CLISTHÈNE
Jean V deMontfort, duc de Bretagne, ayant donné au célèbre Chandos le château de Gavrc, Clisson jura qu'il n'aurait pas un Anglais pour voisin, alla attaquer le château , et le démolit entièrement. Forcé alors de quitter la Bretagne, il vint à la cour de Charles V, où il fut comblé de faveurs. Il devint en 1370 le frère et le compagnon d'armes de Duguesclin, avec lequel il contribua à délivrer la France du fléau des grandes compagnies. R voulut ensuite retourner en Bretagne, et il y fut eu effet bien reçu; mais le duc, qui conservait contre lui un profond ressentiment, avait ordonné en secret à Balavan, commandant du château de L'Hermine, de le saisir, le coudre dans un sac , et le précipiter dans la mer. Balavan conserva son prisonnier, dans l'espoir que le duc de Bretagne se repentirait bientôt d'un ordre si cruel. En effet , Jean de Montfort consentit, peu de temps après, à rendre à Ciisson sa Uberté, moyennant une rançon considérable; il se réconcilia même depuis sincèrement avec lui. En 1380, Charles V, au Ht de la mort, désigna Clisson comme le seul homme capable de remplir le poste de connétable pendant la minorité de Charles VI. Olivier commanda en cette qualité l'avant-garde de l'armée française à la bataille de Rosbecq, où les Flamands perdirent vingt-cinq raille hommes. Il s'occupait du projet de chasser les Anglais du sol de la France, lorsque, dans la nuit du 13 au 14 juin 1393, il faillit être assassiné par une troupe de brigands que commandait Pierre de Craon , son ennemi particulier. {Voîj. Craon [Pierre de]). Olivier de Chsson , l'un des plus habiles" généraux de son siècle, l'ami et le compagnon d'armes de Duguesclin, auquel on l'a souvent comparé , se déshonora par une incroyable avidité pour l'argent. Il jouit cependant d'une faveur constante sous le règne de Charles V et dans les premiers temps de celui de Charles VI ; ces deux princes appréciaient ses talents et savaient qu'il leur était nécessaire! Mais dans les troubles qui signalèrent la démence de Charles VI, les nombreux ennemis qu'il s'était faits se réunirent pour l'accabler : il fut dépouillé de toutes ses charges, accusé de maléfices, et condamné à une amende de cent mille marcs d'argent. Il se retira alors dans son château de Josselin, où il mourut, laissant une fortune évaluée à 1,700,000 livres, somme prodigieuse pour le temps.
Saint-Foix, Essais siir Paris.— Sismondi, Hist. des Français. — Henri Martin , Hist. de France. — Le Bas , Dict. cncycl. de la France.
CLISTHÈNE (KXsKreévnç) , fils d'Aristonyme et tyran de Sicyone , mort vers 580 avant J.-C. Descendant d'Orthagoras, qui, un siècle auparavant, avait fondé cette dynastie, et petit-fils de Myron, il succéda à ce dernier. En 595, il assista les amphictyons dans la guerre sacrée contre Cirrha, guerre qui, après dix ans, finit par la destruction de la ville coupable. Nous trouvons
ensuite Clistliène eu guerre avec les Argiens. Telle était sa haine pour ce peuple, qu'il défendit de clianter les poésies d'Homère parce qu'elles étaient consacrées à la gloire d'Argos , et il fit tous ses efforts pour détruire le culte institué à Sicyone en l'honneur d'Adraste héros argien. Otfried Miillerîrattache les hostilités contre Argos au dessein formé par Clisthène d'abaisser et d'avilir les tribus doriennes de Sicyone. Ce prince imposa en effet à trois des tribus de cette ville les noms ridicules de Tà-rat , 'OvEâtat , Xotpsôcxat , dont les racines uç, xoïpoç et ôvo; signifient pm'c et âne; et réserva pour la quatrième, dont il faisaitpartie lui-même, le nom royal de Apx^.aot. Cependant son pouvoir fut, si nous en croyons Aristote, modéré, populaire et glorieux. Ami des ai-ts, Clisthène fit construire, avec les dépouilles de la guerre sacrée , une colonnade mentionnée par Pausanias. Ce prince, voulant marier sa fille Agariste, déclara qu'il la donnerait au meilleur des Grecs. Des prétendants accoururent à Sicyone de toutes les parties de la Grèce, et parmi eux se trouvait Mégaclès d'Athènes , fils d'Alcméon. Après un an d'épreuves , le prince de Sicyone choisit Mégaclès. Nous ignorons la date exacte de la mort de Clisthène ; mais comme il remporta le prix de la course des chars aux jeux pythiques, en 582, sa mort est certainement postérieure à cette époque.
