‹ Nouvelle description de StrasbourgChapitre 48 sur 89 · BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE L · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE L

La bibliothèque publique renfermée dans les vastes salies du Temple-Neuf, est géné-

1 Elle est ouverte les lundis, mercredis, jeudis, vendredis et dimanches ; les étrangers y sont admis tous les jours, en s’adressant au sieur Piton ,

râlement regardée comme une des collections les plus curieuses du royaume. Elle se distingue par la bonne conservation de plusieurs ouvrages très-rares, par un grand nombre d’incunables, c’est-à-dire, de livres imprimés immédiatement après l’invention de l’imprimerie, et surtout par une quantité de manuscrits précieux que l’on chercberait vainement ailleurs. Elle est partagée en trois divisions , qui comprennent ensemble plus de cent cinquante mille volumes.

La fondation de la première remonte à 1631, époque à laquelle le magistrat de Strasbourg, à la tête duquel se trouvait le célèbre Jacques Sturm, décréta la formation d’une bibliothèque publique, à l’effet d’offrir des moyens d’instruction aux amateurs des lettres peu favorisés des dons de la fortune. Cependant ce n’est que du 17e siècle que date son grand accroissement ; il

relieur. Sa demeure est au rez-de-chaussée du même bâtiment.

eut lieu par suite de donations successives que reçut cet établissement, et par les acquisitions de plusieurs bibliothèques particulières. Cette première division est aujourd’hui très-considérable ; elle appartient au séminaire protestant, et se continue à ses frais. On cite parmi les manuscrits qu’elle renferme :

Une lettre que François Ier adressa, en date du 10 septembre 1535, aux Etats d’Allemagne; elle est relative aux dissentions religieuses.

Un synodicum en langue grecque, ou sommaire des conciles tenus pendant les neuf premiers siècles de l’église chrétienne.

Les pièces relatives à la procédure de Gutenberg, donnant des détails très-intéressants sur l’invention de l’imprimerie.

La collection de mathématiciens grecs , depuis Euclidejusqu’à Théon d’Alexandrie ; les ouvrages des mathématiciens arabes , traduits en latin; un Corpus juris , avec un glossaire; un Quintilien , les Épîtres de

Sénèque, et divers autres auteurs classiques.

On distingue parmi les incunables , la Bible latine et allemande imprimée par Mentelin, de Strasbourg; le Virgile sorti des presses du même imprimeur, et plusieurs éditions princeps d’auteurs classiques.

Jacques Sturm dota dès son origine cette bibliothèque d’une collection superbe d'Aldus , ad usum Studiosœ juventutis , éditions grecques qui étaient du plus grand prix. Cette division comprend aussi une grande partie de la bibliothèque que le célèbre professeur Spielmann a laissée sur les sciences naturelles.

La dénomination de bibliothèque de Schœpflin , sous laquelle on désigne la seconde division, indique l’origine de cette collection. Elle provient d’un legs fait en 1772 à la ville de Strasbourg, par le célèbre Schœpflin , professeur d’éloquence et d’histoire à l’ancienne université de cette ville.

l5o MONUMENTS ET CURIOSITES.

Nous ne parlerons pas des documents historiques renfermés dans cette seconde division. Ce trésor, fruit d’une vie entièrement consacrée à l’étude , ne peut être dignement apprécié que par le savant consciencieux qui explorera avec attention toutes les richesses qu’il renferme. Nous nous contenterons de mentionner quelques-uns des monuments et des curiosités qui proviennent également du legs dont nous venons de parler.

1° Un superbe calice en verre et une médaille en or , trouvés dans un tombeau que l’on suppose avoir été celui d’un grand de l’ancienne Rome. Ce calice a été déterré dans nos environs ; il est entouré de découpures fleuronnées en verre de couleur, et surpasse , par sa parfaite exécution , les plus belles productions de l’art chez les anciens. Winckelmann, l’éloquent interprète de leurs travaux, n’a trouvé son pareil que dans la galerie de Florence. Le bord de ce calice est malheureusement en partie cassé ; ce-

pendant il reste encore de l’inscription les lettres XIMIN-AVGV (à l’empereur Maximin). Il paraît que ce prince en avait à son tour fait cadeau à un général commandant dans nos contrées.

