‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 146 sur 200 · CLÉARQUE · texte numérisé non relu

CLÉARQUE

nept 'PiXia.i, — Ilapoifitai ; — uept Fpiqpwv , recueil d'énigmes; — 'EpwTixà, recueil d'histoires amoureuses, — Ttepl rpaipûv : ce titre, donné par Athénée, est douteux; — Tiepl Nàpxr)?, oii sw la torpille ; — Tiepi twv 'EwSptov , ou êur les animaux aquatiques ; — nspl 0ivûv ; it£pl SxeXstûv, ouvrage d'anatomie; — nep-. "rjivou : l'authenticité de ce traité est douteuse. Clément d'Alexandrie le cite pour prouver qu'Aristote connaissait les livres juifs. Quant au ti-aité de la Tactique militaire, mentionné par Mien, on ne sait s'il appartient à Cléarque de Soles ou au tyran d'Héraclée,

Athénée, VI, IX, XII. XIV, XV. — Diogène Laerce.III, l — Fabricius, Bibliotheca grœca, III.— Saint Clément d'Alexandrie, Stromata, I, iS. — Vossius, de Historicis grxcis.

*CLÉ.4RQtJE, poète athénien de la nouvelle èpmédie , vivait probablement dans le troisième Siècle avant J.-C. Il nous reste des fragments de quatre de ses comédies , savoir : KiOaptpSBç, KoptvQioi , nâvôpoffoç, et une comédie, dont le titre est inconnu.

Athénée, X, XÎV. — Eiîstathe, ad OdysS-, p. i623, 47. — Meinecke, Corn, grsec.

CLÉARQUE ET oxYATHRÈs , tyrans d'Héraclée, petits-fils dejCléarque, vivaient vers 300 avant J.-C. Après la mort de leur père Denys, fen 302, Amasti-is {voy. ce nom), leur mère, épousa Lysimaque, qui servit de tuteur aux jeunes princes. Quand Cléarque fut majeur, il prit les rênes du gouvernement, et se signala par son courage dans plusieurs expéditions. Il fut fait prisonnier

Îiar les Gètes avec Lysimaque , et racheté par es soins de celui-ci. De retour à Héraclée, il s'unit avec Oxyathrès pour faire périr Amastris. Lysimaque, qui se trouvait alors en Thrace, accourut, et fit mettre à mort les deux fils parri- ' Cides, vers 287 avant J.-C.

Meranon , dans les IJistoricorum greecorum fragmenta de C. Miiller, publiés par M. Ani. Fir. Didot, t. lll.

* CLÉARQUE, statuaire grec, né à Rhégium, vivait vers la soixante-douzième olympiade. Élève du Corinthien Eucheir, il fut le maître du célèbre Pythagore, qui florissait au temps de Myron et de Polyclète. Toute la généalogie de l'école à laquelle appartient Cléarque est donnée par Pausanias.

Pausanias, VI. — Ileyne, Opusc. acad., V ."

* CLEOOitlus , grammairien byzantin, d'une époque incertaine. On ne sait absolument rien de lui ; mais on a conjecturé qu'il avait été attaché à Y Auditorium, ou université établie dans le capitule de Constautiuople. On a de Cledonius un essai de grammaire latine publié par Putsch, d'après un manuscrit unique et très-imparfait. Cet ouvrage, intitulé : Ars C'iedonii, romani senaioris, Constanfinopolitani grammatici , est un commentaire sur le célèbre traité de Donat ; il se divise en deux parties : dans la première, Ars prima, se trouvent des explications sur VEditio prima de Donat ; la seconde, Ars secunda, contient un commentaire sur VEditio secunda

— CLÉEF

du même grammairien. La seule édition de \Ars Cledonii est celle de Putsch : Grammaticx latinx auctores antiqui; Hanovre, 1605, in-4''.

Osann, Beitrdge zur Grie cfi und Rôm. Litteratur- Gesch., vol. II.

CLÉEF (Van) , nom d'une famille de peintres flamands, dont les plus distingués sont :

Willem, né à Anvers : il se distmgua par ses peintures historiques.

Joseph, dit le Fou, fils du précédent, né à Anvers, en 1479, mort en 1529. Il suivit les leçons de son père, et devint un des premiers coloristes de l'école flamande. Il fit un voyage en Espagne, et fut présenté à Philippe par Antonio Moro, peintre du roi. Joseph de Cléef ne pouvait souffrir que les tableaux du Titien fussent préférés aux siens, et la supériorité notoire du peintre italien dérangea la raison de Joseph. On le vit se promener par les rues avec un habit vernissé de thérébentine. Il prit la singulière habitude de peindre ses tableaux des deux côtés, aiin qu'en les retournant on ne vit rien de désagréable. Il fit encore d'autres extravagances, dont la plus fâcheuse fût qu'à mesure qu'il pouvait retrouver un de ses tableaux, il le retouchait et le gâtait. Sa famille fut obligée de le faire enfermer. On cite parmi ses nombreuses productions : à Anvers, dans l'éghse Notre-Dame, Saints Came et JDamien; — à Middelbourg , (me Vierge, dont le fond est un charmant paysage de Patener; — à' Amsterdam, Un Bacchus à cheveux gris. En le peignant'ainsi Joseph Cléef a voulu montrer que l'habitude de l'ivresse avance l'âge.

Henry, frère du précédent , né à Anvers , en 1500. Il était excellent paysagiste, et voyagea longtemps en Italie. Les paysages dont cet ar- , liste a embelli les tableaux des autres peinti-es sont remplis de vérité. On a de lui : des Ruines antiques, qui ont été gravées; — un grand nombrede Vues de Constantinople etde ses environs, d'après les dessins deMelchior Lorch ; — la parabole de r^n/an^/)rod«g'Me,peinteà Vienne, d'une manière bizarre et avec des costiunes flamands.

Martin , deuxième frère de Joseph, né a Anvers, en 1520, mort en 1570. Il était élève de Franc-Flore. Il quitta le genre historique, et composa de petits sujets. Il faisait les personnages de plusieurs paysagistes, principalement ceux de son frère Henry et de Coninxloo. Incommodé sans cesse de la goutte, il resta dans son pays. On cite de lui un fort beau tableau représentant nu Ménage flamand, avec quantité de figures. Ce tableau se trouve dans la galerie de Vienne.

Willejn, quatrième frère des précédents. Il peignait fort bien en grand ; malheureusement il mourut jeune.

Martin de Cléef laissa quatre fils, tous boiis peintres :

Gilles, l'ainé, peignait parfaitement en petit, et ses tableaux sont très-estimés,. Sa passion pour les femmes abrégea sa vie.

Martin, le second, demeura longtemps en Ea*

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pagne ; U s'embarqua ensuite pour les Indes, où îl finit ses jours.

Georges mourut jeune.

Nicolas resta dans sa patile. Il peignait encore à Anvers en 1604.

Descaraps, fies des peintres flamands, 1, 61. — Biograhic générale des Belges,

CLÉEF (Jean Van), peintre flamand, le plus connu de la famille précédente , né à Vanloo, en 1640, mort en 1716.11 était élève de Gaspard de Crayer. Il avait une manière large, un pinceau coulant et un dessin correct. Son coloris laisse à désirer, mais ses compositions sont claires et bien conçues. Il s'est surtout fait remarquer par la grâce avec laquelle il peignait les têtes de femme et les enfants. Il a dépassé tous les peintres flamands dans l'art de draper les figures. Parmi ses nombreux ouvrages on cite, à Gand, dans le cloître des Dominicains, cinq tableaux représentant des saints de l'ordre; à Saint-Bavon, Saint Pierre délivré de saprison par un ange; — à Saint-Nicolas, la Madeleine aux pieds de J.-C, Jésus-Christ au milieu dhme gloire et des anges, la Circoncision ; — à Saint-Michel, V Immaculée conception , Deux martyrs délivrés par des anges; — à Saint- Jacques, le Serpent d'airain, la Découverte de la vraie Croix, Sainte Barbe, l'Assomption de la Vierge, l'Enfant Jésus au milieu d'une gloire d'anges: au bas ?,oni saint Pierre et saint Paul; la Rédemption des captifs (ce tableau est regardé comme le chef-d'œuvre de Cléef); — à Saint-Martin d'Ackerghem, la Cèwe;— àNotre-Dame, l'Immaculée conception; — aux Récollets , Sai7U Joseph à qui l'ange ordonne de fuir en Egypte ; — à l'abbaye de Baudeloo, Sam^ Bernard guérissant plusietirs malades , la Vierge avec l'Enfant Jésus ; — aux Dominicains, Smn^e Catheriyie confondant les docteurs païens , le Corps de la Madeleine enlevé par des anges , la Fuite en Egypte , Saint Joseph, V Enfant Jésus et la Vierge con^ templant les instruments de la passion , le Martijre de sainte Barbe; — aux Béguines, la sainte Vierge et l'Enfant Jésus ; —à Sainte- Claire-les-Riches , la sainte Vierge levant V Enfant Jésus, la Sainte Trinité au milieu d'une gloire et des anges; — aux Sœurs Noires , les Sœurs Noires secoiirant les pestiférés, la Vierge et l'EnJant Jésus : saint Augustin, sainte Monique, sainte Catherine et saint Roch occupent le ciel au haut de ce tableau, qui est considéré comme le chef-d'œuvre de Van Cléef; h l'Iiôtel de viUe, deux plafonds et deux grands tableaux de cheminée ; — dans la jgalerie Baut, la Continence rfe Sci^pion, belle et grande composition; —A Alost , Saint Aubert qui distribue du pain aux pauvres, le Martyre de saint Corneille, pape ; — A Bruges , Jésus parmi les Docteuvs.

Descamps, fies des peintres flamands.

