‹ Nouvelle constitution du Canada [microforme]Chapitre 36 sur 41 · NOS TRÈS-CHERS FRÈRES · texte numérisé non relu

NOS TRÈS-CHERS FRÈRES

Nous voici arrivés en présence de l’un de ces évènements | qui font époque dans les annales d’une nation. La proclamation impériale publiée ces jours derniers dans la Guzette Officielle qu " Canada, et reproduite par tous les journaux du pays est un de ses actes solennels qui réclament la plus sérieuse attention de .. tous un peuple, le concours de toutes les volontés vers un même #4 but, pour assurer la paix, la prospérité et le bonheur de la patrie #) commune. (Cette proclamation vient nous annoncer la fin pro- < chaine de régime politique sous lequel nous avons vécu depuis » plus d'un quart de siècle, et le commencement d’un nouvel ordre 2" de choses que des obstacles jugés insurmontables ont rendu né- ” cessaire. Îl s’agit d’asseoir notre édifice politique et social sur une base plus large, afin de donner à cet édifice plus de force et de solidité pour résister aux épreuves que la Divine Providence lui donnera sans doute à traverser ; il s’agit de donner à ce nouvel édifice des dimensions et des dispositions qui permettent d'accorder une légitime satisfaction aux intérêts nombreux et variés des différentes nationalités que la même Providence a groupées les unes à côté des autres sur ce sol, parceque ces intérêts en se développant se sont trouvés à l’étroit et sont entrés en lutte sous le régime actuel.

C’est donc, N. T. C. F., un changement de constitution qu’il s’agit d'effectuer et de mettre en opération dans notre pays. Or c’est toujours quelque chose de formidable que la nécessité d’en venir à l’adoption de mesures qui comportent d'aussi grandes conséquences.

Il en est de la constitution d’un peuple, comme de la constitution d’un individu. Elle peut s’altérer avec le temps, rencontrer un ensemble de circonstances, souvent irrégulier, quelquefois impossible. Il faut dans ces circonstances critiques, que les hommes d'Etat imitent la conduite des médecins, qu’ils cherchent et appliquent les remèdes les plus propres à faire disparaitre les maux et à rétablir le bon fonctionnement de tout l’organisme. Lorsque ces tentatives demeurent impuissantes contre a gravité du mal, alors, avant d'attendre une de ces crises qui deviennent souvent fatales, il faut en venir à un traitement énergique et radical, comme font les plus sages médecins dans les cas

extrêmes ; traitement qui ne va à rien moins qu’à altérer pro-

fondément, ou même à changer complètement le tempérament et la constitution d’un peuple comme d’un individu.

Ce n’est pas sans une crainte bien fondée que les plus habiles mêmes, et les plus courageux en viennent à ce parti extrême : car un traitement erroné en pareil cas, pourrait devenir funeste ; comme le traitement convenable et appliqué à propos peut redonner au peuple comme à l'individu une constitution plus forte et plus vigoureuse qu'auparavant.

Cette comparaison, N. TT. C, F., tirée d’un ordre de choses qui vous est tout à fait familier, vous fera comprendre plus facilement combien a été judicieuse et prudente la conduite du peuple canadien parlant et agissant par la majorité de ses représentants dans l’Assemblée Législative, par la majorité de ses hommes d'Etat au Conseil Exécutif. C’est cette réunion d’hommes, l'élite de la nation, qui a formé le conseil des médecins qui ont constaté la gravité du mal, qui paralysait depuis quelques années la marche de la législation, et ont décidé que le remède le plus praticable était d'en venir à un changement de constitution. |

Voici en quelques mots, N.T. C. F., l'historique de cette crise pleine de périls, qui a amené les difficultés dont on cherche et dont on espère la solution dans l’adoption et la mise en pratique du nouvel ordre de choses. |

Le Bas-Canada avait accepté avec une bien grande répugnance, et après avoir épuisé en vain tous les moyens légitimes de In repousser, la constitution qui lui fut donnée après les tristes évè-

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nements de 1837 et 38. Cette constitution si redcutée a eu sans doute bien des difficultés à traverser; mais grâce à la Divine Providence, grâce à la loyauté et à la bonne volonté des hommes chargés successivement de la faire fonctionner, il est incontesta-

. ble aujourd’hui qu’elle a donné un élan jusque là inconnu au dé-

veloppement de toutes les ressources du Canada, et qu’elle a fait : marcher en particulier, d’un pas sûr et rapide vers l’accomplissement de ses destinées nationales, la race canadienne-française,

Mais en même temps les autres races plus Tap prochées entr’elles par la communauté du langage et des 1104, se sont aussi développées avec une telle rapidité, par le fait surtout d’une immigration incessante et des facilités d'établissement que lui présentait le Haut-Canada, que l'équilibre en a été rompu entre les deux sections de la Province.

