A M. CHARLES AUBERT
Ce 17 novembre 1868.
Monsieur,
Je suis bien en relard, mais vous m'excuserez, car j*ai lu et relu Particle, le jugement si plein, si nourri, j'allais dire si définitif (mais mon amour-propre y est trop intéressé), que vous avez consacré à mes doubles Lundis dans la France, Vous m'y avez rappelé quelques-unes des choses que j'ai écrites autrefois, et que j'avais presque oubliées moi-même; il est bien vrai que j'ai un peu changé. Au sujet de cette double série de Lundis^ ma conscience littéraire s'était déjà dit tout bas quelques-unes de ces demivérités que votre indulgence recouvre çn les laissant entrevoir. Cette même indulgence a bien voulu faire abstraction pour le moment de la complication politique et philosophique: laissez-moi ajouter sur ce point que ce qui a éclaté fortuitement et publiquement, et à quoi mon siège au Sénat a donné de l'importance et de l'écho, était, depuis bien des années, ce que mes amis m'entendaient dire sous bien des formes aux instants de conversation vive et sérieuse ; mais il n'y avait pas lieu d'en informer le public. L'occasion et la contradiction à bout portant ont été mes accoucheuses. Mais, dans la critique littéraire, je compte bien toujours rester en dehors des partis pris, et, si vous jetez les yeux sur le Moniteur y un de ces matins, vous en verrez la preuve dans
un petit article un peu faiblet, mais sincère, à propos d*un demi-poète spiritualiste et religieux*.
Veuillez agréer, monsieur, mes remerciements les mieux sentis et Texpression de ma haute estime.