CLËEKs OU CLERis(7/«gw,es de), seIgneuT

CLÉLAND

angevin, vivait en 1118. Il avait été élevé àl'é cole d'Angers, et se fit remarquer par son savoir sa bravoure et son habileté dans les affaires pu bliques. En 1118 il fut envoyé en ambassade Louis le Gros, roi de France, par Foulques "V comte d'Anjou. Foulques consentait à aider 1 monarque fi-ançais dans sa guerre contre Henri P' roi d'Angleterre , mais à la condition que le titr de grand-sénéchal de France lui serait accord comme charge héréditaire. Louis le Gros y cor sentit. Hugues de Cleers a laissé la relation d cette ambassade, sous le titre de : Hugonis d Cleriis de Majoratu et senescalia Frauda Elle contient des détails fort curieux sur la mai rie du palais et la sénéchaussée de France. 0 trouve cette relation dans le Recueil des hist( riens de France de Duchesne , tome IV ; dan les Notes de Sirmond, sur tes Lettres de Gc d^roy de Vendôme; Paris, 1620,tomeIII; ( dans Baluze, Miscellanse, IV, 8.

Morérl, Grand dictionnaire historique — Mé zcra Histoire de la France, I, 216. — SismondI, Histoire rf( Français, V, 184. — la France littéraire, IX 49.— Li long, Bibl. hist. de la France, 1578. — Daniel, Histoii de la milice de France, 1, ES.

CLJgGHoaN (Georges), médecin anglais, ii à Granton, près d'Edimbourg, le 18 décembi 1716, mort en décembre 1789. Il fit ses étud( au collège de Grammond, et apprit la médecine Edimbourg, sous le célèbre Alexandre Monro. E 1736 Cleghorn fut nommé chirurgien dans u régiment anglais en garnison à Minorque, et d( meura ti-eize ans dans cette île. En 1750 il n vint en Angleterre, et l'année suivante se fixa Dublin, où il ouvrit des cours d'anatomie. E 1756 il fut nommé professeur de l'université d Dublin, et en 1784 membre honoraire du colley des médecins de cette ville. Ce fut Cleghorn qu avec Fothergill, Russel et Cuming, fonda l'assi dation d'où la Société royale d'Edimbourg tira so origine. Il avaitrassemblé une fouled'observatioii importantes sur le climat, les habitants et l'his toire naturelle de Minorque; il les publia ave l'aide deFothergill. Cleghorn contribuabeauconp mettre en vogue comme remède dans les fièvrt putrides le quinquina, qu'on regardait aupar; vant comme une substance nuisible ou iautili On a de lui : Observations on the epidemicc. diseases in Minorca froni the year 1744 ( 1749; Londres, 1751, in-4°; 1763 et 1768, in-8= trad. en allemand par J.-C.-G. Ackermann Gotha, 1776, in-8".

Biographie médicale.

CLÉLAND (Jean), littérateur anglais, mor le 23 janvier 1789. Il était fils du colonel Cle land dont il est parlé dans le Spectateur d'Ail dison, sous le nom de WiU Honcycomb. Jca Cléland étudia à Westminster ; plus tard il ail à Prague en qualité de consul. Envoyé ensuit aux Indes orientales, il s'y brouilla avec certain membres de la présidence de Bombay, et reviii en Angleterre. Les embarras daus lesquels il si trouva jeté alors le portèrent à écrire un ou

vrage qui fît scandale : the Wemen qf pleasure (les Filles de joie), que l'éditeur du Monthly revieiv paya 20 gainées à l'auteur, et dont il retira, dit-on, 10,000 liv. sterl. Cléland fut poursuivi : heureusement qu'il trouva un protecteur dans Jean comte Granville, qui arrêta la prévention et fit à Cléland une pension annuelle de 100 liv., pour lui ôter la tentation de faire de nouveau de son talent un indigne nsage. A partir de ce moment il écrivit encore d'autres romans et nouvelles d'un genre plus inoffensif, et qui ne sont pas sans mérite. Ses autres ouvrages sont : the Way to things by loords, and to words by things; 1765, in-8°; — Spécimens of an etymological vocabulary, or essay by means ofthe analytic method to retrieve the ancient celtic; de nombreux articles politiques dans plusieurs recueils, notamment dans le Public advertiser.

^'Monthly inaçiaz. —INicliols, Lit.anec.oftke iB''' cent. , CLÉLiE, héroïne romaine, vivait en 508 avant J.-C. Elle fut donnée en otage au roi étrusque Porsenna. Voici, d'après Tite-Live, ce que racontaient les traditions romaines au sujet de cette jeune fdle : <c Comme le camp des Étrusques n'était pas très-éloigné des bords du Tibre, Clélie, l'une des jeunes Romaines livrées en otage, trompe les sentinelles , et , se mettant à la tête de ses compagnes , traverse le fleuve au milieu des traits ennemis, et sans qu'aucune d'elles eilt été blessée, elle les ramène à Rome, et les rend à leurs familles. «Clélie, rendue àPorsenna, sur la demande de celui-ci, obtint la liberté non-seulement pour elle, mais pour plusieurs de ses compagnes. « La paix, rétablie, dit Tite-Live, les Romains récompensèrent par un genre d'honneur extraordinaire un courage aussi extraordinaii-e dans une femme : on lui décerna une statue équestre , et l'on plaça au haut de la voie sacrée l'image de Clélie à cheval. » D'après une autre tradition, tous les otages furent massacrés par Tarquin, à l'exception de Valeria, qui se sauva en traversant le Tibre à la nage, et ce fut à cette héroïne, et non à Clélie, que fut élevée la statue équestre.

Tite-Live, II, 13. — Denys d'Halicarnasse, V, 63. — Plutarque, PopUc, 19; lUust.fem., aux mots f^aleriaet Clxlia. — Florus, I, 10. — Valère Maxime, III, 2. — Aurelius Victor, de F'ir. ill. — Pline, Hist nat, XXXIV, 6. - Virgile, ^n.. VIII, 651. — Juvénal, VIII, 265.

CLËMANGis. Voy. Clamenges.

CLÉMENCE ISA.URE, dame toulousaine, fille de Louis Isaure, naquit à Toulouse, en 1450, morte vers 1500, et selon quelques historiens vers 1513. Elle se fit connaître par la protection qu'elle accorda aux lettres. On la considère comme la bienfaitrice et même la fondatrice des Jeux floraux. Elle présida en quelque sorte à cette fête littéraire le 3 mai 1496, époque où une autre personne de son sex.e, la dame de Villeneuve, lut une ode ou canso, où elle s'adressait précisément à Clémence ; « Lorsque le printemps, lui disaitelle , a fait fondre les neiges , et que nous pos-

NOUV. BIOGR. UNIVERS. — T. X

CLÉLAND — CLÉMENCE 738

sédons le fleuri mois de mai , vous offrez à maint

joyeux troubadour les fleurs si agréables du gai savoir. » C'est encore Clémence, qui, en 1498, remit Yéglantinek un autre lauréat, Bertrand de Roaux. « Dame Clémence, dit un poëte, auteur d'une ode historique sur Dugueschn, si vous le permettez , je vous raconterai fidèlement fous les événements de la guerre entre Pierre roi de Léon, et Henri son frère, roi de Castille, secondé par le généreux Duguesclin. Je vous entretiendrai des Toulousains, dont un grand nombre périt dans cette guerre, sans que je vous demande aucune récompense. Il me suffit d'obtenir votre bienveillance. »

On a révoqué en doute l'existence de Clémence Isaure, qui aurait été substituée à N.-D. la vierge Marie comme patronne des Jeux floraux; cette thèse a été soutenue avec beaucoup de sagacité par M. Noulet. Quoi qu'il en soit, Clémence consacra, dit-on, presque toute sa fortune à cette institution littéraire. Elle ne se borna pas à ce rôle de bienfaitrice; elle composa aussi des poésies qui méritent d'être tirées de l'oubli. Le recueil de ses productions a été publié, en caractères gothiques, sous le titre de Dictas de Dona Glemensa /5aMre,àToulouse,enl505,in-4°,parGrandjean, libraire. Les pièces qui composent ce volume consistent en cansos et en pastorellas. On y remarque une ode élégiaque où Clémence invite les troubadours à célébrer la Vierge, et un morceau intitulé lo Planh d'Amor (Plaintes d'Amour), où elle raconte en quelque sorte sa propre vie et la cause qui l'a décidée àvivre dans le célibat : c'était la perte de l'homme qu'elle aimait, et que le champ de bataille avait ravi à sa tendresse. Voici la traduction que donne un recueil, la JSiog'rapA je ^o«Zo«same,desdeuxpremières strophes du Planh d'Amor :

Au sein des bois la colombe amoureuse Murmure en paix ses longs et doux accents Sur nos coteaux la fauvette orgueilleuse Va célébrer le retour du printemps :

Hélas ! et moi , plaintive , solitaire , Moi, qui n'ai su qu'aimer et que souffrir Je dois au iBOttde, au bonheur étranj>ère. Pleurer mes maux, les redire et mourir.

Clémence institua la ville de Toulouse pour son héritière; une inscription gravée sur une table de bronze placée sous sa statue reproduit les dernières volontés de la protectrice des Jeuxfl,oraux.

Biographie toulousaine. — J B. Noulet, de Dame Clémence Isaure , substituée à notre-dame la vierge Marie; Toulouse, 1852 ; de la prétendue Pléiade toulousaine ; Toulouse, 1853.