De là un état de malaise et de gêne dans le fonctionnement de cette constitution, et aussi quelques tentatives pour la modifier. Mais ces tentatives ont dû rester sans succès aucun, parce qu’elles rencontraient devant elles des intérêts d'un ordre supérieur que nos hommes d'Etat ont compris avec une intelligence et défendus avec un courage dont nous devons leur être reconnaissants.

Enfin le recensement de 1861 ayant constaté un surplus considérable dans la population du Canada-Ouest, il s’en est suivi une lutte entre les intérêts matériels de cette partie de la Province et les intérêts moraux Bas-Canadiens qui n’a fait que s’aggraver depuis.

Cette lutte a été considérablement enveuimée par l'esprit de parti et d’autres que Nous nous abstenons de qualifier, au point que le bon fonctionnement de la constitution actuelle ga été comme paralysée. Tous les partis politiques se sont succédés tour à todr au pouvoir sans qu'aucun ait pu réussir à faire disparaître les difficultés qui ont fini par mettre les deux parties de la province en face l’une de l’autre presque sur le pied de deux camps ennemis. De l’aveu de tout le monde, cet état de choses ne pouvait se prolonger sans danger pour la paix ; il fallait absolument trouver un rèmède aux maux de la situation ; et l’on crut le trouver dans une modification ou un changement de la constitution, de manière à redresser les griefs dont les Hauts-Canadiens se plaignaient dans leurs intérêts matériels, sans toutefois compromettre ni les intérêts matériels, ni les intérêts moraux du Bas-Canada.

Ce fut dans ces circonstances que surgit le projet de Confédération de toutes les provinces de l'Amérique Britannique,—

éläboré à Québec pär les hommes d'Etat les plus éminents de chäâcuné de ces provinces. rs Vous n’ignorez pas, N.T.C.F., quelle fut la vivaeité des débäts sur cé projét dans la Chambre d'Assemblée. La grande majorité des députés le regardait comme la seule planche dé salut que la Providence offrait à notre nationalité, tandis que la minorité le repoussait de toutes ses forces, sans avoir toutefois de lai bién arrêté à mettre à la place, pour arracher le pays de Péitianse où il sé trouvait, Un certain nombre de membres de cette minorité laissaient entrevoir assez clairement que l’ännexion du Cariada aux Etats-Unis était bien la condition indispensable au salut de notre mation. Quelques-un auraient préféré laisser les choses commes elles étaient, ou amener tout au plus quelques modifications à la constitution, qui n’auraïent fait que reculér-pour quelque temps la crise en l’aggravant. Pour tout homme tant soit peu observateur, il était évident qu’à peu près tous reconnaissaient la nécessité d’un changement de constitution, et que la lutte véritable était entre la confédération et l'annexion, c'ést-à-dire, qu'il s'agissait de décider si le Canada allait se préparer à devenir un grand Etat prospère et libre, en marchant courageusement vers l’accomplissement des destinées que la Providence semble lui réserver; ou bien si, renonçant à la vie de peuple libre et maître chez lai, il allait, pour toujours enchainer son avenir au sort d’une république qui n’a encore vécu qu’à peu près l’âge d’un: homme, et qui a déjà traversé plusieurs guerres et notamment la dernière, la plus épouvantable des guerres civils dont les annales des nations fassent mention ; guerre civile qui lui a dévoré plus d’un million de ses enfants, et creusé un abîme où se sont englouties pour des années ses richesses et sa prospérité. Cependant, N. T.C. F., attendu que les divers moyens par lesquels oh pouvait essayer de tirer notre pays des difficultés où il se trouvait, était matière d'opinion, et qu’il était libre à chacuù de choisir le plas avantageux, Nous n’avons pas cru qu’il fut uétessaire d'élever la voix en cette circonstance; mais nous n’en avons pas suivi avec moins de vigilance la auestion dans toutes sès phases, afin de sauvegarder, dans la mesure de hos forcés, nos intérêts religieux, et de nous assurer qu’ils seraient pour le moins aussi efficacement protégés sous la nouvelle constitution. Voilà pourquoi nous avoñs dû faire parvenir nos réclamations respectueuses auprès du gouvernement impérial pour assurer aux Catholiques du Haut-Canada une égalité de protection avec les protestants du Bas-Canada sur la question de l'éducation.

