Poissons j et se prolonge dans la direction d^ Or ion. En prenant ici des surfaces de même étendue ( * ), toujours mesurées par leur poids, j'ai trouvé que la première contient i ^5 étoiles, et la seconde 201. On se rappellera que la région riche du Nord, quoiqu'elle ne couvre pas un plus grand espace, contient 622 étoiles, c'est-à-dire plus de trois fois et demie autant que l'une, et plus de trois fois autant que l'autre.

Si l'on présente les résultats précédents en forme de tableau numérique, il sera facile de comprendre toute leur signification. Pour plus de symétrie, j'ajoute dans l'hémisphère Nord une région correspondant à la grande région du Sud, bien qu'elle ne couvre pas tout à fait la moitié du ciel boréal. Elle comprend la région riche du Nord, et en plus une partie d^ Andromède et de Persée, le Chameau^ le Lion^ la Grande Ourse, la Couronne Boréale, Hercule et la Lyre. Elle contient 1420 étoiles et couvre les cinq onzièmes de l'hémisphère boréal; dans la table suivante, elle est désignée, comme la grande région australe^ sous le nom de région centrale. Les nombres de la seconde colonne représentent le nombre total d'étoiles que l'on pourrait observer à l'œil nu dans le Ciel entier, si partout les étoiles y étaient distribuées avec la

(*) Il était nécessaire pour cet objet de prolonger un peu la première région dans rhémispkére austral; la partie ainsi prolongée s'étend jusqu'à Tune des régions pauvres du Sud^ mais sans empiéter sur elle. Il est à remarquer que la division adoptée pour le partage du Ciel en deux hémisphères ne permet pas de faire pleinement ressortir les contrastes qui nous occupent; mais, tels qu'il sont, les enseignements tirés des cartes ainsi préparées me paraissent suffisamment instructifs.

même richesse que dans la région correspondante de la première colonne.

Richesse relative

de

distribution.

Hémisphère Nord. — Voie Lactée 9 9^0

— Région la plus riche * 9 o5o

— Région centrale 6248

— Région extérieure 3 92.3

r* Région pauvre ' 2 9^8

— 2* Région pauvre * 2 667

Vides dans la Voie Lactée i 240

Hémisphère Sud. — r* Région pauvre ' . 2 36i

— 2* Région pauvre * 3198

— Région extérieure 3 672

— Région centrale 9868

— Région la plus riche ' i3 126

— Voie Lactée 13596

Les régions marquées d'un astérisque ont chacune une étendue égale aux trois vingt-deuxièmes d'un hémisphère.

On pourrait objecter qu'après tout, ces résultats ne sont peut être dus qu'à de simples hasards dans la distribution des étoiles. On a vu des combinaisons très extraordinaires se produire d'une manière absolument fortuite. Pourquoi n'en serait-il pas de même des particularités que peut présenter la distribution des étoiles? Est-il bien certain que de semblables particularités révèlent l'existence de lois spéciales dans l'agglomération des étoiles? Puisqu'il y a plusieurs milliers d'étoiles, pourrait-on encore ajouter, il serait bien étrange qu'on ne pût trouver dans leur distribution quelques circonstances présentant un caractère plus au moins remarquable.

C'est précisément la grandeur du nombre des étoiles que l'on envisage dans la nouvelle méthode qui nous donne l'assurance que les particularités observées ne sont pas purement fortuites.

Pour prendre l'une de ces particularités les moins remar-

quables, rappelons que nous comptons dans les régions centrales du jNord et du Sud deux fois plus d'étoiles que dans le reste du Ciel. Et cependant, à elles deux elles ne couvrent pas tout à fait la moitié du Ciel. Supposons, pourtant, pour plus de simplicité qu'elles occupent exactement la moitié du Ciel; et pour simplifier encore, admettons qu'il y ait exactement 6000 étoiles visibles à l'œil nu, parmi lesquelles 4000 se trouvent dans ces régions centrales, et 2000 dans le reste des cieux. Ces données sont très voisines de celles qui ont été réellement observées et, dans tous les cas, la différence est dans le sens défavorable à mon argumentation.

