Porlraits littérairea, t
J'ai dîné il y a quelques jours avec vos aimables et affectueux parents qui m'ont reporté un peu de cette bienveillance que vous me gardez. Je leur en suis bien reconnaissant. Je suis heureux d'apprendre que ce séjour du Midi réussisse selon vos vœux à une santé qui est si précieuse. Vous marchez sur la terre, vous, comme dans un jardin d'exil, assez indifférent aux lieux, souriant aux amis que votre bonne grâce vous fait partout, vous souvenant fidèlement des absents, et regardant le bleu du ciel, — le bleu plus que le nuage. Soyez heureux comme vous le méritez. Tout à vous de cœur.
J'offre mes respectueux hommages à madame Eyuard.
AU MÊME
Ce 2 décembre 1847.
Cher monsieur, Voici le passage de Bignon, qu'on a copié exactement. Vous verrez qu'il y parle un peu légèrement de la Prophétesse ; quant à mon propos léger, vous en ferez et direz tout ce que vous jugerez convenable. Vous savez bien qu'en matière de biographies, rien n'est certain de toute certitude; chacun juge et sent à sa manière. La personne qui m'a raconté l'anecdote m'a paru très digne de foi, et de plus cette façon de comprendre^ madame de Krûdner, même après sa conversion, était assez d'accord avec mon cœur malin. Dans un volume intitulé Portraits de Femmes^ où
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 113 j'ai recueilli ce portrait de madame de Krûdner, je crains bien d'avoir ajouté en note deux ou trois bagatelles de cette sorte; mais je n'ai plus du tout de ces volumes qui sont épuisés, — Vous n'y perdez pas grand'chose. Vos sources à vous sont autrement directes et abondantes. — Je vous écris bien à la hâte et vous m'excuserez. J'ai pris toute la part d'un compatriote à ces affaires malheureuses de notre chère Suisse. J'avais là une tente dressée que l'orage a emportée. Vos Burlamaqui m'ont fort intéressé; ils nous font vivre dans des temps également orageux, plus orageux même et pourtant meilleurs, à cause de la trempe des âmes.
Avons de cœur, cher monsieur, et mettez mes hommages V aux pieds de madame Eynard.