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Un Recueil Biographique publié par une femme ! Qu'en jugera-t'on? Interrogation effrayante, bien faite pour justifier une émotion qu'il serait ridicule de ne pas avouer.
Les Confidences, les Intimités, objet de tant de complaisance de la part de Técrivain, sont d'ordinaire sans intérêt pour le lecteur qui, le plus souvent, les parcourt à peine ; néanmoins sans prévoir un meilleur sort, je crois bon de dire au public comment a été commencé le travail qui lui est aujourd'hui présenté, espérant que dans ces détails même, il voudra bien trouver, peutêtre, quelques motifs d'indulgence.
Vers 1873 ou 74, la pensée me vînt d'ébaucher un petit nombre de Notices biographiques sur les principales gloires Normandes. J'avais desloisirs, une certaine activité native, une vie unie et facile, rien ne m'interdisait de me livrer à mon goût. Corneille, Fontenelle, Jouvenet, Géricault furent, naturellement, les premiers choisis; puis quelques autres vinrent, peu à peu, se groupera l'ombre de ces grands noms, et, pendant deux
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PRÉFACE
Un Recueil Biographique publié par une femme ! Qu'en jugera-t'on? Interrogation effrayante, bien faite pour justifier une émotion qu'il serait ridicule de ne pas avouer.
Les Confidences, les Intimités, objet de tant de complaisance de la part de l'écrivain, sont d'ordinaire sans intérêt pour le lecteur qui, le plus souvent, les parcourt à peine ; néanmoins sans prévoir un meilleur sort, je crois bon de dire au public comment a été commencé le travail qui lui est aujourd'hui présenté, espérant que dans ces détails même, il voudra bien trouver, peutêtre, quelques motifs d'indulgence.
Vers 1873 ou 74, la pensée me vînt d'ébaucher un petit nombre de Notices biographiques sur les principales gloires Normandes. J'avais desloisirs, une certaine activité native, une vie unie et facile, rien ne m'interdisait de me livrer à mon goût. Corneille, Fontenelle, Jouvenet, Géricault furent, naturellement, les premiers choisis; puis quelques autres vinrent, peu à peu, se groupera l'ombre de ces grands noms, et, pendant deux
ou trois ans, le petit noyau grossit insensiblement, sans la moindre intention déterminée, car je ne songeais même pas à former un cahier de ces modestes feuilles volantes qui se rangeaient, le plus prosaïquement du monde, dans un carton à laines.
Le premier encouragement survînt en 1877 î niais ridée de publication suggérée alors, fut aussi vite rejetée, sans aucun examen. Une année encore le travail continua ainsi ; un second carton s'emplit auprès du premier, rien de plus. En 1879, seulement, je reçus de sérieux conseils. Un semblable Recueil devait, affirmait-on, rendre des services, et M. Beaurain, notre infatigable et si obligeant Bibliothécaire -adjoint, se faisait le premier champion de la cause. Ce nouveau but ne fut pas envisagé sans crainte, sans de longues hésitations, toujours renaissantes alors même qu'elles semblaient vaincues, et depuis ce temps, malgré les désirs exprimés dans ma famille et les approbations que Ton m'y prodiguait, tour à tour rebelle et docile à l'impulsion donnée, en proie à un trouble indéfinissable, je me blâmais tout bas. Bien que parcourant, à plusieurs reprises, les Bibliothèques normandes, fouillant les vieux Manuscrits, faisant chaque jour de nouvelles démarches, que de fois je me suis dit qu'une femme ne devrait jamais se mettre ainsi en évidence ! Au moment d'entrer chez un bibliophile érudit, mais inconnu, et, par cela seul, si imposant pour moi, que de fois j*ai ressenti un véritable effroi, une envie folle de me sauver avant que la porte fût ouverte ! Que de
fois j'ai failli tout abandonner ! Aujourd'hui encore, le regret insurmontable de me livrer à cette publicité redoutée, n'est-il pas le motif le plus féel de l'émotion que j'éprouve ?
Partout, cependant, je rencontrais une bienveillance à laquelle, non seulement, je n'osais prétendre, mais qui me causait, je dois le dire, un immense étonnement. Des savants, dont tout le temps est consacré à des œuvres de valeur, ont pris la peine de réunir des documents et de m'apporter eux-mêmes le fruit de leurs longues recherches ; des Notes manuscrites, des pièces rares et précieuses ont été mises à ma disposition avec une confiance presqu'inexplicable ! Ces obligeances donnaient gain de cause à ceux qui me poussaient le plus ardemment et c'est ainsi que, voulant toujours reculer, j'ai toujours marché en avant, jusqu'à venir affronter ce public sérieux, qui m'a fait si souvent frissonner.
Il existait déjà plusieurs Recueils de Biographies normandes ; mais le dernier publié a plus de vingt-cinq années de date. Depuis cette époque, une ample moisson restait à faire. Sans parler néanmoins des contemporains qui vinrent, tout naturellement, s'ajouter, j'ose dire que je suis parvenue à rassembler bon nombre d'Anciens dont mes prédécesseurs n'avaient pas fait mention. Pasquier avait réuni près de 2,300 Notices, Théodore Lebreton environ 2,800, la Nouvelle Biographie Normande en renferme plus de 6,500. Si ce chiiTre prouve mes efforts, prouve-t-il que mon Recueil soit complet?
