PREFACE
: Nous n'avons pas cru devoir faire un itinéraire, mais un indicateur pour les Amateurs. Nous n'avons pas suivi le plan de M. Ratti, attendu qu'il importe peu aux Étrangers, de voir une chose avant un autre; la table des matières que nous avons eu soin de placer à la fin, leur facilitera la recherche de l'objet que l'on désirera voir.
Nous aurons rempli notre but, si ce petit livre peut être agréable et utile au Public, Nous aurions désiré le rendre plus détaillé , qaais pour ne pas trop grossir le volume , nous nous sommes bornés à n'y mettre que ce qui est essentiellement intéressant de connaître»
Situation de Gênés.
Ajjl Ville de Gènes est située àr les bordé de la mer de Ligurie, au pied des Appeîiins, et au .milieu des deux rivages connus sous le nom de rivière du levant et rivière du couchant Elle est assise en amphithéâtre sur le penchant des montagnes qui l'environnent. Son port forme un vaste demi-cercle, autour du»
quel des rues ou de longues terrasses offrent une promenade aussi agréable que variée dans toute son étendue le long de la mer. II est formé par deux grandes Jetées appelées , l'un* le Môle-vieux, l'autre le Môle-neuf , près du : quel s'élève l'elegante tour qui porte le nom Âe Lanterne , parcequ'elle sert à éclairer pendant la nuit , et à indiquer le fort aux
navigateurs. Gènes est entourfée de fortifications très redoutables , sur tout du côté des montagnes , vers le sommet desquelles ses murailles s'étendent, en formant un triangle, d'environ neul milles de circuit Elle est à vingt-six degrés trente-sept minutes de Iongitudel et à quarante-quatre dégrés vingt-cinq minutes de latitude. Sa population est de 85 9 ooo babitans y compris les faubourgs dans Tinté* rieur de la grande enceinte $ n'est pas compris dans ce nombre les marins qui habitent dans le port , et la garnison des forts et de la ville, qui est toujours nombreuse, ^es environs offrent tout le long de la mer , un si grand nombre de Bourgs, de Villages et de maisons de plaisance, que tout cela semble ne former qu'une seule et même ville. Les Bourgs les plus remarquables par leurs charmantes habila ions, sont: au couchant celui de S.t Pierre d!Arena^ et au levant celui SAïbaro : cVst là principalement que la noblesse Génoise va passer la plus grande partie de la belle sais n, pour jouir dés agréments de tous genres que ces délicieuses cam-» pagnes réunissent à l'avantage d être situées M une grande proximité de la ville,
Pour Jouir dàla belle -vue que présente cette. -ville, il faut entrer par la route de 6.1 Pierre d!Arena$ x\&vl n'est si beau que le coup d'oeil qu'offre la perspective de cette ville, qui s'étend au couchant depuis la Lanterne jusqu'au cap de Carignan au levant , et s'élève en amphithéâtre sur la montagne; Cette vue peut êtr| aussi agréable en venant par la mer alors on découvre en entier son vaste port et les collin<$ sur lesquelles Gènes est bâtie : les voyageur» ne peuvent se lasser d'admirer ce magnifique spectacle, d'où l'on peut parfaitement distinguer les principaux édifices , tel que la Tour du Palais, celle de S.* Laurent et la belle Église de Carignan, avec le Pont qui porte ce nom et qui reunit deux collines.
Quelles sensations délicieuses n'éprouve pas tout artiste en entrant dans Gènes. En effet a la vue de ces beaux Vestibules, de ces cours élevées, de ces riches portiques, et surtout de ces -escaliers pompeux dont la disposition théâtrale cause h l'Etranger un plaisir d'autant plus vif qu'il est nouveau pour lui ! les palais y sont si nombreux et si rapprochés les uns des au' très, que 1 ou seroit tenté de croire que Qè
nés n'a que des Princes pour babitans : ce qui faisait dire à M. m * de Staël , pendant son séjour dans cette Ville, que la grande rue lui semblait avoir été bâtie pour un Congrès de Mois.
En effet le marbre et la peinture y sont telle* ment prodigués, que, même en sortant de Rome, on ne peut que bétonner d'une telle richesse. Le marbre surtout y est si commun , qu'il se trouve très souvent employé à la construction de l'habitation la plus modeste. Aussi entre toute les Villes de l'Italie, Gênes a-t-el le été surnommée la Superbe.
HISTORIQUE Sur la Fille
de GÊNES.