CLÉMENCE de Hongrie, leine de France, femme de Louis X, le Hîitin, morte le 13 octobre 1328. Efle était fille de Charles Martel, roi de Hongrie, frère aîné de Robert, roi de Naples et de Hongrie (quoiqu'il n'eût jamais vu ce pays). C'est à ce Robert que Louis X fit demander Clémence en mariage , et pendant la négociation il eut soin de se débarrasser de Marguerite de Bourgogne, sa première femme, accusée d'adultère. Au commencement d'avril 1315, il la fit étouffer entre des lin-

ceuls au château de Gaillard, où elle était renfermée. Clémence ne vint en France qu'au mois de juillet(l) ; elleavaitfaitnaufrage pendant la traversée et perdu ses joyaux, ses robes de prix, et, ce qui devait particulièrement affliger le roi , elle avait perdu aussi sa dot. Le mariage fut célébré le 3 a(iût 1 3 1 5, à Saint-Dié, près de Troyes, en Champagne, et le 15 du même mois le roi et la reine furent sacrés par Robert de Courtenay , archevêque de Reims. A la mort de Louis le Hutin (5 juin 1316), Clémence de Hongrie était enceinte; le 15 novembre 1316 elle donna le jour à un fils, qui ne vécut que cinq jours, et Philippe le Long succédaàLouisieifMfm.Rienneretenaitplusdès lors Clémence à la cour de France : elle se retira d'abord à Avignon; puis, en 1318, elle prit le voile à Aix , en Provence , dans le couvent de Saint-Dominique , oîi elle passa ses dernières années dans la pratique d'une piété qui ne fut pas, comme on l'a prétendu à tort, une sorte d'expiation, puisque le rapprochement même des dates prouve qu'elle n'avait été pour rien dans la moit de Marguerite de Bourgogne. Il ne paraît pas non plus qu'on ait eu d'autres faits coupables à lui reprocher.

Clémence de Hongrie était petite -fille de CliM'les d'Anjou, frère de saint Louis. Elle fut inhumée aux Jacobins de Paris, à côté de son aieul, sous un monument qu'elle avait fait coastruire en leur commune mémoire. La statue qui représente l'effigie de cette reine est aujourcl'hui placée dans la crj'pte de la basUique de Saint-Denis (2).

Contin. de Nangis. — Thomas Walsingham, Hist. Angliœ. — Jean Villani, IX, 63. — Sismondi, Histoire des des Franc., t. IX. — Miclielct, Hist. de France. — Henri Martin, Hist. de France.

CLÉMENCE [Joseph-Guillaume) , chanoine et théologien français , né au Havre, le 9 octobre 1717, mort le 6 août 1792. il fut successivement curé de Saint-Claude, à Rouen, grandvicaire de Poitiers et prieur commendataire de Saint-Martin de Machecoult. On a de lui ; Défense des livres de VAncien Testament, contre la Philosophie de Phistoire, de Voltaire; Paiis, 1768 et 1776, 2 vol. in-8°; — les Caractères du Messie vérifiés en Jésus-Christ de Nazareth ;9&rh 1776, 2 vol. in-8°; — l'Authenticité des livres tant du Nouveau que de l'Ancien Testament démontrée, et leur véridicité défendue, spécialement contre Vauteur de la Bible enfin expliquée pur les aumôniers du roi de Prusse; Paris, 1782, in-8° : Les aumôniers du roi de Prusse ne sont auti'es que Voltaire et ses partisans. Cet ouvrage a été réimprimé sous ce titi'e : Réfutation de la Bible enfin expliquée, de Voltaire, mise dans un nouvel ordre et augmentée d'une

(1) Elle ne put donc pas, comme on l'a prétendu, empoisonner Marguerite, morte en avril.

(2) Voy. Guilhermy, Monograpfiie de Saint-Denis; 1848 in-12, liages 246 et ï63. (V.)

CLÉMENCE — CLÉMENCET 740

foule, de preuves, contre les attaques d'autres auteurs impies, par l'abbé Marquet ; Nancy, 1826, in-12.

Richard et Giraud , Bibliothèque sacrée. — Quérard, la France littéraire.

CLÉMENCET (Dom Charles), historien, de l'ordre des Bénédictins , né à Painblanc , en 1703, mort le 5 août 1778. 11 étudia chez les Oratoriens de Beaune et chez les Dominicains de Dijon, et le 7 juillet 1723 il entia dans la congrégation de Saint-Maur. A l'abbaye de Saint-Calais, où il fut envoyé immédiatement après sa profession , il s'appliqua , sans maitrc , à l'étude du grec; puis il alla professer la rhétorique à Pontle-Voy. Venu ensuite à Paris, au monastère des Blancs-Manteaux, il fut chargé, avec Durand, de la continuation des Décrétâtes des papes et d'autres travaux historiques. C'était un homme ardent au travail ; il écrivit jusqu'au moment de sa mort. On a de lui : l'Art de vérifier les dates, etc.; Paris, 1750, in-4°; ouvi-age important, conçu et imparfaitement exécuté par D. Maure Dantine, refait par Clémencet, revu et terminé par dom Clément ; — Histoire générale de Port- Royal; Amsterdam (Paris), 1755-56, 10 vol. in-12; — les vol. 10 et 11 de V Histoire littéraire de la France; — Lettres d^Eusèbe Philalèthe à M. F. Morenas, sur son prétendu Abrégé de l'Histoire ecclésiastique de Fleury ; Liège (Paris), 1750, 1755, 1759, in-12 j

— Histoire générale des écrivains de Port^ Rûyal, contenant la vie, le catalogue des ouvrages, etc.; 4 vol. in-4°, restés manuscrits; — Conférences de la mère Angélique de Saint- Jean (Arnauld), abbesse de Port-Royal, sur les constitutions du monastère de Port Royal ; Utiecht ( Paris ), 1 760, 3 vol. m-12 ; - Za Vérité et Vinnocence victorieuses de l'erreur et de la calomnie; lettres à un ami sur la réalité du projet de Bourg-Fontaine , par le P. Sauvage ; Cologne ('Paris), 1758, iurl2; — Lettres de Philippe Gramme, imprimeur à Liège, à Vauteur de la Lettre sur le nouvel Abrégé de l'Histoire ecclésiastique , par l'abbé Racine ; Liège , 1739, in-12; — Authenticité des pièces du pi'ocès criminel de religion et d'État qui s^itistrtiit contre . les jésuites depuis deux cents ans, démontrée; il &0, in-12; — Histoire des vies et des écrits de saint Bernard et de Pierre le Vénérable ;'Po.ns, 1773, in-i" ; — S. Gregorii vulgo Nazianzeni Opéra omnia ; — 1778, in-folc, ouvrage collationné sur (luarante; manuscrits; — l'Épitre dédicatoire et la préface générale de la traduction de la Bible de l'ahLéii Sabbatier (1743); — Apologie de saint Ber-^ nard, au sujet des craisades, dans les Lettres sur Vouvrage intitulé : Querelles littéraires;

— Uneédition des Œuvresposihumes de l'abbé Racine; 1759; — deux Lettres du doge de la république des Apistes au général des Solipses, pour lui demander des secours dans uneguerre qui intéresse les deux nations; in-12; — Cas

CLÉMENCET — CLÉMENT

de conscience sur la commission établie pour réformer les corps rérjiilïers; 17C7, ia-12 : attribué à Clémence par Bachauraont.

TassiQS, Hist. de la Congrég. de Saint-Maur. — Dcscssai'ts, ks Siècles litt. «■

* CLEMENS PÀCTU3ÎEI1TS, jurisconsulte ro- , main, vivait probablement dans la première moi- . tié du second siècle. Il fut, selon toute apparence, contemporain de Pomponius, qui cite d'après lui, en ces termes, une constitution de l'empereur Antonin : « Pactunieius Cleniens aiebat imperatorem Antoninum constituisse ». (Pactumeius Clemens prétend qu'une constitution de l'empereur Antonin porte, etc.). Il s'agit sans doute d'Antonin le Pieux ; seulement, il importe de remarquer que dans les compilations justi- , nieimes le nom d'Antonin sans addition se rapporte, suivant l'époque où vivait le jurisconsulte mentionné, soit à Caracalla, soit à Marc-Auj rèle ou à Antonin le Pieux. C'est de ce dernier i empereur qu'il est question dans Pomponius, puisqu'il est probable que Clemens Pactumeius fut aussi contemporain de ce prince. V. R.

I Digeste, XL, lit. 7. — Smith, Dictionary.

!* CLÉ.iiENT évêque d'Ancyre et martyr.

. Les Grecs en célèbrent la fête le 23 janvier, comme de l'un des plus grands martyrs. Ils lui adjoignent pour compagnons Agatliange, diacre, et Chariton; mais les actes de leur martyre, donnés par BoUandus, sont rejetés par Baronius, comme un pur roman. « Les faits en sont, dit-il, contraires à l'histoire du temps auquel on suppose qu'ils ontvécu. C'est un enchaînement de prodiges extraordinaires, de supplices affreux soufferts pendant vingt-b uit années, d e province en province, avec une patience et une force miraculeuses. Il n'en est pourtant fait aucune mention dans les historiens ni dans les saints Pères de l'Église, qui ont parlé de beaucoup d'autres martyrs moins importants. »

Baronias , M arty roi. roman. — BoUandus, .^cta sanctorum. — Tillemoritj Mémoires ecclés. — Baillet, Vies des saints. — Moréri , Grand dictionnaire hist. — Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée.