2° Un sistre, instrument en raquette traversé par des tringles mobiles , qui servait dans les cérémonies religieuses des Egyptiens.

3° Plusieurs vases étrusques, remarquables par leur légèreté.

4° Plusieurs tenons en bois provenant des fortifications celtiques du mont Saint-Odile (Bas-Rhin) .

5° Un grand nombre de petites statues antiques en bronze , parmi lesquelles on distingue une Vénus d’une beauté et d’une grâce remarquables, et une autre statue du plus beau fini représentant Narcisse ou Anlinoüs.

6° Plusieurs autels romains ; l’un d’entre eux, dédié à Apollon Grannus, a été trouvé à Brumath.

1Ô2 monuments et curiosités.

7° Une très-belle collection de médailles, comprenant un grand nombre de médailles des colonies grecques et des Macédoniens.

8° Plusieurs urnes funéraires trouvées devant la ville de Strasbourg, et quelques vases en pierre provenant des tombeaux romains de Scbarracbbergbeim.

Ce musée s’enrichit de jour en jour; parmi les objets remarquables qui y ont été déposés depuis le legs de Schœpflin , nous citerons :

1° Plusieurs vases en terre rouge , d’origine romaine , fabriqués au pied du Heiligenberg , à l’entrée de la vallée de la Bruche, où on a retrouvé , il y a quelques aimées, le four qui a servi à leur confection. Une copie-modèle de cet ancien monument a été réunie à ces vases.

2° Une superbe collection de vitraux peints provenant de l’ancienne chartreuse de Molsheim.

3° Des Instruments de tortures employés autrefois à Strasbourg.

4" Le grand cor en métal fondu dont on sonnait chaque soir sur la plate-forme de la cathédrale pour faire sortir les Juifs de la ville.

5 ’ Une petite collection de pierres gravées et de médailles modernes; un calice des martyrs tiré des catacombes de Rome ; des débris de plusieurs tombeaux celtiques et romains déterrés dans l’enceinte de la ville, près de la porte Nationale , où doit avoir existé le cimetière de la 8e légion romaine.

On a aussi réuni à cette division de la bibliothèque la collection des manuscrits de Silbermann, Schœpflin et Koch; le plan de la ville de Strasbourg, exécuté en relief par Specklin ; les modèles en bois qui ont servi à son cours sur l’art de la fortification , et , enfin, le petit étendard de la ville, représentant la sainte Vierge avec l’enfant Jésus, chef-d’œuvre de peinture.

La troisième division de la bibliothèque constitue la partie la plus riche en ouvrages scientifiques. Elle provient en majeure par-

lie de la réunion des bibliothèques qui se trouvaient dans les couvents, et principalement de celle de l’ancienne commanderie de Saint-Jean. Les incunables et les manuscrits qu’elle renferme s’élèvent seuls à plus de huit mille volumes. On doit citer parmi ces derniers le superbe ouvrage de l’abbesse Herrade de Landsberg (1 180) ; un recueil de prières écrites en lettres d’or et d’argent, sur parchemin pourpré; une collection très-rare de conciles, manuscrit publié en 788 d’après les ordres de l’évêque Rachion, tel qu’il l’annonce lui-même dans la préface ; plusieurs poésies de troubadours allemands; un livre d’heures avec de superbes peintures , écrit pour la famille d’un prince allemand , etc.

La bibliothèque possède encore une petite galerie de portraits; les plus remarquables sont ceux de Jean Sturm, de Gustave-Adolphe, de Keppler, de Schenckbecher, de Marcus Otto, du syndic Frid, de Schœpflin , de Gutenberg , d’Oberlin.

Page 1