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Mais c’est avec peine] que nous avons vu la violence avec laquelle quelques uns de nos compatriotes se sont élevés contre le projet de confédération ; non qu’il ne fût permis de le discuter dans le temps ; mais il est toujours repréhensible de manquer de modéfation. Nous eussions été heureux de voir plus de calme dâns la discussion: c’ent été la voie la plus propre à faire juger sainemetit ce projet, qui après tout était regardé par la majorité de fios concitoyens comme une nécessité bien grave, à la vérité, mais comme te moyèn le plus praticable de sortir des circonstances difficiles où nous nous trouvions. Nous avons surtout regrétté les efforts qui ont été faits pour jeter l’alarme parmi voüs, lorsque l’on à cherché à vous faire croire que ce projet n’était rieñ moins qu'une trahison. Ce sont là des excès extrêmement régrettables, N. T. C. F., que la charité chrétienne condamne, et dont il faut sé garder avec un grand soin. Nous devons toujours observer les règles de la justice envers tout le monde, et nous défiér de semblables exagérations. ŒLlles ne sont propres qu’à empirer la douloureuse division qui nous a déjà fait tant de mal. . C'est par la vérité, la justice et la modération que nous aurons la cousoiation de voir renaître au milieu de nous la concorde et l’umôn. Tel est l’enseignement de nos livres saints : “ Wisericordia et veritas obviaverunt sibi: justitia et pax osculatæ sunt.” ‘ La miséricorde et la vérité se sont rencontrées ; la justice et la paix se sont embrassées.”” Ps. 84. v. 11. Non, Nous ne voyons aucune raison pour justifier une accusation aussi odieuse et dussi grave; Nous ne connaissons rieh qui puisse autoriser à ,croiré que la confédération soit un acte de trahison. Elle a été discutée assez longuement, examinée assez scrupuleusement par les hommes les plus dévoués et les plus éclairés de toutes les provinces, pour lever tout doute à cet égard. Cependant il n’en est pas moïns vrai que ce n’est toujc:rs qu'avec crainte et en tremblant qu’il faut porter la main à la base sur laquelle repose un édifice tout entier, pour lui en substituer une autre; tant le moindre défaut d'équilibre pourrait entraîner de funestes conséquences. Aussi Nous comprenons les-hésitations et les alarmes même d’un certain nombre de nos compatriotes, et ce n’a pas été sans éprouver Nous même une bien vive émotion que Nous avons vu la redoutable nécessité d’en venir à l’adoption d’üne mesure si grande en elle même et dans ses conséquences, C’ést ainsi que Nous l'avons acceptée, Nous confiant dans la Divine Providence, qui nous à toujours protégés d’une manière visible dans les épreuves que nous avons eu à traverser comme peuple.

Aujourd hui que ce projet a reçu la sanction du gouvernement impérial, et qu’il est devenu la loi fondamentale du pays, nous devons vous rappeler que notre devoir comme catholiques, est de mettre un terme à toute discussion sur ce sujet ; si nous avons eu une parfaite liberté d'opinion, dans les limites du juste et de l'honnêteté, tant que la Confédération n’a été qu’à l’état de projet, si nous avons pu en toute sûreté de conscience être pour ou contre, la combattre avec chaleur, ou avec conviction, suivant que nous l’avons cru utile ou dangereuse, w n’en est plus ainsi depuis qu'elle est passée à l’état de loi. Elle est devenue aujourd’hui une chose jugée et obligatoire ; et c’est le temps de vous rappeler ce grand principe du Catholicisme. % Omnis anima potestatibus sublimoribus subdita sit ; non est enim potestas nisi a Deo : ordinatæ sunt” “Que tout le monde sois soumis aux puissances supérieures : car il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c’est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre.” Rom. XIII, v. 1. Quelles qu’aient été nos opinions antérieures, le bien de notre pays, et les enseignements de notre religion nous font un égal devoir de l’accepter et de nous y soumettre. Vous devez en conscience, N. T. C. F., et comme Catholiques, et comme amis sincères de l’ordre, de l’union et de la paix, vous devez favoriser dans la mesure de vos forces, et par le concours de votre bonne volonté, le bon fonctionnement de la constitution qui va bientôt être inaugurée.

