BRUNEL — BRUNELLESCHI
même aujourd'hui, après lemerveillcux progrès de la mécanique , son invention est demeurée sans rivale. Enfin, il se plaça au premier rang et s'acquit une renommée universelle par la construcj tien d'un tunnel sous la Tamise, qui est un des I plusbeau\ triomphes qucla science ait remportés de nos temps sur la nature. Brunel avait eu d'abord l'idée d'une construction de ce genre pour la Neva, où les glaces de l'hiver rendent un pont presque impossible ; il en fit la proposition à l'empereur Alexandre lors de sa visite en Angleterre en 1815; mais elle ne fut pas acceptée. Une société anglaise, présidée par le duc de Wellington, dont le concours éclairé ne fit jamais défaut à l'ingénieur, adopta l'idée pour la Tamise, où ce tunnel offrait l'avantage de relier les Jeux parties de Londres sans embarrasser la narigation. Commencé en 1823 ; arrêté plusieurs fois jar l'irruption des eaux ; suspendu pendant sept ins par l'épuisement de la compagnie, qui y avait lépensé plus de quatre millions de livres sterling ; •épris sur un bill spécial du gouvernement et aux rais de l'État, ce magnifique ouvrage fut enfin «rminé malgré toutes les prédictions contraires, ;t livré au public en 1843. Le tunnel se compose le deux galeries parallèles de 365 mètres de longueur sur 4 mètres 67" de hauteur, et 3 mètres 15^ de largeur à la base. Ces galeries sont séparées par un piédroit de 1 mètre 20'', percé d'arcades qui établissent la communication entre des galeries, et où sont suspendus les becs de gaz fpii éclairent l'intérieur de l'édifice. Tout l'ouvrage ("orme un tube sphéroïdal, dont les parties cons- Icruites en briques et liées par du ciment romain <e prêtent un mutuel et insurmontable appui. ; brunel avait vaincu tous les obstacles par une I jersévérance à toute épreuve, et surtout par les I irodigieuses ressources de son esprit. Mais ses ! crées étaient à bout : une maladie, fruit des émoions et de l'épuisement, ne lui laissa plus de re- )()s jusqu'à sa mort. Brunel n'a rien écrit: venu il) monde avant cette période où les principes éconds de la révolution française devaient déleiopper toutes les sciences, et leur imprimer in si magnifique développement, Brunel n'avait Certainement pas les connaissances théoriques de I >es élèves et de ses rivaux ; mais en lui la nature ;>uppléait à tout. Son génie inépuisable enfantait iacilement les productions les plus remarquables. iVous citerons : une machine, dite autographe, \ lestinée à reproduire l'écriture et le dessin ; une i^cie circulaire, détaillant en planches de deux millimètres d'épaisseur une pièce immense d'acajou ; [la machine à fabriquer les boites en bois ; celle ji faire les clous; la presse hydraulique pour empallage; une petite machine destinée à tordre, à înesurer et à pelotonner le fil à coudre, et ime çiutre au moyen de laquelle se fabriquaient pour ! 'armée des souliers sans couture. Chai'gé de la Construction de l'un des premiers bateaux à vapeur •fi Ramsgate, il y ajouta, dit-on, le principe des [toubles pompes : c'est lui aussi qui inventa la
NOUV. BIOGR. UNIVERS. — T. VU
machine à remorquer, opération jusque-là regardée comme impossible. L'Angleterre, dont il avait fait sa patrie adoptivc et qui récompensa si magnifiquement ses services, lui doit la réorganisation de la plupart de ses ports, et un nombre considérable de constructions remarquables par leur élégante solidité. Sur les indications de l'illustre Humphrey Davy, il essaya enfin de substituer les gaz comprimés à la vapeur,comme force locomotive; mais il échoua devant l'impossibilité de trouver des enveloppes métalliques capables de résister à la puissante tension de la vapeur d'acide carbonique. Si jamais la science soumet ce formidable agent à son pouvoir, Brunel aura la gloire d'avoir le premier tenté cette œuvre, dont les résultats seraient incommensurables.
Obituary. — Biographie des Contemporains.
BRUNELLESCHI (FUippo), poëte florentin du treizième siècle. Il écrivit une nouvelle intitulée il Libro del Birria e del Geta , in ot~ tava rima, qui fut revue et terminée par Domenico da Prato, et dont il existe quelques éditions extrêmement rares, publiées à la fin du quinzième siècle. Ce petit poëme n'est autre chose que l'histoire d'Amphitryon mise en vers, d'après un écrit en vers latins sur le même sujet, attribué à Vital de Blois, qui a été plusieurs fois imprimé depuis une vingtaine d'années, et à l'égard duquel on peut consulter une curieuse notice de M. Anatole de Montaiglon, insérée dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, 2" série, t. rv, p. 474. Quant au livre italien, Marcheselli et Crescimbeni avaient cru pouvoir l'attribuer à Boccace; mais Mazzuchelli et Bandin l'ont, d'après l'autorité des manuscrits, restitué à son véritable auteur. G. B.
