‹ Nouvelle arithmétique raisonnée ou Cours complet de calcul théorique et pratique [microforme]Chapitre 2 sur 76 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

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Au moment où, grâce à la sagesse du législateur, ce pays va être doté du plus généreux, du plus précieux des bienfaits ; dans un tems où les amis de la propagation des lumières redoublent de zèle et d’efforts, pour procurer à la classe honorable et laborieuse du peuple les bienfaits de Pinstruction qu’elle réclame, à juste titre, comme un moyen de perfectionner son travail et d’améliorer son bien être; au moment enfin où, dans ce pays comme partout, l’instruction populaire va recevoir toute l’extension, tout le développement dont elle est susceptible, j’ai pensé que la publication de ce petit livre ne pouvait manquer d’être favorablement accueillie : car il ne suffit pas de fournir à l’instruction des moyens pécuniaires, il lui faut d’autres ressources plus utiles encore, je veux dire de bons livres élémentaires.

Les livres classiques et surtout les Arithmétiques ne sont pas rares, il est vrai; mais peu, je le dis à regret, très-peu sont rédigées sur un plan propre à satisfaire les besoins de l’époque : les unes étant trop volumineuses sont hors de la portée de la classe peu aisée, et ne sauraient convenir aux jeunes gens qui ont trèspeu de tems à consacrer à l’étude ; les autres, écrites trop scientifiquement, sont plus propres à faire briller les talens des auteurs, qu’à avancer les progrès des élèves, qui se dégoûtent quelquefois d’une étude fort abstraite et peu attrayante pour le jeune âge ; d’autres enfin se bornent à un enseignement purement mécanique, et un tel inconvénient est encore plus grave : l’enfant apprend très-difficilement ce qu’il ne comprend pas ; on sait d’ailleurs que toute définition, toute règle qui n’est confiée qu’à la mémoire est

nécessairement fugitive : elle se grave et prend au contraire us caractère de fixité aussitôt que l’esprit a bien conçu la raison sur laquelle elle s’appuie.

De plus, à une époque où la plupart des villes et des campagnes ont été privées d’écoles pendant long-tems, il se trouve beaucoup de personnes qui n’ont pu acquérir la connaissance de cette science, qui est cependant d’une nécessité indispensable ou diplomate et à l’homme qui cultive paisiblement son champ, au littérateur et à la femme de ménage, et enfin à toutes les classes de la société. Quels regrets ne doit pas éprouver un jeune qui, n’ayant étudié lArithmétique qu’imparfaitement, au moment d’embrasser une profession, se trouve obligé de retourner à l’école! c’est cependant ce qui arrive tous les jours, personne ne lignore.

En publiant le petit traité que j’ai l’honneur d’offrir aujourd’hui au public, j’ai cru rendre service à ces personnes, puisque je leur donne les moyens d’étudier elles-mêmes cette science avec fruit et sans maître : un tel ouvrage n’avait pas encore été fait, que je sache, du moins en ce pays. Aidé du secours de l’expérience et animé du désir de faire le bien, j’ai dirigé mes efforts contre tous ces inconvéniens, puissé-je avoir réussi! c’est ce que le tems et une plus longue expérience me diront. J’ai tâché de dire beaucoup de choses en peu de mots, de faire entrer beaucoup de matière dans un petit volume, afin de le rendre accessible à toutes les bourses, et d’éviter une perte de tems aux personnes qui seront obligées d’y avoir recours.

J’ai choisi des définitions et des démonstrations simples, claires et fort courtes, parce que, l’esprit les saisissant plus facilement, la mémoire les retient mieux.

Dans tout le cours des raisonnemens, je me suis servi du lansage le plus naturel, des expressions le plus à la partée de l’enfance. J’ai procédé par des comparaisons toutes les fois que je l'ai cru nécesssaire, et je n’ai pas craint d’entrer souvent dans des détails fort minutieux, parce que je n’ai point perdu de vue que j'écrivais pour les personnes qui ont besoin d’apprendre, et non pour celle qui savent déjà.