Ce devoir, vous aurez à le remplir dans les prochaines élections, en vous assurant que les hommes dont vous allez faire choix pour vous représenter dans les parlements, seront animés

de cet esprit de conciliation, de cette bonne volonté dont le concours est indispensable pour tirer de la nouvelle constitution tout le bien que nous devons en attendre, |

À vous donc, N.T. C. F., de procéder à ces élections avec le sentiment de la grande responsabilité qui pèse sur vos épaules dans l’accomplissement de ce devoir d’où peut dépendre le bonheur ou le malheur de notre nation : à vous d’y apporter toute la matürité et l'honnêteté qui vous prescrivent votre foi et votre conscience. Ce n’est qu’à cette condition que le bon Dieu bénira votre choix, et vous donnera des Représentants selon votre cœur, des Législateurs sages et intègres, capables de premouvoir avec sûreté et de défendre avec courage et habileté nos plus chers intérêts-

Nous profitons de la présente circonstance pour vous exhorter à éviter avec un soin tout particulier les désordres qui n’ont

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malheureusement que trop souvent déshonoré plusieurs de vos

élections, Nous voulons dire surtout la corruption électorale et

les excès de l’intempérance. Rien n’est plus propre à attirer sur un peuple la colère de Dieu. Eh! N. T. C. K, le Ciel ne semble-t-1l pas vouloir aujourd’hui nous en demander compte !!

Si les élections se font dans cet esprit de paix et de conciliation, ayons confiance, N. T, ©. F., la Confédération qui se présente sous des auspices bien plus favorables que ceux sous lesquels a été inaugurée la constitution actueliement expirante, ne

“pourra manquer de continuer et d'accélérer heureuse impulsion

donnée au développement de toutes les ressources du pays; tout en nous donnant en même temps plus de facilité et de garanties pour la protection de nos institutions religieuses et scientifiques qu’elle abandonne presque exclusivement à nos propres soins. Oh ! comme nous serions heureux, N. T. C. F., si dans cette circonstance qui s’y prête si bien, Nous voyions les hommes de tous les partis se rallier sincèrement et marcher comme un seul homme sous le même drapeau pour travailler avec la même ardeur à promouvoir la prospérité et assurer le bonheur de notre commune patrie. Combien un pareil spectacle réjouirait novre cœur qui a été si souvent déchiré et plongé dans la plus amère douleur à la vue de vos divisions et de vos luttes intestines ! Donnez à votre pays, N. T.C. F., donnez au ciel ce spectacle sublime de Frères qui oublient franchement et sincèrement leurs discordes passées ! Donnez Nous à Nous-même cette consolation dans nos vieux jours, afin que nous puissions invoquer avec plus de confiance les faveurs du ciel sur vous et vous bénir dans toute l’effusion de notre cœur. Et pour attirer plus efficacement l’assistance céleste, et l’aide de Celui qui tient dans sa main la vie et la mort. les destinées des individus et des peuples, Nous vous exhortons, N. T. C. F., à vous unir à Nous dans une même prière. Oui, priez avec Nous, afin que Dieu éloigne de notre chère patrie l'esprit de trouble et de division, demandez qu’il y fasse régner la paix, la justice et la sainte charité dans une union parfaite. Sera notre présente lettre pastorale lue au prône de la messe paroissiale, le premier Dimanche après sa réception... DONNÉE aux Trois-Rivières, sous Notre Seing et Sceau et Contre-Seing de Notre Secrétaire, Le 8 Juin, mil huit cent-soixante-sept,

Ld

>h THOMAS, Evique Des TRois-RIVIÈRES,

Par Monseigneur, À. Decrnos, Secrétaire,

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