CLÉMENT ( Titus Flavius saint), d'Alexandrie (K),7i[xyi;'AX£^àvSpioi;), naquit vers 250 de J.-C, à Athènes, selon les uns; selon les autres, et plus probablement, à Alexandrie, d'où lui est venu son surnom d'Alexandrin, et mourut vers 317. On ignore l'époque précise de sa naissance ; mais on ne peut douter qu'il n'ait vécu sous Commode , puisque dans un de ses ouvrages, au livi-e \" de ses Stromates,\\ arrête à la mort de ce prince la chronologie des empereurs romains. Élevé dans les

.superstitions du paganisme, ainsi que nous l'ap- ' prend un passage de son Exhortation aux gen-

itils. Clément se convertit au christianisme, et après la mort de Pautène , son maître, il gouverna l'école chrétienne fondée par saint Marc à Alexandrie. Ce fut sans doute par le souvenir des erreurs où il avait été plongé, et pour amener les Grecs à la lumière qui avait éclairé son esprit, qu'il composa son premier ouvrage, l'Exhortation aux gentils,

l'un destraitcsles plus complets que les Pères aient écrits contre l'idolâtrie. Dans cette Exhortation, saint Clément se propose un double but : d'abord de détourner les Grecs de l'idolâtrie , ensuite de les amener au Verbe, fils de Dieu, c'est-à-dire de les tirer des idées terrestres et des passions honteuses qu'ils adoraient dans leurs dieux, pour les conduire au cuite vspirituel, aux vertus sévères du christianisme. Dans un préambule brillant, il les invite donc à glorifier le vrai Dieu au nom du Verbe et à le remercier de la révélation faite aux hommes. Lui aussi, il était incrédule, jouet de l'erreur, lorsque la bonté de Dieu lui est apparue, non à cause de ses œuvres de justice, înais dans sa miséricorde infinie. Au reste, la loi qu'il leur apporte n'est pas nouvelle : elle existaitmême avant la création du monde , car « au commencement était le Verbe, le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il y a peu de temps, il est vrai, que sous le nom de Christ le Verbe a paru sur la terre; mais de toute éternité il existait comme Dieu, et il était, comme il est encore aujourd'hui, le principe divin de toutes choses. Ainsi , ce n'est pas aujourd'hui seulement que le Verbe a eu pitié de nos misères , c'est au commencement du monde. Seulement, il a attendu, pour venir nous sauver, que nous fussions sur le point de périr. Jean a été son précurseur : il était la voix de celui qui crie dans le désert; quant au Christ, il est la porte du ciel; il est impossible de voir Dieu autrement que par le Christ. »

Après cet exposé de la doctrine évangélique, saint Clément s'attache à démontrer l'absurdité du paganisme, et entre autres choses l'imposture des oracles et le mensonge des mystères. Ces oracles aujourd'hui sont muets ; et quant aux mystères, ils n'ont d'autre fondement que les impudicités de Jupiter , de Cérès et de Bacchus. Il prouve que les symboles en usage dans ces mystères n'ont d'autre objet que de rappeler les obscénités qui les ont fait instituer. Il indique ensuite l'origine de l'idolâtrie des hommes : les uns, induits en erreur par le spectacle de la nature et les mouvements de ces grands corps qui roulent au-dessus de nos têtes, ont pris les ouvrages de la création pour le Créateur luimême; d'autres, charmés des productions de la nature, ont regardé comme des dieux les hommes qui leur ont appris à ensemencer la terre et à cultiver la vigne ; enfin, quelques-uns ont mis au rang des dieux ceux qui ont détourné d'eux de grands fléaux, comme Dioscore, Hercule, et le médecin Esculape. Pour se convaincre que ces prétendus dieux ne sont que des hommes, il n'y a qu'à examiner ce que les poètes nous racontent sur leur naissance , leur vie et leur mort : on compte jusqu'à trois Jupiters, trois Minerves; d'Apollons, on ne sait combien. Si encore ces dieux n'étaient pas les plus impudiques et les plus corrompus de tons les êtres ! Mais les femmes qui adorent ces dieux voudraient-elles que leurs maris et leurs fils leur ressemblas-

sent? Ajoutez que cesdieux ne sont pas seulement impudiques, ils sont cruels et atroces; le sang humain ruisselle sur leurs autels. L'homme leur immole son semblable, dans des sacrifices abominables. Tels sont les arguments à l'aide desquels saint Clément bat en brèche le paganisme; c'est la première partie de VExhortation. Après avoir renversé les arguments des païens, saint Clément s'attache à prouver que la philosophie est incapable de conduire l'homme à la vérité. ïl énumère donc les opinions des différentes sectes de philosophie sur le principe du monde, et il en conclut que les philosophes, même les plus éclairés, n'ont vu la vérité qu'en songe, quoiqu'il leur soit arrivé quelquefois, avec l'inspiration de Dieu, de dire des choses conformes à la vérité ; quant aux véritables philosophes, il n'y en a pas d'autres que Moïse, David, Isaïe , Jérémie. Saint Clément termine son discours en invitant les Grecs à abandonner leurs erreurs pour se livrer entièrement au Christ, unique précepteur de la vérité. « Une auguste vocation se fait en ce moment entendre à tous les peuples de la terre; bien coupables seraient ceux qui résisteraient à cet appel. Si donc les Grecs ont vieilli dans le culte des démons , qu'ils se rajeunissent dans le culte du vrai Dieu : Dieu les mettra au nombre de ses enfants. «

Le second ouvrage de saint Clément, le Pédagogue, est divisé en trois livres. Il fut sans doute composé alors que, discipleetbientôtsuccesseurde Pantène, saint Clément était chargé del'instruction des catéchumènes, hemot Pédagogue a dans saint Clément un sens nouveau: son pédagogue, c'est ce précepteur de la vérité dont il parlait à la fin de VExhortatioi}, c'est le Sauveur des hommes, le Verbe incarné. Sous le voile de ce nom divin, saint Clément ti'ace des règles de conduite aux néophytes chrétiens ; il entre dans les détails les plus circonstanciés sur la nourriture et les vêtements; il indique même les heures du coucher et du lever , la manière de passer la nuit ; il marque les occupations qui regardent les hommes et celles qui conviennent aux femmes ; à tous il recommande la pureté , la modestie , la frugalité. Mais on voit combien le christianisme avait de peine à vaincre les vices de la société ancienne , combien les mœurs étaient corrompues; quelles habitudes de coquetterie, de mollesse, de honteuses débauches seconservaient dans l'un comme dans l'autre sexe. Si l'on s'étonnait de la liberté des peintures que saint Clément fait de ces désordres, il ne faudrait pas oublier que ces instructions n'étaient pas publiques ; qu'elles s'adressaient non pas à des enfants , mais à des hommes faits, conquis la plupart sur le paganisme ou la philosophie; et surtout que les Pères de l'Église, véritables médecins des âmes, n'en étalent avec hardiesse les plaies que pour les plus sûrement guérir. Toutefois, cet ouvrage de saintClémentveutêtrelu avec quelque précaution. Le troisième et le plus important des ou-

vrages de saint Clément , ce sont ses sept livres des Stromates, c'est-à-dire Tapisseries, recueil de divers morceaux, ou mélanges, comme nous dirions aujourd'hui. Le premier livre des Stromates est consac'é à l'histoire de la philoso[)hie et à démontrer cette thèse , qui revient souvent dans les apologistes chrétiens, que les livres de Moïse sont de beaucoup plus vieux que tous les ouvrages de l'antiquité. Saint Clément ne répudie pas la philosophie; mais il s'en sert pour amener les hommes à la vérité chrétienne, tendance particulière aux Pères grecs , qui , à la différence des Pères latins , ne condamnent pas la philosophie, et, loin d'y voir une sorte d'hé résie, y voient une préparation à la foi. Au second livre, reprenant, après quelques-unes de ces digressions qu'on lui peut reprocher , son sujet où il l'avait laissé à la fin du premier livre, Clément énumère les larcins que la philosophie aurait faits à l'Écriture Sainte. Il met un grand nombre de passages tirés des livres saints en parallèle avec des passages tirés des livres de? philosophes, pour faire voir ce que les seconds doivent aux premiers. Le troisième livre, particulièrement dirigé contre les hérétiques, roul( {principalement sur la question du mariage, qu( tous les hérétiques, bien qu'à des points de vu( entièrement opposés, s'accordaient à combattre. Les Basilidiens, les Marcionites , les Encratites ou Continents, proscrivaient l'union des sexes, parce que suivant eux, le monde ayan été formé d'une mauvaise matière, il ne l( fallait pas peupler. Les Carpocratiens, les Épi phaniens , eux , voulaient que les femmes fussent communes ainsi que tous les biens en gé néral : communauté et égalité , telle était leiu maxime religieuse et sociale. Saint Clément dé fend lemaiiage contre les premiers, contre les se^ conds la chasteté. Aux uns il fait voir qu'ils on exagéré le principe de la continence; qui proscrire le mariage en haine de la créatur est un horrible blasphème contre l'auteur de: choses; aux autres, qu'ils ne sont pas moin condamnables que les premiers, pour avoir faitdi plaisir la seule et unique règle de conduite. L quatrième livre traite du martyre. A la fin du troi sième h vre, saint .Clément opposait auxdésor dres des hérétiques le tableau de la pureté chrt tienne. Mais la vertu du chrétien n'est pas pai faite , si avec la pureté il n'a le courage de mon rir pour la foi. Pour être parfait, il faut a martyre de la confession joindre le martyre <1 sang. Le chrétien s'y disposera donc de longu main , afin de n'être pas épouvanté un jour p;; les menaces des tyrans, ni affaibli par l'aspect d supplice. Il fautd'a'bord qu'il s'étudie, autant qu possible, à séparer .son àme de son corps, pou se préparer à la dernière séparation, qui est I mort. En effet, la dignité de l'homme consist dans son àme; son corps est attache à la terre mais son âme tend vers le ciel. Cette vie qi unit le corps est une mort ; la véritable vie, c'e*

