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ANCIEN GRENIER PUBLIC

Le grenier, situé derrière l’hôtel de la Préfecture , doit son établissement à la sollicitude du magistrat, qui le fit construire en 1444, époque à laquelle Louis XI, encore Dauphin , pénétra en Alsace dans le but de voler au secours de Frédéric III, empereur d’Allemagne, qui avait à soutenir une guerre terrible contre les cantons confédérés de la Suisse. Ce grenier avait plus de soixante toises de longueur avant qu’on en eût abattu une partie pour donner du jour à l’intendance.

Un projet non encore exécuté, et d’après lequel on devait ouvrir une nouvelle communication entre la rue Brûlée et la salle de spectacle, fit couper ce bâtiment par le milieu. L’une de ses parties sert au-

jourd'hui de magasin aux décorations du théâtre ; l autre contient les archives de la Préfecture.

QUARTIER-GÉNÉRAL DE LA 5e DIVISION MILI¬ TAIRE. — HÔTEL-DE-VILLE.

A quelques pas de l’hôtel de la Préfecture, on remarque l’ancien hôtel de Deux-Ponts, aujourd’hui la demeure du lieutenant-général commandant la division; et plus loin, l’Hôtel-de-ville (autrefois de Darmstadt), au rez-de-chaussée duquel se trouve établie une école gratuite de dessin. On y voit une assez belle galerie de tableaux, plusieurs statues, et une partie des vitraux peints qui embellissaient l’ancienne Chartreuse de Molsheim.

LUXHOF.

Dans la rue de la Comédie, située entre les deux hôtels dont nous venons de parler,

est la brasserie du Luæhof , (cour de Luc), ainsi appelée parce qu’il existait autrefois en cet endroit une chapelle consacrée à Saint-Luc. Cette chapelle est célèbre dans l’histoire de la ville de Strasbourg , par la procession qui s’y rendait annuellement, en vertu d’un vœu fait en 1357, pour obtenir la cessation de tremblements de terre, dont les commotions, répétées pendant une année entière, menaçaient de bouleverser l’Alsace.

Tous les sénateurs, selon la teneur du vœu, assistaient à cette procession pieds nus, revêtus d’une grosse étoffe pluchée, couverts de cendres, et tenant un cierge d’une livre à la main. Après avoir assisté au saint sacrifice dans la chapelle de Saint- Luc , la procession retournait à la Cathédrale; les magistrats dînaient à l’OEuvre Notre-Dame ; les cierges étaient brûlés devant l’image de la Sainte-Vierge , et les habits donnés à autant de pauvres, avec une aumône de vingt muids de blé.

Le palais du Luxhof, dans lequel se trouvait cette chapelle, était destiné au logement des empereurs lorsqu’ils séjournaient à Strasbourg. L’empereur Sigismond y logea en 1417 et en 1433. On dit que, pendant son premier séjour, les frais de sa table ne s’élevèrent journellement qu’à six pfennings (deux sous) par personne. Il est à parier que le vin n'était pas compris dans cette dépense.

Une tradition populaire rapporte , qu’un certain jour les dames de Strasbourg, plus matinales que l’empereur , allèrent le tirer brusquement de son lit , et , sans lui donner seulement le temps de se chausser , lui firent parcourir en dansant toutes les rues de la ville. Au bout de quelque temps, s’étant aperçues que le bon empereur courait nupieds , elles entrèrent dans la boutique d’un cordonnier et lui achetèrent une paire de gros souliers. Cette boutade fit tant de plaisir à ce prince jovial , qu’en partant il fit distribuer des bagues à toutes les dames

qui l’avaient réveillé d’une manière si comique.

C’est dans le palais du Luxhof que l’on conservait le grand étendard de la république de Strasbourg ; transféré plus tard aux archives de la ville, il fut mis en lambeaux lors de l’émeute populaire de 1789.

nÔTEL DE L’ARTILLERIE.

En face de la rue dans laquelle se trouve le Luxbof , on remarque , après avoir traversé la place de la Comédie , le vaste hôtel de l’artillerie.

Ce batiment renferme les établissements de l’école royale de l’artillerie et la fonderie de canons. Les étrangers devront épier, s’il est possible , le moment de la fonte.

L’école d’artillerie de Strasbourg a toujours été renommée ; parmi les professeurs dont elle a droit de s’honorer, on peut citer Lombard, auteur d’un traité de géométrie; Brackenhoffer , auteur d’un traité

d’arithmétique, etArbogast, membre de l’institut, créateur d’un genre de calcul auquel il a donné la dénomination de calcul des dérivations, et auteur de deux mémoires couronnés par les académies de Paris et de Saint-Pétersbourg. Ces deux derniers mathématiciens sont nés en Alsace.

Le bâtiment de la fonderie touche à l’ancien arsenal de la ville, qui, dans des temps déjà reculés , contenait de quoi armer soixante mille hommes.

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