A M. ÉMILE DÉ LE ROT
Ce 21 mars -1869.
Mon cher ami,
Je me suis mis à ramasser tout ce que je puis de témoignages sur madame de Staël. Si vous en rencontrez, je me recommande à vous. Je parle des témoignages allemands ou du Nord. J'ai celui d'Œhlenschlœger dans son autobiographie. J'aimerais à avoir, plus exactement que je ne l'ai eu, ce qu'en dit Zacharias Werner, dans une lettre de 1809, au conseiller Schneffer, Si j'étais plus jeune, j'entreprendrais un ouvrage, pendant de mon Chateaubriand^ el qui aurait pour titre et pour sujet : Madame de Staël et son groupe littéraire. Mais je fais comme les gens qui ont une gastrite et qui rêvent des festins de Gargantua.
Je vous prie d'offrir mon hommage respectueux à madame Délerot et je suis
Tout à vous, mon cher ami.
A M. VENGESLAS.
Ce 23 mars 1869.
Monsieur,
Vous êtes un avocat excellent, et dans une très belle cause. Aussi, en applaudissant à votre noble effort, ce n'est qu'une excuse personnelle que je viens vous présenter. Ma santé m'interdit toute extension de soins el de travail : je suffis à peine à m'acquitter du strict nécessaire.
Les patronages ne me vont pas; je suis moi-même un ouvrier dans mon genre, et, tout en m'intéressant aux travaux d'autrui, il ne m'appartient pas de paraître y présider. L'espèce de prosélytisme même, qui peut inspirer un tel rôle, me fait, je le crains, un peu défaut. Je laisse aux Michelet et aux Quinet ce genre d'ardeur et d'initiative que je leur envie. Je serai certes un de vos lecteurs autant que je pourrai l'être. J'ai connu en effet l'illustre Miçkiewicz : j'ai lu autrefois, dans la Revue des Deux Mondes, les généreuses productions du poète anonyme^ et j'en ai admiré l'inspiration autant que me l'ont permis mon incertitude et mon ignorance dans les choses du Nord et de^ce lointain orient de l'Europe. J'ai trop été, je le sens, un critique casanier.
Veuillez agréer, monsieur, l'hommage de mes sentiments de considération et de respectueuse sympathie.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
ccxGvni.
A UN COMPATRIOTE
Ce 28 mars 1869.
Cher compatriote,
J'ai été bien long à répondre à votre aimable souvenir ; c'est que j'étais et suis resté souffrant.
Cette découverte d'une société littéraire, à Boulogne, en 1779, est une curiosité. Je ne suis pas étonné que mon père ait été l'un des promoteurs : il était essentiellement littéraire ; et tous ses livres, couverts de notes à la marge, déclarent ses goûts.
Je n'ai plus besoin de rectifications pour ce de^ ayant fait réunir les titres de rente qui me venaient de ma mère avec ceux de mon chef, moyennant un acte notarié constatant l'identité.
Continuez de travailler, mon cher ami ; c'est la meilleure façon d'occuper les heures de santé, comme celles de langueur.
Tout à vous.
CGXGIX,