Non, certainement non ; Taffirmer serait présomption ridicule. J'ai beaucoup cherché, et cherché sur place, j'ai fréquemment relevé les actes de Tétat-civil, importuné ceux qui pouvaient me fournir des renseignements , je me suis adressée directement aux contemporains, sauf pour quelques-uns dont je n'ai pu connaître la résidence ; en un mot, j'ai fait ou cru faire tout ce qui était possible pour obtenir un bon résultat. Mais, en dépit de tout, prévenons hardiment le lecteur : il doit y avoir, il y a des lacunes, il doit y avoir, il y a des erreurs, (moi-même en ai tant constaté déjà). Je demande pardon pour les unes et pour les autres : à ceux que j'ai ignorés, à ceux pour lesquels j'ai transmis, à mon insu, des indications inexactes, invoquant comme unique circonstance atténuante, que rien n'a été conscient.
Peut-être trouvera-t-on qu avec cette prétention de faire le plus complet possible, un zèle maladroit, illimité, m'a fait admettre quantité de personnages dont la notoriété est des plus contestée et des plus contestables. Certes, il en est qui semblent n'avoir ni valeur personnelle, ni droit réel de passer à la postérité ; mais que faire lorsque ces noms se trouvent dans les devanciers ? Les supprimer était délicat ; beaucoup de ces humbles ont écrit ; leurs ouvrages, si oubliés qu'ils soient, peuvent tomber sous la main. Mon seul but était d*être utile ; or, pour y parvenir il fallait citer tout, sans exception, (volontaire du moins), tous les auteurs, tous les ouvrages. Tel renseignement est complètement futil pour la masse, telle plaquette est fort médiocre-
ment faite . . . Mais ce renseignement peut devenir un premier jalon introuvable jusqu'ici ; cette plaquette contient peut-être cinq ou six lignes qui, dans Tesprit d'un chercheur, seront le point de départ d'une étude sérieuse.
La partie contemporaine offrait de grands écueils ; il est scabreux de parler des vivants que chacun connaît, peut juger ! Mais Frère, mais la Nouvelle Biographie générale, Fétis, dans sa Biographie des Musiciens y tous les Dictionnaires encyclopédiques ne l'ont-ils pas fait ? Dans ces vivants d'ailleurs ne se trouve-t-il pas des noms qui, depuis longtemps, appartiennent à l'Histoire ? Chéruel, Léopold Delisle, Liais, Lenepveu et tant d'autres. Et si l'on citait ces maîtres, (ce qui s'imposait absolument), quelle limite tracer autour d'eux? Qui pouvait diriger le choix dans ces individualités échelonnées sur des degrés pour ainsi dire imperceptibles?
Dans ce Dictionnaire, j'ai donc tenté de réunir tous les Normands remarquables, c'est-à-dire tous ceux, à quelque titre que ce soit, dont le passage a laissé une trace et dont le souvenir doit être conservé.
Je le prévois cependant, des écrivains et des savants connus de tous, Deville, André Pottier, etc., y seront vainement cherchés. Beaucoup, en effet, bien que nés en dehors de notre vieille province, y ont vécu, en ont fait leur patrie adoptive ; chacun les considère volontiers comme compatriotes ou voudrait qu'ils le fussent. Les temps passés et le siècle présent offraient bien des tentations; parfois je m'arrêtais presque hésitante!!!
Mais le plan indispensable, le plan aux limites rigoureuses était là!... Une seule infraction Teût fatalement détruit, et, dès lors, il y avait jugement, partialité. Non, ces Normands de fait, ces résidants en Normandie ne devaient et ne pouvaient avoir place dans ce Recueil. Que le lecteur, surpris de ne les y point trouver, veuille bien conclure alors à une origine étrangère à nos cinq départements. Dans la même catégorie doivent entrer aussi certains personnages anciens : Abbon, Agneaux de Vienne, Arnaux de Laffrey, etc., etc., qui, jusqu'ici indiqués comme Normands, ont été supprimés par suite de nouvelles recherches donnant un résultat contraire.
Ces explications générales feront-elles excuser mon inexpérience? ... Quoi qu'il en soit, j'y veux joindre quelques mots de remerciement sincère pour ceux qui m'ont secondée dans l'accomplissement de mon œuvre.
Et tout d'abord, merci au cher compagnon de ma vie qui a bien voulu, non seulement autoriser cette publication, tout faire pour faciliter les nombreux déplacements nécessaires, mais, en outre, m'a toujours suivie, protégée dans mes voyages de recherches, encouragée dans mes démarches. Merci à ma mère, secrétaire intelligent, modeste, qui, s'attribuant le rôle ingrat et obscur de copiste, a su prendre la part matérielle, ennuyeuse et monotone de mon long travail.
Et maintenant, merci à tous les savants aimables qui m'ont soutenue de leur bienveillance, aidée de leur science personnelle et qui, par un zèle aussi précieux