Marcheselli, Nuova RaccoUa d'opusc. scient., t. XX, n° vm, p. 48. — Crescimbeni, Istoria délie poesia, t. I, p. 342. — Mazzuchelli, Scrittori d'Italia, t. II, t. UI. — Bandini, Catal. codd. bibl. Laurent., t. V, p. 193. — Brunet, Manuel du Libraire, 1. 1, 474; III, 128.
BRUNELLESCHI (Filtppo dî Ser B. Lappi), célèbre architecte italien, né à Florence en 1377, mort en 1444. L'architecture gothique régnait depuis plus de dix siècles, et la construction de la célèbre cathédrale de Milan , commencée en 1386, et que les travaux de huit générations d'ouvriers devaient à peine conduire à son terme, semblait devoir à jamais en perpétuer l'empire, lorsque Philippe Brunelleschi , par son seul génie, vint donner à l'art une impulsion nouvelle , et le ramener vers cette simplicité, cette majesté antique dont les ruines de Rome lui dévoilèrent les secrets. Entraîné par sa vocation pour les sciences exactes et les beaux-arts, il refusa d'embrasser l'état de son père Lippo Lappi, qui était notaire, pour suivre ses études favorites : le dessin, les mathématiques, la physique, la mécanique , la perspective, l'occupèrent tour à tour. Ce fut lui qui enseigna cette dernière science au Masaccio , le premier peintre qui la connût. L'orfèvrerie, espèce de sculpture eu
petit, eut de l'attrait pour lui pendant quelque temps; et l'on cite avec éloge des statuettes d'argent qu'il exécuta pour diverses églises. Il fut , avec le Donatello, son ami, l'un des concurrents pour ces célèbres portes du baptistère de Florence, ouvrage de Ghiberti, et que Michel-Ange qualifiait de divines. Dans cette circonstance, ces deux artistes donnèrent un rare exemple de générosité et d'amour de leur art. Brundleschi et Donatello, voyant qu'on balançait la couronne entre leurs modèles et celui de Ghiberti, le seul qui leur parût la mériter, se retirèrent du concours, et déterminèrent ainsi la préférence qu'il obtint. Les deux amis firent de compagnie le voyage de Rome, pour y suivre chacun ses études favorites ; c'est alors que la vue des ruines antiques de cette cité des arts fit naître, dans l'esprit de Brunellesclu les deux projets qui devaient illustrer son nom : l'un , de recréer l'art de l'architecture sur les principes des Grecs et des Ro mains; l'autre -^'<">'>'^^'"" "=»'■ ""«^ r-nimnlft Va.
d'achever par une coupole l'égUse de Sainte-Marie-d es-Fleurs de Florence, restée inachevée depuis longtemps par la mort d'Ariiolfe Lappi , son premier architecte. Animé par ces deux grandes idées , BruBdleschi allait partout relevant, mesurant, dessinant les monuments qui s'offraient à ses yeux , donnant une attention toute particulière à la coupe, à la structure des voûtes des thermes, des tombeaux, des temples, parmi lesquels assurément le Panthéon ne fut point oubhé. De cette étude assidue et réfléchie naquit pour lui la découverte des trois ordres d'architecture créés par les anciens, et cette vérité si fertile plus tard en résultats heureux, que les Grecs, les maîtres des Romains , avaient placé la base fondamentale de toute bonne architecture dans les justes rapports des colonnes avec les diverses parties qui composent chaque ordre , et que c'est de l'emploi judicieux de ceux-ci que résultent le caractère propre des édifices , leur proportion , leur harmonie , leur beauté.
