LXI1Î
Les effets des médicamens doivent être observés dans différentes circonstances de la vie.
On sait que le genre de vie augmente ou diminue, et détruit même l’effet des puissances extérieures. Plus d’un individu qui a bu un verre de vin de trop ne tomberait pas dans l’ivresse s’il se tenait en repos au lieu d’aller courir à cheval , au grand air. D’un autre côté, bien des savans ne seraient pas pris d'une indigestion aussitôt après un écart de régime, s’ils faisaient une partie de billard après le dîner, s’ils se livraient à quelque occupation qui les agitât un peu et les échauffât, au lieu de se remettre de suite à leur travail. Il en est de même des effets des médicamens. Les uns se manifestent de préférence le matin, d’autres après midi, quelques-uns le soir, quelques-uns dans la nuit ; ceux-ci en repos , ceux-là dans le mouvement,
parfois au grand air ou bien dans la chambre; d’autres enfin ne se montrent qu’à un degré plus ou moins haut de la température ou dans d’autres circonstances de différente espèce. Il faut noter avec soin ces différences , sans donner cependant dans le pédantisme. Si nous trouvons , par exemple , parmi les symptômes qu’on dit avoir observés après la prise d’un médicament : maux de dents en jouant du violon. — Il serait ridicule de demander si c’est en jouant un adagio ou un allegro qu’on a ressenti cette douleur, et l’on attribuera l’odontalgie au seul mouvement du bras, qui chasse le sang vers le haut. Au reste, plus on observe avec soin , mieux cela est, et il serait bon que l’on pût répéter maintes fois l’expérience, pour voir quels changemens produisent dans l’étal général les médicamens pris à différentes heures de la journée, de quelle manière ils agissent quand on est d’une humeur gaie ou sombre, etc. Il ne faut donc pas non plus négliger certaines négations, par exemple l’absence des symptômes ordinaires à la suite d’une frayeur, d’un chagrin, d’un refroidissement, etc.
DIAGNOSTIC ET THÉRAPEUTIQUE. 167
§ lxiy.
Les personnes soumises à V expérimentation doivent , autant que possible être bien portantes.
Une santé absolue, parfaite, n’est qu’un état idéal. Cependant celui qui veut faire sur lui -même des expériences ne doit pas se trouver dans un état notable d’indisposition, et surtout ne pas souffrir d’une dyscrasie. Car quand un médicament se trouve en présence d’une différence qui le neutralise, il n’en résulte que des négations, et nullement des symptômes de perturbation. Je compte aussi l’état serein de l’âme parmi les conditions de santé nécessaires. La prédomination de l’imagination est nuisible, parce qu’elle donne trop d’importance à des sensations accidentelles ou légères.