‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 98 sur 185 · À PROPOS DU CHRIST EN GROIKDE GÉROME · texte numérisé non relu

À PROPOS DU CHRIST EN GROIKDE GÉROME

Ce 19 juin 1868.

Monsieur,

J'ai perdu l'espoir de voir le tableau de M. Gérôme. Ne pouvant supporter la voiture, je ne vais que là où mes jambes me portent, et l'exposition avec ses fatigues est trop loin pour que je puisse m'en donner le plaisir. Cest une grande privation. Je vois que, des deux tableaux expo-

ses par ce peintre, vous avez été attiré par celui qui attire moins le vulgaire. Votre interprétation toute philosophique est grosse de conséquences. Peut-être votre prophétie rapproche-t-elle un peu trop la catastrophe. Les vieilles religions mettent des siècles à mourir, et elles retrouvent de temps en temps de fausses apparences de renaissances, de petits étés de la Saint-Martin. 11 n'est pas moins vrai que les choses s'accompliront, mais il faudra encore bien des luttes et des lutteurs auprès desquels nos noms seront bien peu de chose. Que du moins, avant de nous en aller, nous voyions la grande cause humaine en marche et en progrès, non en défaillance.

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

A M. ERNEST RENAN

Ce 21 juia 1868.

Cher et illustre ami.

J'avais appris par le mot de NeflFlzer cette perte cruelle, quoique prévue. Madame votre mère avait Tâge de la mienne lorsque je l'ai perdue. Je sais ce que sont ces douleurs, même lorsqu'elles sont le plus se]pn )a nature, et qu'on peut presque les appeler les bonnes douleurs. J'ai eu une fois le plaisir d'être reçu (rue Madame) par madame votre mère, un jour que vous étiez absent; j'ai pu, ce jour-là, me faire idée de sa ressemblance morale avec bon fils, de

sa tendresse et do son culte pour lui. Elle m'a montré Tappartement, les chambres, le cabinet de travail; elle m^a traité en peu d'instants comme un ami et comme quelqu'un avec lequel elle aimait à causer de vous. Je puis donc garder d'elle, moi aussi, un souvenir très présent et très vivant.

Veuillez agréer, cher ami, l'assurance de mes sentiments dévoués et offrir mon hommage à madame Renan.

CGXXXllI.

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