A M. GOUMY, DIRECTEUR DE LA REVUE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE K
Ce 21 mars i868.
Mon cher ami,
Voilà un numéro qui compte. Il a bien du prix pour moi par le résumé que vous voulez bien donner de ce gros livre si agréablement jugé par vous et par deux autres maîtres. C'est par le caractère et par la morale en effet que le jansénisme a mérité de compter. Si pourtant il avait pu infuser dans les habitudes et dans les veines françaises un peu de son esprit de rigorisme et de résistance, nous aurions été plus aisément un peuple fait pour observer la loi, pour résister aux envahissements du pouvoir, et moins prompt à nous révolter tour à tour ou à nous livrer sans réserve. Mais probablement ce qui devait arriver est arrivé; la sélection historique a opéré les éliminations inévitables.
Notre ami Lenient a fait là une levée de boucliers ^ qui est bien dans Tesprit gaulois ; mais je ne lui ferai qu'une question, la même que faisait, il y a cinquante ou soixante ans, M. Stapfer à Fontanes, un jour qu'en plein salon le
1. Remerciement de son article sur Port-Royal, dans le n" du 19 mars 1868.
^. Contre l'esprit aFemand.
m NOUVELLE CORRESPONDANCE
grand maître de l'Université déclamait à tue-tête contre Kant et les Allemands : « Savez-vous l'allemand, monsieur le comte? » Or Fontanes n'en savait pas un mot, et il n'en continua pas moins sa diatribe. — Étudions avant de nous prononcer.
GCVI.
A M. CHARLES DEULIN^.
Ce 3-1 mars 1868.
J'aurais dù vous remercier depuis longtemps, monsieur, pour l'intéressant volume des Contes flamands^ — intéressant, en effet, par le fond, par le tour, par le bon sens vivant et le drame familier qui s'y joue à chaque page. Vous avez parfaitement fait de mettre du vôtre dans les légendes et récits populaires : à moins qu'on ne veuille recueillir de simples racines pour la science pure ou pour l'histoire des origines, c'est ainsi qu'il convient dé faire, afin de courir de main en main et d'être lu, Ces ébauches primitives ne peuvent que gagner à un coup de pouce habile, donné par un ami et par un pays,
L Hôtellerie des sept péchés capitaux est excellente. Le Poirier de misère est admirable. Je doute que, dans le récit populaire, il y ait cette belle expression simple : « Chaque nouvelle génération n'était plus occupée qu'à soigner les précédentes qui ne pouvaient guérir de la vie. » — C'est là