A M. ERNEST DAUDET
Ce 23 juin 1868.
Mon cher ami,
Ce n'est pas une distraction que je dois à Marthe VaradeSj c'est un véritable et puissant intérêt qui attache à l'analyse et à la peinture de ce caractère, de cette organisation charmante et fatale. Que de scènes fortement saisies et décrites avec un talent, plein de fermeté et de délicatesse ! J'aurais quelques observations à faire pour certains moyens employés dans les intervalles, pour des changements de situation un peu brusques ; mais, chaque situation une fois posée, vous y faites mouvoir, sentir et parler vos personnages d'une manière tout à fait vivante. Vous savez le langage et le jeu de la passion.
Je vous félicite donc bien sincèrement, mon cher ami, en même temps que je vous remercie de tout le plaisir que je vous dois.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
GCXXXIV.
Ce 26 juin 1868.
Monsieur 1,
Je lis la lettre-mémoire que vous me faites Thonneur de m'envoyer. J'y trouve des parties d'une logique solide; mais les exemples me paraissent se rapporter trop exclusivement à une polémique déjà ancienne. Je ne me représente pas très bien ce que vous me faites Thonneur de désirer de moi ; car l'anonyme (si vous vous décidiez à publier) ne vous couvrirait qu'imparfaitement et serait percé à jour par ceux précisément qui auraient intérêt à vous connaître. La sagesse me paraît donc être de marcher humble et ferme dans votre ligne, d'enseigner uniquement ce qui vous semble vrai, mais de vous abstenir d'intervenir dans la lutte, étant placé à un rang de bataille d'où vous ne pouvez atteindre l'adversaire, tandis que lui saurait bien vous découvrir et vous viser.
Veuillez agréer, monsieur, avec mes remerciements, l'assurance de ma considération distinguée.