I la séparation du coq)S d'avec l'àme. Ainsi, quand le martyr abandonne son corps, son âme reste lil>re. Pour lui la mort même est une jouissance : elle lui ouvre la porte du ciel. Ces préceptes de résignation n'étaient pas de vaines paroles; ils avaient leur à-propos et leur application : Clément les donnait sous Sévère, et au milieu des persécutions. Le cinquième livre des Stromates est consacré à montrer que tous les signes et symboles qui se rencontrent dans l'ancien Testament ne sont autre chose que la figure de Jésus-Christ. Cette proposition conduit saint Clément à une longue et intéressante digression sur les symboles ; et à l'occasion des symboles, il entre dans beaucoup de détails sur les hiéroglyphes. Selon lui les Égyptiens avaient trois langues. La première était le langage proprement dit, celui qui s'exprimait par la réunion des consonnes . et des voyelles. La seconde était symbolique, .' mais simplement symbolique. Par exemple , \ voulait-on exprimer le soleil , on formait un signe qui ressemblait au soleil; et ainsi de suite. La ': troisième était symbolique et métaphorique tout ensemble. Ainsi, pour exprimer le soleil, on représentait un scarabée, parce que cet insecte reste six mois sur la terre dans son état parfait et six mois caché sous la terre dans son état de larve. Si l'on voulait exprimer les astres, on , figurait des serpents," à cause de leur course ! oblique. Cette langue était particulièrement con- , sacrée à l'iiistoire des dieux , des anciens rois, ; et aux inscriptions des temples. Saint Clément donne l'interprétation d'une de ces inscriptions. A Diospolis , ville d'Égypto, on voyait sur la porte d'un temple un enfant , un vieillard , un épervier, un poisson , un crocodile. L'enfant était le signe ; de la naissance , le vieillard celui de la mort , l'épervier celui de Dieu , le poisson celui de la haine , le crocodile celui de l'impudence. Le tout réuni signifiait : Vous qui naissez et mourez, , Dieu hait l'impudence. Saint Clément donne encore la clef de beaucoup d'autres signes hiéro- 1 glyphlques. Il interprète aussi les figures repré- ; sentées sur les habits des prêtres hébreux et , celles des cérémonies usitées dans les sacrifices. Cet épisode sur les symboles est sans contredit un des morceaux les plus curieux qui nous restent de l'antiquité. — Les sixième et septième livres . sont presque exclusivement consacrés à la descrip- ; tion du gnostique, dont saint Clément avait déjà, i dans le Pédagogue , esquissé les traits princi- I paux. On sait quel rôle le gnosticisme a joué I dans les premiers siècles du christianisme. Les I gnostiques prétendaient à une révélation parti- I culière, à une connaissance mystérieuse et plus i relevée du christianisme; et par leurs affinités mêmes avec lui, par leurs subtiles interprétations. Os étaient son plus grand péril : car le nom même de gnostique, l'Église ne le rejetait pas; mais elle distinguait entre ces gnostiques appelés faux gnostiques, et les vrais gnostiques, qui étaient le modèle du parfait chrétien. Tel est celui

dont saint Clément s'attache à tracer le portrait. Le gnostique de Clément , c'est celui qui ne s'est perfectionné dans la philosophie et dans les sciences que pour se perfectionner dans l'étude de la religion, qui tout à la fois sait, pratique et enseigne; c'est le fidèle imitateur des apôtres, auxquels Jésus-Christ a révélé sa doctrine.

A la suite de ces ouvrages de saint Clément , V Exhortation aux gentils, le Pédagogîie, les Stromates, on trouve un assez court traité intitulé : Quel riche peut être sauvé ^ Le moyen de salut pour le riche, c'est la charité ! « Dieu ne proscrit pas les richesses : il les a formées et accommodées à notre usage ; elles sont, entre les mains de celui qui sait les employer, la matière et l'instrument du bien. » Saint Clément avait en outre composé sur la Pâque un Uvre qui ne nous est point parvenu , et des Ifypotyposes, ou institutions, dont nous ayons un fragment. Ces Hypotijposes avaient été, à ce qu'il paraît, singulièrement altérées par les hérétiques , et les erreurs dont ils les avaient remplies furent un moment fatales aux autres écrits de saint Clément. Le pape Gélase les mit au rang des apocryphes; ce jugement était sévère. Photius aussi accuse saint Clément de grandes erreurs dans ses Institutions; d'un autre côté, Eusèbe et d'autres écrivains ecclésiastiques ne parlent de ce livre qu'avec éloges; mais eux-mêmes ne sont pas irréprochables. On ne peut nier en effet que certaines opinions de Clément ne soient périlleuses. Dans son désir de concilier la foi et la pliilosopbie., il côtoyé quelquefois l'hérésie. Comme les gnostiques,^ il n'est pas éloigné d'admettre à côté de la doctrine ordinaire, de la doctrine du peuple, une doctrine secrète et supérieure. Trop souvent aussi, à l'exÊmple de Phi- Ion, il explique l'Écriture dans le sens allégorique. Il a préparé Origène, source lui-même ii'Arius. Enfin, la critique ecclésiastique lui rel>;'oche des fautes contre la pureté de la doctrine et la vérité de l'histoire; par exemple, d'avoir dit qu'épris de l'amour des femmes , les anges leur révélèrent des mystères qu'ils auraient dû tenir secrets ; que Jésus-Christ prêcha pendant un an, et qu'il est mort à l'âge de trente-etun ans ; que les apôtres ont, 'à l'exemple du Sauveur, annoncé l'Évangile dans les enfers. Mais si au point de vue du dogme saint Clément n'est pas absolument irréprochable, au point de vue de l'érudition ses écrits sont une mme aussi riche que brillante pour la connaissance de l'antiquité chrétienne et païenne. Nourri de la lecture des iK)ëtes et des philosophes anciens, il les cite continuellement; et grâce à lui, nous avons d'un grand nombre de systèmes philosophiques et de poètes profanes, des comiques entre autres , des fragments que l'on chercherait vainement ailleurs.Hn'est pas moins précieux pour la connaissance approfondie de l'antiquité sacrée. Il rappelle sans cesse le souvenir et les écrits de

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st"s prédécesseurs dans la foi; il en conserve des fragments et en confirme raiithenticité. Il nous expose les doctrines que la tradition avait transmises d'âge en âge jusqu'à lui; il est important surtout pour riiistoire des hérésies, dont ses ouvrages,rapprochésde celui de saintirénée, offrent pour les deux premiers siècles un taijlcau complet; en un mot, les ouvrages de saint Clément sont pour le philosophe , l'historien, l'antiquaire, !e philologue une source inépuisable autant qu'une agréable étude. On peut regretter seuleînent qu'il n'y ait pas mis en général plus d'ordre. Dans les Stromatcs particulièrement, il se laisse trop facilement entraîner à son imagination ; il quitte et reprend ses idées un peu au hasard , comparant lui-même ses Stromates à une prairie, où mille objets se mêlent et se confondent, à la manière des fleurs , selon qu'ils se sont présentés à son esprit, jetés sans ordre et sans art, quelquefois même dispersés à dessein.

Saint Clément d'Alexandrie eut Origène pour successeur dans son école. Il quitta l'Egypte pendant la persécution des chrétiens par l'empereur Sévère, Yoyagea en Capadoce, et passa quelque temps à Jérusalem. Il mourut dans la retraite oîi il avait composé des Stromates. Charpentier.

Voici les titres grecs des ouvrages de saint Clément : Aôyoç UpoTpsTiTixoç Ttpè; 'Ellriyaz; — IlatôaYWYÔi;; — STpwfiaTSÏ? ; — Tiç 6 gu)^6\lbvoz HXoijcnoç ; — TTiOTUTrwffStç ; — Tiepl toù naaya; ■ — Ttspi NriffT£Îaç ; — Tiepi KaTaXaXià; ; — Ilpo- TpSTtTtxoç sic Tîtojxovvîv; — Kavwv 'ExxXir]c7ia(jTixoç ; — Elç Trjv TcpoçYJTrjv 'A[awç ; — izeçl Upovoiaç ; ■ — "Opoi ôiacpôpoi.

Les ouvrages de saint Clément ont été souvent réimprimés ; nous citerons seulement les principales éditions , savoir : l'édition princeps , par Victorius, Florence, 1550, in-fol., texte grec; l'édition de Frédéric Sylburge , Heidelberg, 1592, in-fol., grec et latin; celle d'Hervet (Proti'epticus et Pasdagogus) et de Strozzi \stromata) , Florence, 1551, in-fol., latin; d'Hervet {Protrepticus , Peedagogxis et Stromata) , Bâle, 1556, in-fol., 1566, in-fol.; Paris, 1572 et 1590, in-fol,, et dans la Bibliot/ieca Patrum, Leyde, 1677, in-fol ; vol. Ill; de Sylburge et d'Heinsius, Leyde, 1616, in-fol., grec et latin : cette édition fut leproduite avec les notes additionnelles de DutœuG, Paris, 1629, in-fol.; 1641, in-fol.; Cologne, 1688, in-fol.; l'édition de Potter, Oxford, 1715, 2 vol. infol., grec et latin : c'est sans comparaison la meilleure des éditions de saint Clément; celle d'Oberthiir , Wirtzbourg, 1788-89, 3 vol. in-8% grec et latin; de Klotz , Leipzig, 1830-34, 4 vol. in-8°, grec; de A.-B. Cailleau, dans la Collectio selecta SS. Ecclesm Patrum , Paris, 1827, in-8°, t. IV : le traité Quis dives salvetur a été publié en grec et en latin avec un commentaire par Segaar, Utrecbt, 1816, in-8", et en latin seulement par H. Olshausen, Kœnigsfcerg, 1831, in-S"; l'Hymne au Christ sou

veiir et la fin du Pédagogue ont été publiés en grec et en latin par Piper ; Gfpttingue, 1835, in-8''. Quelques écrits de saint Cl!''i lient ont été traduits en français par Nicolas Fontaine , sous ce titre : Œuvres de saint Clément d' Alexandrie, iraduiles du grec, avec les opusctdes d.e plusieurs autres Pères grecs (saint Nil, saint Athanasc, saint .lean Chrysostome), Paris, 169G, in-8' ; et par M. de Genoude, dans sa Collection des Pères de l'Église traduits en f7'ançais ; Paris, 1838.

