A M. JULES RICHARDE
Ce a mai 1868.
Monsieur et cher confrère,
Vous êles un chroniqueur devenu de plus en plus sérieux et dont les articles, dans ces derniers mois, ont traité de bien des questions. Cette transformation de votre talent, nourri d'un ferme bon sens, ne m'a point échappé. J'y ai applaudi. Vous êtes puni aujourd'hui pour avoir dit un
1. Remerciemant d'un article du Figaro du 11 mai 1868 sur le discours de la loi de la presse.
peu trop de vérités; car c'est de cela, plutôt que du contraire, qu'on est ordinairement puni.
J'avoue que, malgré votre théorie inattaquable en principe, je ne puis prendre sur moi de me croire tout à fait le collègue dotant de grands personnages : et j'estime qu'euxmêmes n'ont pas beaucoup d'efifort à faire pour me considérer très peu comme collègue. Notre origine nous nuit. Je ne suis point de haute provenance militaire, ou ecclésiastique, ou administrative; je suis de simple extraction littéraire. De là l'inégalité, que je n'ai rien fait depuis pour racheter ; après tout, je m'en honore. De là encore le traitement singulier et tout exceptionnel que ja reçois et qui, eu égard à un milieu si élevé, ne laisse pas chaque fois de m'étonner. Je suis certes loin de m'en enorgueillir et cependant, après tout, je m'en honore.