A M. CHARLES TRANCHANT
Ce 9 septembre i868.
Je vous remercie bien, monsieur, de votre aimable prévenance. Voici le fait : en écrivant un article de la Revue des Deux Mondes^ j'ai commis, au sujet de l'École d'ad-
ministration, une erreur que je tiens à réparer. Notre ami Gharton m'en a averti, M. Carnot lui-même a bien voulu m'envoyer une brochure résumant les actes de son niinistère. J'avais cru que l'École administrative était restée à l'état de projet. Je vois qu'elle a duré, qu'elle a eu deux promotions et qu'elle a été détruite ou licenciée sous le ministère Falloux. A vrai dire, ces circonstances me suffisent pour la rectification que j'aurai à faire quand je téhû' primerai l'article; mais les bonnes occasions d'être bien iaformé ne sont pas à éviter. Et, si vous me faisiez Thônneur de venir un matin à neuf heures et demie (pas plus tôt, car je suis peu matineux), je serais très heureux, monsieur^ de faire votre connaissance personnelle et de causer avec vous. Veuillez agréer, avec l'expression de ma gratitude, celle de mes sentiments les plus distingués.
A M. LE PASTEUR MAULVAULT, A GUERNESSY.
Ce 15 septembre 1868.
Des lettres comme la vôtre sont la meilleure récompense du travail et la plus douce des satisfactions réservées à l'écrivain. Quand on se trouve aimer ensemble une chose aussi particulière, aussi en dehors des sentiers battus et en même temps aussi élevée que Port-Royal, on a un lien de fraternité qui dispense aussitôt de bien des préambules et de bien das intermédiaires. Je serai très curieux de voir
voire étude. Il n'est pas sans difficulté aujourd'hui de se procurer tous les livres originaux concernant Port-Royal. C'était très facile, il y a trente et trente-cinq ans; mais les derniers libraires jansénistes sont morts; les libraires religieux catholiques tiennent peu de ces choses suspectes d'hérésie, et les mondains n'ont garde de donner dans ces bouquins. Il existe bien ici un petit résidu ou noyau janséniste : mais il est très mystérieux et, entre nous, assez peu éclairé. L'emplacement de l'ancienne abbaye de Port-Royal des Champs appartient, je le crois, à cette petite coterie religieuse, qui y a réuni quelques reliques ; mais il n'y a de curieux^ que l'emplacement même, très bien indiqué par la nature des lieux. Le vallon est resté bien authentique : les petites images qu'on y a rassemblées sont de ces derniers temps et ne sont que des pièces rapportées. — Vous me dites sur les dernières pages de mon livre ce que je n'ai pas été sans me dire à moi-même. Mes idées n*ont pas été sans varier pendant les longues années que j'ai suivi ce travail. La sincérité m'obligeait pourtant à dire où j'en étais en le terminant. C'est plutôt vis-à-vis de moi-même que vis-à-vis des autres que j'ai tenu à constater l'état, triste on non mais non embelli, de ma conviction et de ma conscience. Je reste tout à fait reconnaissant et touché pour les témoignages d'intérêt dont je suis l'objet, que ce soit sous les noms de bienveillance ou de charité.
Veuillez agréer, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments sympathiques et respectueux.
À M. GOLINGAMP.
Ce 20 septembre 1868.
Certes, mon cher et aimable critique, je serais bien difficile si je n'étais pas content ! Je crois que, pour ces sortes de morceaux littéraires, il n*y a rien à ambitionner que l'approbation des vrais juges, et votre lettre me fait espérer que, même dans mes libertés assez grandes à l'égard des personnes, j*ai réussi à me les concilier. M. Yitet est un de ces juges et connaisseurs, et qui doit être des plus difficiles, tant par la nature un peu haute de son esprit que par certaines délicatesses et certains scrupules qu*il a acquis avec Tâge. Vous avez toute raison sur Joufifroy, qui était un maître à nous tous et à Yitet lui-môme.
Veuillez, mon cher ami, me garder ces sentiments d'affection, que je vous rends avec gratitude.
CCLXIÏI.
A M. PÉRENNÈS.
Ce 29 septembre 1868.
Monsieur,
Je lis dans la Reime moderne un article sur la Jeunesse de Proudhon fait avec des pièces émanant de vous, le tout écrit sous votre inspiration et à votre plus grand honneur :
j'y suis non pas nommé, mais désigné pour avoir, dans mon travail sur Proudhon, dénaturé Thistoire de sa jeunesse, et, peu s'en faut, pour en avoir fait un roman. J'aurai, en revenant prochainement sur mes propres articles pour les mettre en volume, à profiter de ces documents nouveaux ; mais je dois dire, à vous qui les fournissez, que le procédé est un peu cru et me paraît moins d'un galant homme que d'un cuistre^ d'un homme tout occupé à faire exclusivement valoir sa marchandise. Il me serait pénible d'avoir à en faire rejaillir sur vous quelque chose. On cherche la vérité en commun ; on combine ses efforts. Le dernier venu ne s'attache point à nier son prédécesseur; au besoin, il le réfute ou le rectifie, il ne le supprime point à l'aide de généralités peu obligeantes.
Je vous ai connu autrefois, monsieur, dans des sentiments plus bienveillants, et j'ai le regret d'avoir à vous exprimer ma plainte. Vous ne serez point étonné que, dans la discussion sur laquelle j'aurai à revenir, je m'exprime là-dessus en toute franchise.
Veuillez agréer l'hommage de mon respect.
Ce 8 octobre 1868.
Monsieur le secrétaire général *,
Un brave homme de mon quartier, le sergent de ville V,,., attaché à la brigade du VI* arrondissement, faisant