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Les propositions sont tellement liées les unes aux autres, qu'elles se trouvent répétées presque à chaque page, depuis le commencement jusqu’à la fin de l’ouvrage : de sorte qu’il est comme impossible que l’élève, en apprenant de nouvelles choses, perde de vue ce qu’il aura déjà appris.

Bien que j'aie évité avec soin cette sèche et aride routine, cet enseignement tout matériel qui n’instruit pas, parce qu’il ne présente aucun attrait à l’esprit des jeunes élèves, me conformant au précepte d’un célèbre académicien,* j’ai multiplié les exemples autant qu’il m’a été possible, afin de faire marcher ensemble la pratique et la théorie. Les questions placées à la fin de chaque matière, où j’ai renforcé le raisonnement lorsque je l’ai jugé nécessaire, sont comme autant de commentaires des définitions et de règles qu’elles accompagnent. Ces questions sont variées de telle manière que l’élève, en apprenant à calculer, apprendra nécessairement de l’histoire, de la géographie, de l’astronomie, de la géométrie, de la cosmographie ; il trouvera même quelquefois des leçons d'économie, de morale et de religion. Ces changemens plaisent aux enfans et font diversion à une attention qui, trop prolongée, les fatiguerait. Les raisonnemens réitérés répandent d’ailleurs quelques attraits sur les premières études, qui sont d’ordinaire si ennuyeuses et si rebutantes.

J’ai soigneusement écarté tout ce qui m’a paru de peu d'utilité, tels qu’une foule de problèmes d’une extrême longueur et de pure curiosité, parce qu’ils font perdre du tems à élève, ei détournent son attention des chos : ï*s plus utiles. Tous les exemples que

J'ai donnés sont applicai ‘es aux usages les plus communs de la

vie.

Les progressions par différence, ainsi que les progressions par quotient, étant d’un usage fort rare, je n’ai pas cru devoir en parler. Quant aux proportions, tout le monde sait qu’elles embarrassent beaucoup les jeunes commerçans : je les ai supprimées, et j'ai donné les moyens de résoudre, par la force seule du raisonnement, tous les problèmes qui peuvent s’y rapporter. D'ail

* Multa exempla melius valent quâm prœcepta.

QUINTILIAN.

leurs, il est bon que l’enfant apprenne de bonne heure à penser ; il faut que l’homme exerce son jugement dès l’âge le plus tendre ; qu’il fortifie sa raison en se rendant compte des opérations de son entendement. Que de talens restent enfouis et sont perdus au sein de Ja société, faute de trouver les moyens de se développer !

Dans un pays où l’on s'occupe beaucoup d'agriculture et du commerce des bois, j'ai cru ne pouvoir mieux terminer mon travail, qu’en donnant quelques lecons sur le toisé des surfaces et des solides.

Enfin, instruire, mais d’une manière prompte, sûre et facile ; présenter aux enfans les préceptes avec ordre, méthode et précision, en ne leur laissant rien ignorer de ce qui peut contribuer au développement de leurs facultés intellectuelles ; mettre les choses à la portée de leur intelligence naissante, .en éclaircissant les point difficiles, par les exemples et par le raisonnement : faire concourir à ce résultat l’analyse et la réflexion qui déduisent les définitions et les règles: tel doit être, je crois, le but de ceux qui écrivent pour l’éducation de la j jeunesse ; tel est celui que je me suis proposé.

Au reste, je dois cependant déclarer ici que je n’ai pas la prétention de croire que mon ouvrage soit sans défauts ; aussi recevrai-je avec reconnoissance toutes les observations que MM. les professeurs et les pères de famille voudront bien m’adresser à ce sujet.

Car ce champ ne se peut tellement moissoner, Que les derniers venus n’y trouvent à glaner.

Puisse, en attendant, cet essai produire tout le fruit que j'ose en espérer, et ce sera la plus belle, la plus douce récompense de mon zèle et de mes efforts !

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