CLAY
le droit ; il suivit ce conseil , et à vingt ans fut reçu avocat. Il alla s'établir et exerça avec succès sa profession dans le Kentucky. C'était aumoment où l'on songeait à refaire la constitution de cet État. Il se prononça alors, mais en vain , pour l'émancipation des noirs. En 1803 il futélu membre de la chambre des représentants de sa province, et en 1806 il fut envoyé à Washington pour y remplir les fonctions de sénateur. Redevenu membre de la chambre des représentants du Kentucky, il fut nommé orateur de cette assemblée. Il retourna à Washington en qualité de sénateur de 1809 à 1811, et à cette époque, élu membre de la chambre des représentants des États-Unis , il fut nommé président de ce coqjs politique. Il s'était depuis longtemps fait remarquer par son talent oratoire. Quoiqu'il eût fortement engagé son pays à combattre par les armes les prétentions de l'Angleterre, il fut un des cinq commissaires envoyés en 1814 à Gand pour y négocier la paix avec la Grande- Bretagne. Il fit rayer du traité conclu alors la clause qui accordait à l'Angleterre le droit de naviguer sur le Mississipi, depuis l'embouchure jusqu'à la source. En attendant la ratification du traité, il passa deux mois à Paris, où il connut, entre autres célébrités , madame de Staël. A la nouvelle de la victoire de la Nouvelle-Orléans. «Maintenant, dit-il, je pourrai aller en Angleterre sans m'exposera des mortifications « ; et il retourna en Amérique en passant par l'Angleterre. Sous le président Monroe, de 1817 à 1825, Clay chercha toujours à accroître son autorité dans la chambre des représentants. Ce fut lui qui, en 1824, engagea le congrès à déclarer que les États-Unis prendraient parti en faveur des républiques de l'Amérique méridionale dans le cas où les États européens interviendraient en faveur de l'Espagne. Un nouveau président devant être élu vers la fin de l'année 1824, Clay aurait pu se mettre au nombre des concurrents. Cependant, les voix étaient divisées entre le général Jackson, Adams et Crawfurd : aucun des concurrents n'ayant obtenu la majorité absolue, le choix, d'après la constitution, devait être fait par la chambre des représentants. Henry Clay sut alors faire réussir l'élection de son protecteur, Adams (1825), qui lui conféra aussitôtla charge de secrétaire d'État aux affaires étrangères. Ami et conseiller intime du président,,C]ay vit bientôt se former contre lui une forte opposition dans la chambre des représentants. John Randolph, représentant de la Virginie, l'appela en séance publique « un homme qui trichait au jeu » , voulant faire allusion à sa passion pour le jeu. Cette qualification amena (avril 1826) entre Clay et Randolph un duel, qui se termina sans qu'U y eût une goutte de sang versée. En sa qualité de secrétaire d'État, Clay négocia auprès de l'empereur de Russie et du roi d'Espagne (1825) la reconnaissance des nouvelles républiques de l'Amérique du Sud, en alléguant surtout que dans
toute l'Amérique il ne se trouverait pas une seule épée qui voulût jamais combattre pour l'Espagne. Le premier répondit d'une manière évasive, et le dernier déclara qu'il n'abandonnerait jamais les droits de l'Espagne sur les colonies rebelles. Lors de l'élection de 1828 pour la présidence, Clay partagea les voix avec Jackson et Adams; mais Jackson l'emporta, et Van Buren, ennemi déclaré de Clay, fut nommé secrétaire d'État et plus tard vice-président. Depuis lors Clay, en sa qualité de membre du sénat pour le Kentucky, se mit dans plusieurs occasions à la tête de l'opposition , surtout dans les négociations entamées avec l'Angleterre au sujet du commerce avec les colonies anglaises. Dans l'élection pour le renouvellement du président (1833), il eut encore des voix; mais une majorité considérable réélut Jackson. Il propagea activement l'œuvre qui, avec des noirs affranchis, fondait, sur la côte d'Afrique, la colonie de Libéria. Ce fut lui qui, en 1832, proposa la loi dédouanes qui porte son nom (Clay's bill),tt qu'on appelle aussi loi du compromis, aux termes de laquelle un tarif décroissant devait rempla«er celui de 1832, de telle façon qu'au bout de dix ans aucun droit d'entrée n'excédât 20 pour 100; il était stipulé en outre que toutes les matières premières entreraient en franchise. Dans l'affaire de l'indemnité française, il exerça (1835) une grande et heureuse influence sur le sénat.
Ses candidatures à la présidence devaient toujours échouer, peut-être parce qu'il arrive rarement aux partis de choisir le plus digue. Ce fut Van Buren qui l'emporta en 1836. Celui-ci était sans doute un homme remarquable; mais il n'avait pas rendu encore à son pays les mêmes services que son compétiteur. Henri Clay ne réussit pas mieux en 1844, et son parti même, / comme il arrive si souvent, se retira de lui, voyant que la fortune l'abandonnait. Clay abandonna alors quelque temps la politique, poui aller vivre en sage dans son domaine d'Ashland. Lors de la guerre amenée entre le Mexique et les États-Unis par la question du Texas. Clay perdit un lUs (1846), placé à la tête d'unt brigade d'artillerie. Il allait se retirer définitive ment de l'arène politique, quand les prétentions croissantes des États à esclaves le contraignirent de rentrer de nouveau dans le champ de 1< polémique. Élu au sénat par le Kentucky , il es saya du rôle honnête, mais rarement heureux er ces matières, de médiateur. Il ne recueillit qui l'ingratitude; on chercha même à le rendre ri dicule, et on alla jusqu'à l'appeler le bill omni bus, à cause du nombre de propositions qu'i émettait sur tous les sujets. Cependant son plai de conciHation fut adopté, en définitive. Ce important service fut le dernier qu'il rendit à s< patrie. Il se démit de ses fonctions de sénateu' à la fin de 1851. Sa mort fit comprendre ; l'Amérique la perte considérable qu'elle vcnai cle faire : on lui rendit enfin justice, et de