Hérodote, V, 6T, 68 ; VI, 126-130. — Aristote, Polit., V, 12. — Athénée, VI, 12. — Paasanias , X, 37. ?— Ottried Muller, Die Dorier, I,'8; III, 4.
CLISTHÈNE , homme d'État athénien , fils de Mégaclès et d' Agariste, et petit-fils du précédent , vivait dans le sixième siècle avant J.-C. Chef desAlcméonides, famille puissante, de tout temps ennemie des Pisistratides, qui l'avaient exilée en' Macédoine', il songea à renverser Hippias. Aidé d'une foule de mécontents qui l'avaient suivi dans l'exil , il gagna la pythie , et obtint, par le moyen de celle-ci, les secours des Spartiates. Il marcha ensuite contre Hippias, et le força d'abdiquer la tyrannie, en 510. Après avoir renversé le dernier des Pisistratides , Clisthène, nommé archonte, eut encore à lutter pendant plusieurs années contre le parti puissant d'Isagoras. Pour triompher de ce rival , il ne vit d'autre moyen que de s'appuyer sur les classes inférieures et de supprimer les obstacles que Solon avait mis aux progrès de la démocratie; Il n'est donc pas vrai que Clisthène ait , comme l'a dit Isocrate , rétabli les lois de Solon; l'assertion contraire serait plus exacte. Les quatre anciennes tribus, qui avaient pour base la fortune , furent remplacées par dix tribus nouvelles, dont la répartition, purement locale, détruisit le pouvoir des anciennes familles aristocratiques. Au nombre des institutions fondées par Clisthène, on place l'ostracisme, et Élien ajoute qu'il en fut la première victime. Isagoras, incapable de résister plus longtemps à son ennemi , sollicita les secours de Çléomène I", roi des Spartiates. Celui-ci ac-
CLISTHÈNE — CLITOMACHUS
courut, et demanda aux Athéniens le bannissement de GUsthène et des autres Alcméonides, sous prétexte que cette famille était restée souillée dumeurtie de Cylon : ill'obtint; mais, non content de cette première concession, il demanda l'abolition du conseil des cinq cents et l'établissement d'une oligarchie de trois cents membres. Le conseil résista, et fut soutenu par le peuple. Çléomène et Isagoras, assiégés dans l'acropole, capitulèrent au bout de trois jours, et quittèrent Athènes. Clisthène et ses partisans furent rappelés.
Hérodote, v, 63, 66, 69, 73 ; VI, 131. — Isocrafe , Areopag. — Arist., Polit., VI, 4. — Élien, p^ar. hist, Xdl, 2». — Diodore, XI, 53.
CLiTARQUE (KXsiTOpxoç), historien grec, fils de Binon l'historien, vivait ver? 330 avant J.-C. Il accompagna en Asie Alexandre le Grand, etécrivit l'histoire de ce prince. On a prétendu que Quinte Curce avait pris l'ouvrage de Clitarque pour base de ses propres récits, et n'avait souvent fait que le traduire. Cependant nous voyons dans un passage l'historien romain contredire Clitarque et même l'accuser de négligence. Cicéron reproche à l'historien grec d'avoir, dans son récit de la mort de Thémistocle , mêlé la fable à l'histoire. Quintilien déclare que Clitarque est plus ingénieux que véridique, et Longus le trouve frivole et enflé. Malgré ces défauts , Clitarque jouit chez les anciens d'une grande célébrité ; il est souvent cité par Pline, Athénée, Strabon, et semble avoir servi de guide, malheureusement bien infidèle, àTrogue-Pompée, à Diodore et à Quinte-Curce. Les fragments de Clitarque ont été recueillis par M. Ch. MûUer dans ses Scriptorum derehus Alexandri M. fragmenta, à la suite de VArriani Anabasis et Indica, publiée par M. A.-F. Didot; Paris, 1846, in-8°.