En 1407 et 1419, deux assemblées d'architectes et d'ingénieurs ayant été convoquées pour aviser aux moyens de terminer convenablement la cathédrale de Florence , Brunelleschi s'y rendit ; mais ses projets furent chaque fois jugés inexécutables. En dernier lieu on manqua même, d'une manière offensante , aux égards que méritaient sa personne et son talent, parce qu'il avait avancé qu'il terminerait l'égUse par une coupole de 130 pieds de diamètre et de 330 pieds d'élévation du sol jusqu'à la croix , et qu'au milieu de cette coupole il en construirait une autre de moindre dimension. Cette idée neuve, extraordinaire, que Michel-Ange, cent cinquante ans plus tard, reproduisit dans son dôme de Saint-Pierre, parut le fait d'un homme en délire: l'irritation de l'assemblée, qui croyait qu'on voulait la mystifier, fut à son comble lorsque jjrunelleschi avança qu'il n'emploierait dans sa construction aucime armatui-e en fer, et pas
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même d'échafaudage en charpente, pour cintrev les voûtes; on poussa alors l'irrévérence jusqu'à le faire sortir. Toutefois, le ton d'assurance avec lequel il soutenait son projet ayant fini par intimider ses juges, on le rappela pourtant, afin de connaître à fond ses moyens d'exécution '. pour toute réponse il prit un œuf, dont il supprima l'une des extrémités, et le fit tenir debout sur la table. Chacun de s'écrier, comme plus tard au temps de Christophe Colomb , qu'il en eût fait autant. Néanmoins l'entreprise lui fut confiée. Pour justifier de l'infaillibilité de son nouveau système de construction des voûtes , Brunelleschi éleva deux petites chapelles qui réduisirent au silence ses rivaux et ses envieux, et leur firent connaître toute l'étendue de son génie et de sa science. Néanmoins , soit par un reste de méfiance , soit > par suite de mauvaises intrigues , les magistrats adjoignirent Ghiberti à Brunelleschi dans la conduite des travaux du dôme. Blessé de ce que» Ghiberti avait oublié son procédé généreux lors \ du concours pour les portes du baptistère, et d'avoir à partager avec lui la gloire d'une entreprise» dont tout le mérite lui appartenait, Brunelleschi résolut de mettre au grand jour l'ignorance de son coUègue comme arcliitecte en le laissant quelques instants diriger seul les travaux. Une indisposition feinte lui en fournit les moyens. Redevenu maître absolu, on le vit, avec un zèle infatigable, suivre de l'œil tous les ouvriers, inspecter lui-même le choix, la taille , le placement de tous les matériaux , et surveiller, jusque dans les moindres détails, les travaux sans, nombre de cet édifice, dans lequel il mettait ses plus chères espérances. Soit que la disposition de la base ne permît pas à Brunelleschi de donner à sa coupole la forme sphérique du Panthéon ; soit qu'il préférât la forme angulaire, comme plus propre à faire briller son talent dei constructeur; soit, ce qui est plus probable, que le style de l'édifice , commencé un siècle avant lui , voulût qu'il en agît ainsi , il la fit à
huit pans, ainsi que la voûte du tambour. Par le judicieux emploi qu'il fit de l'arc en tierspoint , il prouva toute l'étendue de sa science ; et par le caractère simple et majestueux du monument , qui n'est ni dorique, ni ionique, ni corinthien, il montra que les secrets de l'antiquité lui étaient connus, et qu'il méritait l'honneur d'être proclamé le régénérateur du bon goût. Les plans et les élévations de cette immense fabrique ont été gravés plusieurs fois, et notamment dans d'Agincourt. Brunelleschi éleva une foule d'autres monuments, parmi lesquels il faut distinguer les égUses de Saint-Laurent et du Saint-Esprit à Florence , où les ordres d'architecture ne sont point encore totalement dégagés des formes gothiques ; la petite église, octogone à l'intérieur et à seize pans à l'extérieur, du monastère de Sainte-Marie der/li Ângeli , restée non achevée faute d'argent, mais dont d'Agincourt, dans l'ouvrage déjà cité, a donné la gra-
BRUNELLESCHl — BRUNET
vuro; cette charmante chapelle de la famille Van, dans l'église de Santa-Croce, où, pour la première fois, il osa substituer aux. arcs uue nrchitravc en plate-bande passant horizontalement d'une colonne à l'autre; enfin le palais l'itti, qu'il n'éleva que jusqu'à l'enlableuieut du jreniier étage. Dans la plupart de ces monu» nents l'emploi fréquent que fit Brunelleschi des )rdres porta le coup le pins funeste à l'architecure gothique, et prépara la voie aux. Alberti, Brauante Balthasar Peruzzi, da San Gallo, Vignole, ^alladio et autres artistes qui, après lui, par des troductions où le génie de l'antiquité était allié lUX exigences des temps modernes, achevèrent le légénérer l'art, et de le porter à une perfecion qu'il n'a pas toujours su conserver depuis. Jonnvie ingénieiu- militaire, Brunelleschi a rendu les services signalés ; les forteresses de Milan , e Vicopisano, de Pesaro, les deux citadelles de 'ise, les digues du Pô, ont été élevées ou par lui u sur ses dessins.