Eusèbe, Histor. eccles , V, VI. — Cave, Histor. lilerar. — Le Nnurry, yipparatus ad ISibl. moxim. Patruiit; Paris, no3, in-fol. — P.-H. de Groot, de Ctentcnt. Alexandr. Disp.; Groningue, 1826, in-S». — Guciike, Comment, histor. et theolocj. de schola qusa Jlexandrlœ /loriiit, calechctica ; Halle, 182i-2a, in- S". — Malter, Essai historique sur l'École d'Alexandrie. — Vaclicrot, Histoire de l'école d'Alexandrie. — Redepenning, Orifjines ; Bonn, 1841, in-8°. — Neander, de Fidel gnoscos- .que ideas, qua ad se invicem atque ad philosophiam referatur ratione secundum mentem démentis Alex., Ileidcib., 1811, in-8°. — Allgemeine Gesch. der Christ. Religion and Kirche ; Hambourg, 1827, in-8°. — Guérite, Handtnwh der Kirckengefchichte ; Halle, 184S^ 2 vol. in-8°. — Baur, Die Christliche Gnosis ; Tubingue, 183-3, in-8». — Dâline, de rvwcrao ClementiS Alex.: Halle, 1831, in-S". — Bp. Kaye, Account o/ ihc lorittings and opinions of Clément of Alexandria { Londres, 1833, in-8°. — David.son, Sacred Hermeneutics; Edimbourg, 1843, in-8°. — Reinecken, Disser. sur saint Clém. d'ALfS" édition, Varsovie, 1851.

* CLÉMENTou CLEMÈs (K)>ïi(JLYi(;),dit leGrcc, disciple de saint Paul, était un citoyen de Pbilippes, en Macédoine (sur la frontière de ïhrace), qui donna asile à ce grand apôtre pendant la persécution que celui-ci éprouva dans cette ville, et fit d'autres œuvres, pour lesquelles il mérita, « avec sesauti-es collaborateurs (1), d'être inscrit dans le livre de vie «. Ce passage semble prouver que Clément le Grec resta dans sa patrie , et . qu'ainsi il n'a rien de commun avec Clément romain, disciple de saint PieiTe.

La similitude du nom seul , ou peut-être le désir de donner deux apôtres pour fondateurs dtt souverain pontificat, semble avoir porté Origène (2), Eusèbe (3), saint Épiphane (4) et saint Jérôme (5), à dire que saint Clément le pontife de Rome était le disciple rencontré par saint Paul à Philippes. Mais saint Irénée, qui leur est antérieur, et qui le premier a donné la généalogie des évêques de Rome, n'en dit pas un mot; et rien ne paraît mieux établi que l'origine romaine de Clément, pontife de cette ville. Saint Chrysostome Tatteste lui-même, et distingue ces deux personnages (6). Dans les récits si détaillés des Clémentines , le texte grec ou le texte latin, quoique différents, auraient parlé des liaisons ultérieures du disciple de saint Pierre avec saint •' Paul, puisque .sa sainteté en aurait été augmentée. C'est donc avec raison que le dernier

(1) MsTà RXiifAEVio; xai tûv Xotuwv (juvepYw^ [xou , wv xà ôvôfAaTa ev BiêXw Çtoyji; ( Lettre de saint Paul et de Timothée aux Philipp., IV, 3.)

(2) Comment, sur saint Jean, I, 29.

;3) Hist. ecc, m, IS.

(•4) Hœres., XXVII, 6.

(5) Catal., 15.

(6) Sur les Actes des Apôt., Hom. Il, et surTimoth., c. l.

(îditeiir des Pères apostoliques, le savant Hefele (1), a établi que le disciple de saint Paul était un citoyen de la ville de Pliilippes, et n'avait de commun que le nom avec Clément romain. Déjà Gieseler, Guerike et Jacobson avaient fait cette distinction. On ne sait rien de plus sur Clémès de Pliilippes que le témoignage de saint Paul et de Timothée. Il vivait par conséquent vers le milieu du premier siècle. Il n'y a pas de date dans les livres sacrés, et les écrivains postérieurs ainsi que les savants de la renaissance tendent à faire remonter le plus haut possible tous les événements relatifs au berceau du christianisme. Isambert.

Epist. ad Philipp., IV, 3. —Saint Chrysostoine , £?omel. sur les actes des Apôtres. — He!élé, Dissert, sw l'ÊpUre de Clément; Rome, 1842.

CLÉMENT, en latin Clemens, nom commun à quatorze papes, que voici dans leur ordre chronologique.

CLÉMENT, iîomain (Saint), premier ou troisième pontife de Rome après les Apôtres, né dans cette capitale, vers l'an 30 de notre ère, de Faustus, noble romain, allié à la famille des Césars, et de Mattidie, fille d'un patricien- Disciple de saint Pierre en Palestine , institué par cet apôtre chet (évéque) de l'Église de Rome, il gouverna cette Église pendant environ neuf ans (de 91 à l'an 100 ) , et mourut la troisième année de Trajan. L'importance de ce pontife et le rang qu'il occupe dans la succession des papes, ainsi que le mérite des écrits qui lui appartiennent, ou qui ont été publiés sous son nom, appellent une notice détaillée, qui d'ailleurs fera connaître la primitive Église depuis son berceau jusqu'au coiïmiencement du deuxième siècle.

La conversion de saint Clément se trouve dans un écrit, probablement rédigé par luimême , puis considérablement amplifié pour l'édification des fidèles. Ce fut un Alexandrin qui le traduisit en grec , sous le titre d'Ayiagnosis, ( necognitio ), ou mémoire divisé en vingt chapitres où livres ajjpelés homélies. Cet écrit, dont au quati-ième siècle il existait deux textes assez différents, a été abrégé en dix livres , et retraduit en latin, par Rufin, prêtre d'Aquilée, par l'ordre de son évêque , Gaudence. L'antiqmté chrétienne n'adresse aucun reproche d'hétérodoxie à ce récit , et elle l'a au contraire beaucoup recommandé , comme émané d'nn vrai chrétien; il contient sur les travaux de saint Pierre en Orient, sur sa famille, et sur ses disciples particuliers , des renseignements précieux, qui ne se trouvent pas dans les Actes des A[)ôtres. La lettre de Clément à l'apôtre Jacques, qui lui est postérieure , selon Rufin, ainsi que la lettre de l'Église de Rome écrite aux Corinthiens, confirment d'ailleurs la tradition qui conduit l'apôtre saint Pierre à Rome, pour y finir, ainsi que saint Paul, sa vie dans lemartyre.

(1) Dissertation sur l'épîtrede Clément romain ; 2^ édit.,

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Saint Clément donc, car c'est lui qui parle, ou qu'on fait parler dans l'écrit dont il s'agit, surnommé les Clémentines, raconte (1) que dans sa jeunesse il avait éprouvé de l'enseignement des divers philosophes connus à Rome un grand vide, surtout au sujet de l'immortalité de l'âme, tandis qu'il avait appris que sous Tibère ( mort eh l'an 37 ) un homme annonçait depuis le printemps (2) une doctrine plus consolante, et qu'il avait prouvé sa mission divine. L'automne de la même année (3) (c'est sans doute un anachronisme), un des disciples de ce pi'ophète ( J.-C), disciple qu'on ne nomme pas, et qui ne peut être que saint Pàul, avait invité les Romains à se convertir. Émue par sa prédication , l'âme inquiète du jeune Clément abandonna sofl pays ( on verra plus tard que son père et sa mère n'étaient plus à Rome), et alla s'embarquer à Porlus pour l'Orient. Il débarqua d'abord à Alexandrie d'Egypte, où il avait, à ce qu'il paraît, d'importants intérêts à régler, y fit la connaissance d'un Juif, autjie disciple dtrprophète (J.-C), nommé Barnabas, qui y avait organisé une société religieuse. Mais celui-ci se trouva eft butte à la coalition des sophistes, qui cherchaient à tourner ses enseignements en ridicule, et qui, n'y pouvant réussir, eurent recours à la violence. Clément, profitant du crédit que lui donnait dans la cité sa condition de citoyen romain opulent, donna un asile à Barnabas dans sa maison, et paraît lui avoir sauvé la vie. Barnabas, iie pouvant tenir à Alexandrie devant le danger de sa position , retourna en Palestine , où Clément promit de le suivi^e quand il aurait terminé ses affaires. Quelque temps après en effet Clément s'embarqua pour Césaréc-de-la-Mër, où il apprit, à son arrivée, que Pierre, le plus accrédité des disciples du prophète (c'est le nom que l'écrivain donne toujours à J.-C. ), allait entamer une controverse publique avec Simon de Gitthes en Samarie (4),

(1) Nous nous servons de l'édition complète que vient d'en publier le D. Dressel; Gœtting, 1853, in-8" de 430 et I VIII pag.

! (3) Cet anachronisme résulte 1° de la suite du récit, où ! il n'est plus question de J -C, dont la prédication a duré i au moins trois ans, s'il n'a pas vécu cinquante ans, selon ! rÉvangile de saint Jean et l'interprétation d'irénée ; 2° de ce que la prédication faite pour la première fois à Rome date de l'an 61, et de l'époque où saint Paul y fut envoyé d'abord comme prisonnier; 3° mais surtout de ce I qa'if n'est rien dit, même par allusion, du jugement infâme et de l'exécution barbare de J.-C.

(4) Dans VfJom. Il, § 21, Gitthes, ou GiUa, pafjie de Simon, est placée à six schœnes de Samarie. Le sebœne est une mesure exclusivement égyptienne, et révèle l'origine alexandrine du rédacteur de la version grecque des mémoires par lesquels Clément romain a décrit les circonstances de sa conversion au christianisme.

