A M. JULES LE SIRE
Ce 14 mai 1868.
Monsieur,
L'idée que vous avez à cœur de promouvoir est digne de tout intérêt. Elle a préoccupé bien des intelligences et bien des cœurs dans ces dernières cinquante années, et on peut dire qu'elle se lie aux plus grands problèmes économiques et sociaux de notre temps. Je suis malheureusement trop étranger à ces questions d'organisation pour m'y mettre si tard; le temps me manque, la santé aussi. Tout engagement écrit m'effraye. Que sais-je moi-même où je serai, comment je serai dans quelques années? Je ne me refuserai
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 267 certainement pas à une demande, surtout si modique, qui pourra m'être faite; mais je ne puis me résoudre à la souscrire à titre de fondateur. Je ne me sens propre en telle matière à être le fondateur de rien. Je ne pourrais tout au plus qu'adhérer à titre libre et bénévole en tant qu'une telle institution serait fondée.
Je ne vous remercie pas moins de votre bonne communication, et je saisis cette occasion, monsieur, de vous prier d'agréer l'assurance de mes sentiments très distingués.