On a souvent, mais à tort, confondu Clitarque l'historien avec un glossographe du même nom , auteur d'un lexique ( rj îrepl yXwao-wv Ttpayjj-aTEia ) souvent cité par Athénée.
Pline, Hist. nat., X, 49. — Cicéron, de Legib., I, 2 ; Brutus. — Quintilien, Inst. orat., X, L. — Longia , de Sublim., 3. — Fabricius, Bibl. grsec, III, — Vossius, de Hist. grœc.
CLITODÈME. Voy. Cleidème.
CLITOMACHUS (KX£iT6[j,axoi;) , athlète grec, né à Thèbes, vivait vers 220 avant J.-C. Il remporta dans un seul jour, aux jeux olympiques, le prix de la lutte, celui du pugilat et celui du pancrace. Pour conserver ses forces, il se soumettait rigoureusement au régime de continence et de sobriété imposé aux athlètes.
Suidas, au mot KXeiTOjxaxoç. — Pausanias, VI, is. — Élien, Var. hist, III, 30. — Brunck , Analecta, 1. 1, p. 488.
CLITOMACHUS, philosophe gi'ec, d'origine punique, né à Carthage, vers 186 avant J.-C, mort vers 110. Il se nommait Asdrubal dans la langue de son pays. Il quitta l'Afrique vers le milieu du second siècle avant J.-C, et vint à Athènes suivi'e les leçons du fondateur de la nouvelle académie, Caméade, auquel il succéda
CLITOMACHUS — CLITUS
■ ea l29. Sans ajouter aux arguments de soû maître contre l'autorité de la raison, il se distingua par une connaissance profonde des écoles péripatéticienne et stoïcienne. Diogène Laerce lui attribue plus de quatre cents volumes, dont il ne reste que les titres. Disciple fidèle de Carnéade, il se contenta d'exposer les doctrines de son maître; il assurait d'ailleurs n'avoir jamais pu savoir à quelle opinion ee philosophe donnait la préférence. Ses ouvrages semblent avoù- excité l'attention de Cicéron, qui en mentionne plusieurs, entre autres un traité de Sustiniendis offensionibus, un autre SMr la suspension du jugement (Ttspt 'Enoxviç ), et un livre adressé aux Carthaginois pour les consoler après la destruction d e leur ville. Clitomaque avait écrit sur les diverses écoles philosophiques (nepi alpécrEôav). Cet ouvrage était probablement le premier essai d'une histoire de la philosophie.
Wogène' Laerce, IV, 67-92. — Etienne de Byzance, au. mot KapY-/)ôtov. — Suidas, au mot KXstTOtJLKXO?' — Cicéron, Tuscul, III, 22; Jcad., Il, 6, 31, 32. — Fabrlcius, Bibl. grsec, III. — Bruclcer, Hist. pML, 1, 771. — Orelli, Onom., Tutt.,n. ..-.nm^
*CLlTONYME ( KXeitwvvi(aoi; ), historien grec, d'une époque incertaine. Plutarque cite de lui un ouvrage sur l'Italie et un autre sur Sybaris. Quant aux Tragica du même auteur, cités aussi par Plutarque, Vossius y voit un recueil de ces légendes qui servaient ordinairement de sujets de tragédie; mais, d'après une correction adoptée par M. Charles Millier, on lit aujourd'hui dans le texte de Plutarque ©pqjxixwv , au lieu de Tpa- Yixôv. Les fragments de Clitonyme ont été recueillis par M. Charles Mûller, dans les Fragmenta historicorum grsecorum, t. IV, p. 366. Plutarque, /'fisrai?. min., 10, 21. — Vossius, de Historicis graecis.