La nature n'avait point doué Brunelleschi un physique flatteur ; mais elle l'en dédommaea par le don de l'esprit , par une bonté d'âme t une noblesse dasentiments bien rares ; de son ivant sa réputation fut européenne ; de toutes arts on lui demandait des projets pour les lonuments que l'on voulait élever. Sa patrie écompensa ses longs et honorables services en élevant à la magistrature. Après sa mort , arivéedans l'année même où naquit Bramante, m corps ftit porté avec pompe dans l'éghse de lainte-Marie del Flore, sous ce dôme qui deirait témoigner, à la postérité la plus reculée, de a science et de son génie. Son buste fut exéulé et placé sur sa tomhe par l'un de ses élèles, Buggiano. C'est un fait assez remarquable, ioe la plupart des ai'tistes cités comme ayant wê les élèves de Brunelleschi furent des sculteurs. [M. SoYER, dans VJEnc. des g. du m.] Vasarl , yite. — Quatreraére de Quincy , f^ies des architectes. —Aginconrl, Histoire de l'Art par les mo- \Hmenis.
\ * BRUNELLESCHI (Giulio), peintre de l'épie vénitienne, né à Udine en 1551 , vivait entita en 1609. Une Annonciation qui existe dans |ae communauté d'Udine indique un élève ou
bon imitateur de Pellegrino. E. B — n.
iLBnzi, Storia pittorica.
i BRUNËLLi (Gabriello), sculpteur bolonais, ravaillait vers le milieu du dix-septième siècle.
M élève de l'Algarde, et fit pour la plupart tes villes de la Lombardie, et même pour Nailes, une foule de statues, de bas-reliefs, de tomfeaux et de fontaines. La seule ville de Bologne fassède quarante-quatre de ses ouvrages, dans I squels on reconnaît plus d'imagination et d'ha-
[ileté de main que de goût. E. B n.
fOrlandi, Abbecedario.
*BRCNELLi (Giovanni-Battista), peintre !3lonais,florissait de 1718 à 1766. Il excella
ins la peinture d'ornement. Ses principaux
ouvrages se voient à SantOrTrinità de Bologne.
Malvasia, Pittiire, etc., di bologna. — Bennassuti, Guida diif^erona.
URCNELLi OU Ktt.VJiv.LhVS (Jérôme), helléniste et orientaliste italien, né à Sienne en 1550, mort le 22 février 1613. Il professa le grec et l'hébreu au collège l'omain, jtraduisit quelques homélies de saint Chrysostome. On trouve ces traductions dans l'édition d'Anvers, t. VI, 1614. On a en outre de Brunelli : une édition des htjtnnes de Synesitis; Roma, 1609.
Alegainbc, Bibliottieca Scriptorum Societatis Jesu.
BKUNET (Hugues), troubadour, néà Rodez, mort en 1222 (1). Il embrassa d'abord l'état ecclésiastique ; mais des dispositions poétiques, et probablement le penchant qui l'entraînait vers le beau sexe, en firent un troubadour. U ne composait pas les airs de ses chansons , Non fetz sons , comme on disait alors ; mafe il en chantait agréablement les paroles, et cela le mit en renom. L'amour, on le pense bien,'fait le fond de ses poésies. Il adressa surtout ses hommages à une bourgeoise d'Aurillac appelée Juliana ou Galiana. L'aima-t-elle d'abord? On ne saurait l'affirmer. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle le congédia pour un comte de Rodez. Le pauvie troubadour eût dû prévoir ce malheur; mais, pour être troubadour, on ne connaît pas toujours le cœur de la femme. Peut-être aussi eût-il bien fait de se consoler. Comme poète , il se désespéra, et alla finir ses jours dans un monastère de chartreux. Nous citerons ici quelques passages de Brunet sur le thème obhgé des poésies des troubadours :
Amors, que esus esperitez cortez, Que nos laissa vezer mas per semblans, Quar d'huelh en huelh Salh et fal sos dons lans E d'huelh en cor, et de coratge enpes. L'amour, génie séduisant , Qui se laisse seulement entrevoir, Qui d'un œil à l'autre va, s'elançant paiement Et de l'œil au cœur, et du cœur à la pensée.
Le dernier vers est assurément plein de grâce et de fraîcheur. Les vers suivants sont puisés à la vraie source de l'inspiration : le cœur.
E sol qu'il cor aya de mi membransa.
Del plus serai attendans et su/rire,
Ab que l'esquar se baizon e ill sospire
Per qu'el dezirs amoros no s'estansa.
Jh ! que son cœur seulement se ressouvienne de moi.
Je saurai attendre et souffrir, [rions.
Pourvu que nos yeux se baissent et que nous soupi-
Afln qu'amoureux désir point ne s'éteigne.
Histoire littéraire de la France, t. XVK.'— D. Vaisselle, Histoire de Languedoc. — Raynouard , Choix de poésies originales des troubadours.
BRtTNET-LATIJV OU BRCNETTO - LATÏNl.
Voy. Latini.
BRUNET (....), théologien et humaniste français , vivait dans la seconde moitié du dixhuitième siècle. Il était docteur en théologie, et
(1) C'est la date donnée par Nostradamus, et qui mérite le plus de confiance