‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 39 sur 185 · A ANDRÉ VAN HASSELT · texte numérisé non relu

A ANDRÉ VAN HASSELT

Février 1838.

Mon cher monsieur.

Ce n*est point oubli, ce n'est point paresse, c'a été un véritable torrent qui m'a pris tout ce mois de janvier et dont je me dégage à peine. J'ai songé bien des fois à vous remercier de votre poétique envoi et de votre amical souvenir. Les années et l'érudition vous ont laissé poète : c'est un bonheur que tous n'ont pas. Les deuils mêmes ont respecté en vous la faculté du chant et vous inspirent. Je retrouve dans votre nouveau recueil ^ les notes que notre

Ulfofweiles Poésies, Bruxelles, 1857.

jeunesse a aimées, sous leur variété brillante, ballades, chansoDS de mésanges, paraboles mystiques, essais de rythmes légers. Un de mes regrets, quand je pense à mes années de Belgique, c'est de n'avoir pas causé avec vous de cette poésie à laquelle vous êtes resté pratiquement fidèle et qui m'a quitté, sans que j'aie cessé de la préférer à tout.

Agréez, cher monsieur, avec mes compliments sincères, l'expression de mes sentiments de haute estime et de sympathie.

xcix:

A M. ERNEST RENAN

*Ge 17 mars 1B58.

Cher monsieur.

Je suis bien en retard pour vous remercier de votre beau livre. Je l'ai bien goûté à cette seconde lecture. Que de vues finies et probables vous y avez ajoutéesi même en ne paraissant qu'analyser les autres dans votre préface î Je ne saurais vous dire combien je suis heureux de voir ainsi la vraie méthode philosophique s'appliquer à de telles questions et tourmenter si bien ces grands et mysté-

rieux problèmes, les circonscrire et les serrer de telle sorte^ qu'on aura bientôt, sinon la solution précise, du moins la conception nette de cette solution. Continuez sans vous laisser troubler parles injures et les déclamations qui font rage depuis quelque temps autour de vous : ces cris«-là soniane

marque de ce que vous valez et de ce quHls craignent. Permettez-moi une seule remarque: quand je reçois ces preuves de votre amitié et de votre estime, il y a un mot que je voudrais effacer et que je vous prie de n*y plus mettre. Vous êtes de ceux qui ont pour devise nil admirari, à plus forte raison neminem, surtout quand ce queN qu'un ne peut aspirer à un tel sentiment de la part de personne, et se contente, pour sa plus haute et sa plus légitime ambition, d'espérer de mériter que vous lui disiez un jour 'qu'au milieu de ses dispersions et de ses vagabondages, il a entrevu quelques idées qui ont été des lueurs avant le jour.

Agréez, cher monsieur, Texpression de mes dévoués sentiments.

A M. SOMMERS.

Ce 29 septembre 1858.

Vous avez peut-être été étonné de recevoir une première feuille du tome IV de Port-Royal. 11 y a quelques mois, M. Hachette a bien voulu vous promettre à moi pour m^assister dans l'impression d'une seconde édition complète que nous ferons, aussitôt la première achevée. J'ai eu alors l'idée de vous prier également de jeter les yeux sur les deux derniers volumes, que je revois d'ailleurs

moi-mêmo avec le plus grand soin ; mais vous savez qu'il échappe toujours quelques fautes aux yeux d'un auteur. Voici surtout ce que je désirerais de votre bonté pour ces deux derniers volumes : vouloir bien lire la feuille que vous avez, — déjà corrigée par moi^ — y noter ce qui vous paraîtrait faute, et, si quelque négligence, quelque interversion vous frappait, y mettre un signe qui m'avertisse. J'ai, typographiquement, quelques habitudes auxquelles je tiens tant que je puis, par exemple des majuscules dans quelques cas et qui me paraissent utiles au sens : je ne nivelle pas tous les mots, excepté celui de Dieu, qui est presque le seul substantif aujourd'hui auquel, dans quelques imprimeries, on conserve la majuscule. Parlement, Clergé, Cour, Université, me paraissent des personnages trop importants dans cette ancienne société pour qu'on les décapite indifféremment. J'ai aussi, dans le style, quelques habitudes particulières, bien que je me sois défait de ces singularités depuis ces dix dernières années. Il doit m'en rester pourtant. 11 se pourra que quelquefois je ne me rende pas à une observation à laquelle j'aurais réponse à faire si je pouvais m'expliquer de vive voix Si\ec Aristarque. Dans ce cas-là, vous m'excuserez. Je suis confus, avec un homme de votre savoir, monsieur, et de votre mérite, de n'entrer en connaissance que par ces humbles détails; mais le désir du bien et du mieux ennoblit tout, et nous avons pour nous Horace, qui nous dit que les bagatelles ont leur sérieux.

Agréez, je vous prie, monsieur, l'expression de ma considération la plus distinguée.

J'ai supposé, dans tout ceci, que M. Hachette vous avait

dit un mot de son côté et vous avait au moins prévenu de ses intentions premières au sujet de la réimpression de Port-Royal : il n'est pas à Paris en ce moment.

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