CLiTOPHON (KXetxoçiov) , historien et géographe grec, né à Rhodes, vivait à une époque incertaine. Plutarque cite de lui les ouvrages suivants : TaXaTixà : Plutarque a tiré de ce livre sur les Gaulois une historiette qui fait pendant à celle de Tarpeia dans Tite-Live. Chez Clitophon, il s'agit de Brennus, roi des Galates, et d'une jeune fille d'Éphèse nommée Démonice qui livre sa patrie aux ennemis et périt étouffée sous l'or qu'elle avait demandé pour prix de sa trahison ; — 'LvStica ; du dixième livre de cet ouvrage Plutarque a tiré une i-ecette médicale pour la jaunisse ; — 'ItaXf/cà; — Ktio-etç , traité sur l'origine des différentes villes : Plutarque en a tiré l'étymologie suivante du mot Lugdunum (Lyon). « Momor et Ateporaar, chassés de leur royaume par Seseroné , résolurent, par l'ordre de l'oracle, de bâtir une ville sur une colline près de la Saône. Les 'fondements n'étaient pas encore jetés , lorsqu'une nuée de corbeaux vint s'abattre sur tous les arbres des environs. Momor, qui était très-versé dans l'ait des augures , appela la nouvelle ville Lugdunum; car dans la langue celtique higum, signifie corbeau, et dunum veut dire colline. K Les fragments de Cht<>phon ont été re-
cueillis par M. Charles Millier, dans les Fragmenta historicorum grsecorum, t. IV, p. 367.
Plutarque, Paraîlel. mira., 15; de Fluv., 25, 3; 6, 4. — Stobée, FloriU, X, 71. — Vossius, de Historicis grsecis. CUTUS (KXeTtoç), amiral macédonien, né vers 365, mort en 318. Dans la guerre lamiaque, en 323, il commanda la flotte macédonienne , forte de deux cent quarante vaisseaux, et battit deux fois , près des îles Échinades , l'amiral athénien Ection. Dans le partage des provinces à Triparadise, il obtint d'Antipater la satrapie de Lydie. Peu de temps après, Antigone vint, à la tête d'une armée, le chasser de son' gouvernement. Clitus, laissant des garnisons dans les principales places de la Lydie, alla demander du secours à Polysperchon , qui gouvernait la Macédoine depuis la mort d'Antipater. Polysperchon lui confia une flotte, avec mission de se joindre aux troupes d'Arrhidée, et d'empêcher les forces d'Antigone de passer en Europe. Clitus avait déjà exécuté la première partie de ses instructions, lorsqu'il fut attaqué près de Byzance par Nicanor, commandant de la garnison de Munychie, envoyé par Cassandre avec plus de cent voiles. Clitus remporta une victoire complète , coula dix sept des vaisseaux ennemis , et en prit quarante ; tous les autres se sauvèrent dans le port de Chalcédoine. Rendu imprudent par sa victoire, il permit à ses soldats de débarquer. Antigone, ayant emprunté aux Byzantins des barques de transport, les fit charger pendant la nuit d'archers , de frondeurs , et autres troupes armées à la légère, et les fi,t arriver au point du jour à l'endroit où les vainqueurs campaient en toute confiance. Ceux-ci firent peu de résistance, et l'arrivée subite de Nicanor leur ferma la seule voie de retraite qui leur restât. La flotte de Clitus fut entièrement détruite , et lui-même , essayant de se sauver en Macédoiue, tomba aux mains de quelques soldats ue Lysimaque , qui le tuèrent.
Diodore, XVIII, 15, 39, 62, 72.
CLITUS, officier macédonien, surnommé Aeuxôç {le Blanc) , pour le distinguer du suivant, vivait du temps d'Alexandre. Il se fit remarquer, selon Élien çt Athéaée, par son luNe et ses prodigalités. C'est lui probablement qui est cité par Justin parmi les vétérans licenciés en 324.
Atliénée, Xtl. — Élien, Var. hist., IX, 3. — Justin, XH, 12. — Arrien, Jnabasis, VU, 12.
CLiTCS, général macédonien, surnommé Mé- Xaç {le Noir), né vers 380 avant J.-C, mort en 328. Il avait pour père Dropides, et pour sœur Lanice ou Hellanice, nourrice d'Alexandre le Grand. Il s'était déjà signalé sous Philippe, lorsque le fils de ce prince monta sur le trône de Macédoine. Il suivit Alexandre en Asie , et eut le bonheur-de lui sauver la vie au passage du Granique, en 334, en abattant la main de Spitiuidate, qui allait porter un coup mortel au jeune monarque. A la bataille d'Arbèle, en 331, Clitus commandait à l'aile droite le corps de cavalerie ap-