D'après V Onomasticon d'Eusèbe et de saint Jérôme, Gitthes, la même évidemment qup Gitta, était alors un bourg, situé entre Jamnia et Samarie. Robinson, dans ses savantes recherches bibliques ( 111, U'f, à la note), propose de le placer au village moderne de Kuryel-Jit' il l'ouest de Naplonse ; mais ce village est au nord-est d'Antipatris, et à une distance de 6 kilomètres à peine de Sébastieh, anc. Samarie. Il faut donc placer de préférence Gitta au village moderne de Beith-Dejan, on Beit-

Dagon, qui en est à environ 21 milles géogr. ou 43 kilom. 1/2; le petit scliœne , selon Hérodote, tel qu'il est cval;;é par M. Jomard ( Mém. sur le syst. métr. des Égypt., 1809 ) est d'environ 6,000 m.; la distance donnée par les Clémentines est donc de 36 à 40 kil. Voyez carte de Kiepert, 1840.

(1) T. grec, I, 16 ; t. latin; I, 43. "

f2) T. gr.. 1,20; lat. I, 17.

(3) Le texte grec, II, 1, en nomme seize, dont le principal était Zacchée, ancien receveur des péages, qui avait été l'Iiôte de .I.-(J., et les derniers Nicétas et Acylas ou Aquila, ex-disciples de Simon; le texte latin, n,rl, n'en nomme que treize.

(4) Texte grec, II, § 32

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(£ui professait les arts magiques, et séduisait la population en arrêtant la propagation de l'Évangile des Apôtres. Clénaent, avide de discussions religieuses, se rendit à l'assemblée, où il rencontra Barnabas, qui le présenta à saint Pierre. L'apôtre lui fit une cordiale réception, en le remerciant de l'appui qu'il avait donné dans Alexandrie à ses frères ; et il l'invita à le suivre dans les divers lieux où il se proposait d'enseigner la nouvelle religion , jusqu'à ce qu'il pût se rendre à Rome avec lui (1). On voit que cet écrit et ses annexes ont pour but de suppléer aux lacunes des Actes de Apôtres, et d'établir la liaison de saint Pierre avec la fondation de l'Église romaine. Clément commença à écrire sous la dictée de saint Pierre, à l'apôtre saint Jacques , évêque de l'Église de Jérusalem , le récit de ses prédications et de ses succès contre la secte de Simon (2). Il avait été convenu entre les deux apôtres que saint Pierre lui rendrait ce compte tous les ans , comme si l'Église de Jérusalem fût la mère et maîtresse de l'Église naissante. Le lendemain de cette première entrevue ( c'est l'objet de la de\]xième homélie ou du deuxième livre des Clémentines ) , Clément se trouva chez saint Pierre, avec ses disciples (3) ; on y raconta l'histoire de Simon le Samaritain de Gitthes, qui fut, dit-on, élevé à Alexandrie dans les lettres grecques et initié aux mystères de la magie. De retour en Palestine, après la mort de saint Jean le précurseur, qui s'était choisi trente disciples, nombre égal aux jours du mois lunaire ; et lorsque J.-C. avait réduit ses disciples à douze, en raison du nombre annuel des mois , Simon était devenu le chef des trente disciples Joannistes. Dosithée, l'un des trente, pendant un des voyages de Simon avait cherché à le supplanter* Mais à son retour, celui-ci avait été assez habile pour réduire Dosithée à la soumission, et s'était servi d'Hélena, ou de Luna, l'une des disciples de saint Jean, pour séduire les esprits; il était parvenu à se faire un parti, en la représentant comme la sagesse incarnée, et eu faisant prononcer par sa bouche ses propres oracles; il prétendait aussi faire des miracles, et entre autres celui d'imprimer aux meubles un mouvement spontané (4) ( tables tournantes ). Les disciples , qui s'étaient retirés de lui à cause de son charlatanisme et de son immoralité , croyaient néanmoins à ses miracles. — La controverse s'engagea

publiquement entre Simon et saint Pierre (l). Simon soutint la pluralité des dieux, même d'après le texte des livres juifs (2) ; mais au bout de trois jours, se sentant vaincu, il se retira à Tyr. L'apôtre, après avoir institué Zaccliée, malgré sa résistance , comme chef ou évêque de la nouvelle Église qu'il venait de fonder à Césarée , envoya Clément et deux autres de ses disciples à Tyr, ses précurseurs, pour arrêter la propagation des calomnies de Simon. Clément raconte qu'à leur arrivée dans cette cité , ils reçurent l'hospitalité de Bérénice, fille de Justa , la Chananéenne , où ils apprirent les jongleries de Simon , et notamment celle qui consistait a faire marcher les statues (3). Du reste, Simon ne les attendit pas, et se réfugia à Sidon. Cependant il avait laissé Appion Piistonice , célèbie gi-ammairien d'Alexandrie, et àmi du père de Clément, un astrologue de Diospolis, et un Athénien de la secte d'Épicure. Appion se rendit avec ses amis et un nombreux cortège pour désabuser, disait-il , cet hôte distingué, qu'il avait connu à Rome, des séductions exercées sur sa jeunesse par Pierre avec les doctrines des barbares (les Juifs), et lui reprocha d'abandonner la religion de ses pères. On prit rendez-vous pour s'expliquer, dans un jardin bien ombragé, offert par un Tyrien opulent. Là Clément s'attacha à réfuter les erreurs du polythéisme, qui, disait-il, quoique faux, avait été jusque là utile à la société, et à établir la supériorité de la nouvelle religion. Seule elle offrait un grand encouragement à la vertu, par la prédication d'uneautre vie, dans laquelle il y aurait des récompenses et des peines. Pendant cette controverse, Appion se trouva indisposé : c'était le même personnage (4) qui a écrit plusieurs ouvrages contre les JuMk Pendant un séjour qu'il avait fait à Rome, dans la maison du père de Clément, il avait cru remarquer que la tristesse de celui-ci était le résultat d'un amour méconnu. Appion lui proposa d'employer pour le guérir deux moyens , la magie, ou la séduction : Clément repoussant l'efficacité du premier, feignit de souscrhe à l'emploi du second. Son hôte lui apporta alors im projet de lettre, dans laquelle, pour amener la dame à condescendre aux ardeurs du jeune homme, il employait comme arguments les nombreux exemples tirés des amours adultères, et même contre nature, des dieux du paganisme. Sa rédaction en est libre jusqu'au cynisme; et l'on aurait bien fait de ne pas recommander la lecture de l'ouvrage qui la contient, ou d'en retrancher les détails. Clément laissa croire à Appion qu'il l'avait envoyée à son adresse , et lui communiqua la réponse que la dame était réputée avoir faite à l'insolente missive. Dans cette réponse on trouve un grand et juste éloge de la chasteté, et une vive censure

(1) T. grec, Ilom., III, § 29 et suiv.;t. latin, 11, § 19.

(2) Grec, III, 38; latin, 11, 3 9.

(3) Hom., IV, 1. 14.

(4) Hom., V, 1.

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(le l'impureté et de la con-uption des dieux de la Grèce, La lettre se terminait par l'invocation de la doctrine du prophète juif , dont la renommée était venue jusqu'à Rome. « J'ai donc bien raison de détester ces Juifs, « s'écria Appion. Clément lui fit alors l'aveu de la feinte , afiu de connaître son opinion sur la moralité de sa religion, et ajouta que lui se sentait entraîné vers la religion nouvelle , qui lui semblait plus pure. Appion , de retour à la conférence, ne nia pas ce qui s'était passé à Rome, mais prétendit qu'il n'avait voulu que travailler à la guérison morale du fils de son hôte, et que les exemples qu'il avait tirés des amours des dieux n'étaient que des fictions , et des attributions différentes de ces divinités, qu'on ne devait accepter qu'à titre d'allégories, pour expliquer au vulgaire les phénomènes physiques. Clément lui répondit que ces allégories n'étaient pas moins funestes que celles qui les représentaient comme des réalités , puisqu'elles avaient pour lésultat de diviniser le vice. A son arrivée à Tyr, saint Pierre fit un grand éloge de la réfutation qu'avait faite Clément de la doctrine d' Appion ; celui-ci d'ailleurs avec ses amis avait déserté le terrain de la discussion, et avait été rejoindre Simon. Saint Pierre fonda une nouvelle éghse à Tyr, et poursuivit sa route; arrivé à Sidon avec ses disciples , il trouva ses adversaires partis pour Béryte.Il prit à Sidon les mêmes mesures qu'à Tyr, et s'embarqua pour Béryte, où arriva un tremblement de terre (1). Simon et les autres ne manquèrent pas d'attribuer cette calamité aux sortilèges de saint Pierre. Cet apôtre proteste devant le peuple qu'il n'était pas un magicien, et qu'il ne voulait pas faire périr ses adversaires, même Simon , qu'il préférerait convertir. La population poursuivit alors à coups de pierres ce faux prophète et ses disciples, qui se sauvèrent àByblos, et n'encontinuèrentpas moins leurs manœuvres. Saint Pierre les y suivit, mais les trouva partis pour Tripolis, ou il ne tarda pas à les joindre (2). Là, pendant qiuitre jours, l'apôtre se Tivra publiquement, en présence de ses disciples, à de longs développements sur les principes de la nouvelle religion, pendant que Simon émigrait en Syrie (3). C'est là qu'enfin il baptisa Clément (4). H recommanda à tous les néopliytes de se maintenir en communion avec saint Jacques, frère de J.-C, chef de l'Église des Hébreux à Jérusalem, institua Marcon , son hôte , évêque ou chef de l'église fondée dans cette ville (5), et se dirigea vers Antioche , par Ortho&ia, Antaradus, et Laodicée (de la mer) (6). Dans la seconde de ces villes, il trouva une pauvre femme mendiant auprès d'un temple païen, et dont les mains étaient paralysées. Secourue par l'apôtre , cette femme lui raconta ses infortunes : elle était issue

{{) nom., VI, § s et 8.