Supposons maintenant que 6000 points aient été répandus au hasard sur un globe. Il est bien clair que chaque fois qu'un point est près d'être marqué sur le globe, il y a juste autant de chances pour qu'il tombe sur l'une ou l'autre des deux moitiés de ce globe. Nous pouvons, en partant de là, calculer les chances pour que le résultat définitif soit pareil à l'état de choses réellement observé sur le Ciel. 11 suffira d'appliquer ici le même calcul qu'on pourrait appliquer au jeu bien simple de pile ou face. Il n'y aurait qu'à chercher qu'elle serait la probabilité pour qu'en jouant 6000 fois on amenât au moins 4ooo faces ou 4000 piles (*). Ce n'est assurément pas une chose extraordinaire qu'en jouant 6 fois on amène 4 fois pile ou 4 fois face, aussi serait-on tenté de croire qu'il n'y aurait rien de plus improbable à ce qu'en jouant 6000 fois on amenât 4ooo fois le même côté. Cependant, si l'on fait le calcul d'après les règles précises du Calcul des probabilités, on trouvera que cette probabilité est si prodigieusement petite que tous les procédés ordinaires pour

(*) On pourrait encore établir quelques objections sur le fait que les régions riches ont été choisies à part; mais leur forme grossièrement circulaire suffit à écarter toute idée d'un choix spécial suivi d'une combinaison de toutes les régions les plus riches, faite en vue d'oppjser leur ensemble au reste nécessairement plus pauvre.

figurer les nombres ne sauraient la représenter. Supposons qu'il y ait dans un sac un million de boules blanches et une seule boule noire : la probabilité de tirer au hasard, et du premier coup, la boule noire paraîtra vraisemblablement bien petite. Eh bien, pour représenter la probabilité d'amener 4000 faces ou 4ooo piles sur 6000 épreuves, il faudrait imaginer un sac dont le volume dépasserait plusieurs millions de fois celui de tout le système sidéral étendu aussi loin que les plus puissants télescopes aient jamais pénétré, et supposer ce sac entièrement rempli de boules blanches tellement petites qu'un million d'entre elles formeraient à peine le volume d'une tête d'épingle^ tandis qu'il n'y aurait qu'une seule boule noire de même volume que les boules blanches. Les chances qu'on aurait de tirer cette unique boule noire microscopique du milieu de cet univers de boules blanches seraient encore supérieures à celles qu'on aurait d'amener 4000 piles ou 4000 faces dans une série de 6000 épreuves (* ).

On pourra maintenant comprendre combien est faible la probabilité pour que les relations observées entre les étoiles ne soient dues qu'à de simples hasards de distribution.

Nous sommes ainsi forcés d'accepter, comme conclusion légitime de nos recherches, la théorie que, dans l'espace occupé par les étoiles visibles à l'œil nu, il y a des courants d'étoiles et des agglomérations en forme de grappes, au lieu de l'uniformité générale' qui formait la base des théories précédentes. Nous sommes aussi forcément conduits à l'opinion que la lueur nébuleuse de la Galaxie provient d'une

(*) Le calcul exact de cette probabililé serait extrêmement laborieux. Le résultat précédent est celui d'un calcul dans lequel toutes les opérations x)nt été simplifiées, mais toujours de manière à accroître la probabilité définitive. La probabilité réelle est sans aucun doute beaucoup plus petite. Toutefois, la fraction, telle qu'elle résulte du calcul approché^ aurait, avec l'unité comme numérateur, un dénominateur ne contenant pas moins de i32 figures.

multitude de très petites étoiles dont les agglomérations renferment parmi elles les étoiles visibles à l'œil nu semées avec tant de profusion tout le long de la Voie Lactée. Ces conclusions, si elles sont acceptées, et je ne puis imaginer d'autre moyen d'interpréter les résultats des observations, constituent à elles seules une révolution dans la Sience de l'Astronomie sidérale. Non seulement elles sont en opposition complète avec les théories ordinairement admises, mais encore elles doivent servir de point de départ à des méthodes nouvelles pour aborder les problèmes que comporte l'étude des globes sidéraux. La méthode qui consiste à prendre des moyennes se trouve dès lors discréditée, et des procédés de recherches plus minutieux, des investigations faites morceau par morceau, si l'on peut s'exprimer ainsi, se présentent d'eux-mêmes comme nécessaires. On me permettra de rappeler que, depuis quelque temps déjà, j'ai signalé l'importance des conclusions qu'on pourrait tirer d'une analyse détaillée des petits mouvements propres des étoiles. Ces conclusions concordent parfaitement avec celles que je me suis efforcé d'établir dans le présent mémoire. L'une des méthodes de recherche confirme l'autre. Mais il y a encore d'autres procédés d'investigation à l'aide desquels les détails du système sidéral, les minuties du ciel, négligées jusqu'ici, pourraient nous révéler dans la distribution des étoiles des lois grandioses et à peine soupçonnées actuellement. On ne saurait trop appeler l'attention des astronomes sur ces aortes de recherches, ni les trop recommander à ceux qui auraient le, loisir de les poursuivre.

Fraseras Magazine.

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