‹ Nouvelle bibliothèque d'un homme de goût, entièrement refondue, corrigée et augmentée, contenant des jugemens tirés des journaux les plus connus et des critiques les plus estimés, sur les meilleurs ouvrages qui ont paru dans tous les genres, tant en France que chez l'étranger jusqu'à ce jour:Chapitre 56 sur 240 · LE DOCTEUR HENRY · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR HENRY

Il y a long-temps qu'où se plaignpit de ne trouver dans les Histoires que des sièges,^ des batailles , des négociations, des intrigues de coin:. Quoique le nouveau plan sur lequel le docteur Henry Se soit proposé d écrire l'Histoire, mérite les plus grands éloges , il a cependant le défaut d'être beaucoup trop vaste. Le ministre d'Edimbourg veut qu'on diviseï THistoire d'une nation, en un certain nombre d'époques , et qu'à chaque époque , on prér sente d'abord le tableau dea faits et dès évépeniens civils et miiUtaires , qu'on a regardés jusqu'ici comme formant le district particulier du genre historique j à la suite dé ce tableau, il exige que l'historieii place six Traités ou Dissertations , oii le lecteur trouve séparéxnent tout ce qui concerne chaque époque : 1°, la religion; ^^ le .gouvernement;, le$ lois et les tribqnaux i 3°< les sciences , les tevans ,

g% B.IBLIOTHiQtrS

les ëtablissemens destines axik prégrès des sciences; 4^ les arts utiles et agréables; b^.le commerce , la marine , les monnoies , le prix des denrées; 6^ les mœurs, les usages, les vertus , les vices, le IsTngage et la vie privée de la nation dont on écrit 1 histoire : il nous semble qu'il ne faudroit point ainsi confondre les genres et les entasser tous dans un seul. Cependant le docteur Henry a prouvé que Texécutiôn de son plan n'étoit pas impossible, puisqu^il a publié cinq volumes de son Histoire , oii il a déployé la plus vaste érudition. Il joint une extrême exactitude dans les faits *et les citations , à beaucoup de discernement et de sagacité ; mais la mort le surprit en 1790 , au milieu de son immense travail , qu il n'a pu conduire que jusqu'au règne d'Henri VIL

" On doit beaucoup d'éloges et de reconnois* sance aux traducteurs de cette Histoire. Les trois premiers volumes ont été traduits par M. Boulard , notaire , qui consacre ses loisirs k enricbir notre littérature des ouvrages les <p\ns solides et les 'plus estimés en Angleterre ; les trois volumes suivans ont été traduits par Cantwel; le premier a paru en 1788 ; le 6*et dernier volume a paru en 17916*

d'un homme DB GOUT. gS

MAPAME MACAULAY.

Son Histoire d'Angleterre, depuis Favëne- 4Q;ient des Stuart au trône , jusqu'à la révolution, c'est-à-dire^ depuis Tavénement de Jacques I''-, en 1604 , jusqu'à l'abdication de Jacques III, em 1688, est écrite avec une énergie qui saisit et transporte le lecteur familiarisé avec les beaux siècles de la Grèce et de Rome. <

On a reproché à cette historienne une par* tialité tr6p marquée pour le républipanisme ; nais pouvolt-elle s en défendre , quand elle avoit à peindre les excès tyranniques qni signalèrent les ministères des Buckingam, des Strafibrd , des Laud ? La partialité pour ce système , fait l'éloge de son âme et de sa tête ; la partialité pour les personnages déshonore seule l'historien ; mais madame Macaulay n'en est point coupable. Voyez les portraits qu'elle fait des ennemis du bien public , des défenseurs de la prérogative : ce donne-t-elle pas quelques larmes à lamémoire du fanatique Laud? ne parle-t-elle pas avec éloge des vertus don^estiques de Jacques II? ne convient-elle pas que les défenseurs de la liberté ne furent pas toujours animés par les.

yùea^ les plus pures ; que jamais on n'entendît dans son vrai sens le mot de Liberté} qlie les droits de Thomme furent plus d'une fois méconnus et violés par ceux même qui s'affi-choient pour les partisans du droit des Anglais ? Madame Macaulay a eu le courage da Touiller dans les nombreux monumens de l'Histoire d'Angleterre, de comparer tant d'écrivains fanatiques , ennuyeux ou proluea, que les temps de parti ont fait éclore ; elle « eii le courage de s'écarter de la route des autres historiens , de s'en frâj^çr une nouvelle , de censurer les p^rincipes de Hume. Elle a eu te courage , gloire lui en soit rendue4 Bile a découvert, elle a dit des vérités,. elle les a dites avec énergie. Nous avons en français une médiocre traduction des cinq ^premiers volumes de cette importante Histoire , par le comte de Mirabeau et feu M. Guiraudet , Paris, 1791-179^, 5 vol. in-8^. On assure que le reste du manuscrit est entre les mains d'un libraire de Paris.

Page 1