(2) Fin -de VHom. VU

(3) Hom. VIII, § 3.

, (4) Jïom.,XI.5, 35.

{3)Ibi(l., § 36.

(6) Uom. XII.

d'ime illustre famille; mais exposée aux poursuites du frère de son mari , qui voulait attenter à sa vertu , elle lui avait caché sa trahison et feint un motif grave pom- s'éloigner de lui, afin que son absence fît tomber celte passion adultère. Elle avait obtenu la permission de se rendre à Athènes avec deux fils jumeaux, en laissant le troisième avec son mari. Mais elle avait fait naufrage sur l'île d'Aradus , et s'était sauvée sans ses enfants : elle avait été recueillie par la veuve d'un pauvre matelot, que les infirmités mettaient dans l'impuissance-de pourvoir sans l'assistance publique , à leur subsistance commune. Elle n'avait plus de nouvelles de son max'i, qui était allé à sa recherche, ni de son autre fils. Saint Pierre lui fit reconnaîtie ce fils dans son disciple Clément. Mattidie , car c'était elle , se convertit à la foi nouvelle. L'apôtre la reçut dans la société de sa femme, qui voyageait dans ces contrées avec lui (1). A Laodicëe,une nouvelle reconnaissance se fit au profit de cette chaste mère. Nicétas et Aquilas, disciplesde saint Pierre et compagnons de Clément, étaient ces frères jmneaux, qu'on croyaitmorts dans le naufrage d'Aradus ; ils avaient été enlevés par un pirate, et vendus à Césarée, oii ils avaient été élevés dans les lettres grecques par Justa, séduits par l'imposteur Simon, et ramenés dans la bonne voie par Zacchée, disciple de l'apôtre. Ils reprirent aussitôt les noms de Faustin et Faustinien , qui étaient ceux de leur naissance (2). Enfin, un vieillard, récemment arrivé de Séleucie à Laodicée, se présenta devant saint Pierre ; et d'après les détails qu'il lui fit connaître sur les motifs qui l'avaient amené en Orient, l'apôtre reconnut que ce vieillard n'était autre que ce mari, parti à la recherche de Mattidie et de ses fils. Cette cruelle perte l'avait jeté dans la misanthropie. En se réunissant à sa famille retrouvée tout entière , malgré sa reconnaissance pour saint Pierre , il tenait aux doctrines du paganisme, et à la secte de Simon en particulien Son fils Clément parvint cependant à le rapprocher d'eux, quoique Simon fût accouru d'Antioche pour empêcher sa conversion. Il s'appelait Faustus. Simon renouvela ses controverses avec saint Pierre (3) ; mais dans ses efforts prolongés il ne fut pas plus heureux , et apprenant que le centurion converti Cornélius était venu de Césarée à Antioche, par ordre de l'empereur, pour l'arrêter, il se sauva en Judée , après avoir laissé à Laodicée ses disciples Appion et Annubion, pour veiller sur Faustus. Avant de quitter Antioche, Simon avait tellement calomnié saint Pierre auprès des habitants, que ceux-ci étaient résolus à le lapider s'il se présentait dans leur ville. Ici le texte grec raconte (4) une transfiguration que, par son art magique, l'imposteur était parvenu à

(1) Hom. XII, § 12-23, et XIII, 1.

(2) i/om. XIII, §.3-9.

(3) Hom. XV, XVI, XVII, XVIII et XIX.

(4) Hom. XX, §12.

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exercer à lY^gard de Faustus , auquel il avait imprimé sa ressemblance. Saint Pierre en aurait profité pour envoyer Faustus à Antioclie, et celui-ci, sous cette figure, aurait déclaré qu'il avait calomnié saint Pieire, et pour ramener les esprits en sa faveur. Rufin, dans sa lettre à Gaudence, déclare qu'il n'avait pas trouvé cette fiction dans l'exemplaire qui a servi à sa traduction. Quoi qu'il en soit, saint Pierre, trouvant les voies préparées par Faustus, se rendit avec Clément et ses autres disciples dans cette cité, où il convertit Faustus et Annubion à la vraie refigion ; il y fonda, ainsi qu'il l'avait fait à LaodJcée , une église , et lui donna Théophile pour premier pasteur (1).

Là finissent les vingt homélies, et les dix livres de Rufin, que l'antiquité nous a transmis comme l'a'uvre de saint Clément , et qui sont sans doute entachés, coiïim.e tous les écrits du premier et du second siècle, de beaucoup d'interpolations, mais qui respirent, au jugement de Neander, les sentiments qu'ont éprouvés les premiers d'entre les païens qui se soient convertis par un effort de leur raison.

On sait que c'est après la fondation de l'ÉgUse d'Antioche que les nouveaux convertis prirent le nom de chrétiens. U n'est pas dit, mais il est probable, puisque le récit des Clémentines s'arrête là, que saint Clément retourna immédiatement à Rome avec sa famille, et employa sa foi'tune au profit de la société chrétienne.

Les Clémentines ne parlent pas, comme saint Justin, du voyage que le Samaritain Simon aurait fait à Rome, de l'impression considérable que par ses artifices il aurait faite sur le sénat et sur le peuple au temps de l'empereur Claude, c'est-à-dire eutre l'an 41 et l'an 54, et enfin de la statue qu'on lui aurait élevée dans une île du Tibre avec l'inscription Simoni I)ei sancto (2). La découverte qu'on a faite, en 1574, de la base de la statue, avec l'inscription Semoni sancto, a démontré qu'il s'agissait du dieu des Sabins , et nullement du magicien juif.

N'est-ce pas un fait remarquable que les Clémentines se soient préservées de.cette erreur, et n'estce pas une preuve qu'elles dérivent d'un ouvrage original, antérieur à l'époque où Justin écrivait ?

On a du moins la preuve, par la mention qu'en fait Origène (3), écrivain du commencement du troisième siècle , qu'elles existaient et étaient lues par les chrétiens avant cette époque. On possède avec elles : 1° une lettre en grec et en latin, écrite par saint Pierre à Jacques, seigneur et évêque de la sainte Égfise instituée par J.-C, dans laquelle le grand apôtre recommande au

d) Texte latin seulement, X, 72.

(2) Justin, Apol. V«, § 26. Voy. Otto, 2^ éd., 1847, et la note.

(%) Sur la Genèse, Pliélec., c. 22, et sur l'Évang. de Matt., c. 6. — Elles sont aussi citées par Eusèbe, Hist ceci., III, 38; saint JérOme (Catal. ), y. Clément.; Comm. sur rép. aux Galat., 1 , 18 saint Épiphane, Her., XXX, IS , qui reproche aux liérctiqucs d'en abuser ; et par d'autres écrivains, trop récents pour qu'il soit utile d'en parler.

saint évêque de ne communiquer qu'aux fidèles ( et non aux gentils ) le récit de ses prédications, écrit sous sa dictée par saint Clément; 2'' une espèce de procès-verbal de la délibération du clergé de Jérusalem, par laquelle, après avoir reçu dô leur évêque communication de ces documents , les membres de ce clergé s'obligent à n'en faire usage qu'avec la plus grande discrétion , ce qui s'accorde fort bien avec l'état d'une société encore secrète ; 3° enfin , une longue lettre de saint Clément lui-même au même évêque, comme chef de toutes les égfises, dans laquelle il l'informe que Simon-Pierre, le chef des apôtres , est venu à Rome pour éclairer l'Occident , et qu'il y a péri de mort violente (piaîw!;). Il ajoute qu'avant sa mort saint Pierre l'avait présenté à ses frères, et l'avait institué malgré sa vive résistance évêque de l'église de cette cité. Saint Clément avait insisté sur les difficultés et les dangers de cette mission ; , mais l'apôtre en avait conclu qu'il ne pouvait | faire un meilleur choix. Du reste, il s'était long- 1 temps étendu sur les devoirs du pasteur et de ses coopérateurs ; il lui avait recommandé surtout de marier les jeunes gens, et même les vieillards, afin de remédier à la corruption des mœurs et de diminuer le nombre de5 adultères et autres désordres contraires à la chasteté; d'établir la vie en commun parmi les chrétiens , lie visiter les prisonniers , d'éviter les recours à ia justice, et de remettreladécisionde leurs différends à l'arbitrage du clergé ; d'observer une stricte probité, de catéchiser les ignorants ; enfin , de pratique!' l'obéissance à leur chef.

Rien de plus pur que la morale de cette lettre. On attribuait du temps de saint Chrysostome la rédaction des Actes des Apôtres , dont l'auteur est resté anonyme, tantôt à Barnahas, tantôt à saint Clément, et tantôt à l'évangéliste saint Luc. C'est à ce dernier que l'archevêque de Constantinople donne la préférence (1) ; en effet, s'il en eût été autrement, la composition des Clémentines eût passé dans les Actes des Apôtres, au moins par abréviation, avec les nombreuses fondations d'églises dont elles font le mérite exclusif à saint Pierre, tandis que la deuxième partie de ces Actes, rédigée évidemment par un compagnon de saint Paul, neparlequedes égfises de cet apôtre.

Parmi les premiers pontifes de Rome , la tradition place avant saint Clément saint Lin et saint Clet ou Anaclet , d'après le témoignage formel de saint Jérôme (2). La plupart des Latins le donnent comme successeur immédiat de saint Pierre ; selon Tertullien aussi (3), il fut institué directement par cet apôtre ; enfin , saint Clément luimême, dans sa lettre à l'évêquede Jérusalem, a moins qu'on ne la suppose tout à fait apocryphe, établit qu'il a été proposé et accepté sans obstacle. Saint Irénée est le premier (4) qui ait

(1) Hom. II, sur les Jctcs, éd. 1840. tom. III, p. 9îî.

(2) Catal., v°. Clément.

(3) De Prœscrip., liv. 32.

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