L'origine de la ville de Gênes est ensevelie dans les ténèbres : Elle reconnaît Janus pour son fondateur: Voici l'inscription qu'on lit sur la frise de la collonade, qui forme la grande nef de .la Cathédrale, Janus Princeps Trojar
(5) nus astrologia peritus navigando ad habitaitdum iocum querens sanum drabilem securum ' Januam Jam fundatam a Jano Rege Italie presupote hoe venit et eam cemens mare et mentibus dudisemam ampleavit nomina et poser.
Le B. Jacques de Varagine Archevêque de Gènes en 1292 ; Dans sa chronique qu'on corn serve manuscrite dans les bibliothèques dé Gênes, et qui est imprimé par morceaux au tome IX de Muratori Script* Rer. Italie. Établit sa fondation 707 ans avant celle de Rome, sa rééducation au temps d'Abraham j et sa troisième réparation 12^6 ans avant Jésus-Christ. Il prétend prouver qu'il soit sorti de Troie Àntenor, Enée et Janus qui tons trois vinrent en Italie ; il rapporte la destruction de Gènes par Magon frère d'Annibal lan 5*4 de Rome, et comme elle fut rebâtie par Lucrèce envoyé par le Sénat en 545.
Gènes reçut la religion chrétienne par la prédication de SS. Apôtres Pierre, Paul et Barnabe et notamment de S.* Nazaire qui vint* il Gènes 35 ans après la passion de Notre.:
Seigneur,
Pendant la chute de PEmpire Romain en occident elle éprouva la fureur des Barbares qui envahirent l'Italie \ Elle fut ravagée par les Bourguignons conduits par Pendebaud ; par les Goths aux temps de Ihéodoric le grand; par les Longobards commandés pan leur Roi Alboin en 569 -, au septième siècle elle fut entièrement détruite par Rotharis Roi de cette nation : rétablie sous Charles-Magae qui délivra l'Italie du Joug des Longobards, elle s'acrut insensiblement jusqu'au X. m * siècle, que les Sarrazjns la détruisirent entièrement*
La Puissance de Gènes se fit connaître à la première croisade conduite par Godefroy de Bouillon au siège de Jérusalem , prise en 1199 sur les Sarrazins , qui furent chassés de la Palestine et de la Syrie. Les Génois armèrent peur cette expédition /\o Galères commandées par Guillaume Embriaco Génois, Amiral de toute la flotte des Croisés $ La ville était pour lors peu de chose , le port était un petit bassin entre le rocher de Cas tell o au pied du quel est N. D. des Grâces et le vieux Mâle, qui fut commencé en 1283. La ville comprenait l'emplacement depuis la porte de 5«* An*
(7) dré jusqu'à la place dé S. George, où il y avait une
porte.
Originairement cette Ville était gouvernée par des Consuls , ensuite par des Podestats des Abbés et finalement par des Doges électifs.
Simon Boccanegra en i33c), fnt le premier revêtu de cette charge, depuis cette époque jusqu'à Tan i5a8, ou elle eut une constitution fixe, elle passa en différentes reprises sous la protection de divers Souverains et sous des Doges élus par les différentes factions, dont elle était divisée, et de i 5a8 jusqu'à l'année 1 797,' elle eut des Doges renouvelles tous les deux ans; cette forme de Gouvernement cessa en 1797»
que le torrent de la révolution de France, fit changer le Gouvernement d aristocratique en démocratique, qui reçut en suite diverses modifications imitées de celle qu'éprouvaient le même genre de gouvernement chez le peuple dont ils avaient adopté le système: En 1800 cette ville occupée militairement par les débris de l'armée française, et commandée par le Gêné-. rai Massena , soutint contre les autrichiens un des Blocus des plus mémorables des dernières guerres. ( la relation de ce Blocus a été im-
(8) primée, (i) Gènes conserva son indépendance , jusqu'en i8o5 qu'elle fut réunie à l'Empire Français, son territoire forma trois départe- Biens: En 181 4 die fut nouvellement rétablie en république | et par le congrès de Tienne elle fut réunie aux états de S. M.
le Roi de Sardaigne. Cette réunion eut Heu le 19 Juin 181 5$ depuis la paix générale die a jouit constamment de la tranquillité, son commerce a repris son ancienne célébrité, et son pavillon est respecté par toutes les Puissances Barbaresques , qui furent toujours son ennemi déclaré.
Gènes a donné le jour à plusieurs grands hommes, nous ne citerons que Cristophe Colomb et André Dorisu Le premier naquit à
Gênes en l'année i447* ' e ^ eu ^ e 8a na ' s ~ sance est maintenant certain; l'ouvrage de M. r Bossi , (a) et l'excellent mémoire de M. Jérôme
(1) Giomale délie opérazioni dell' Assedio e Bloco di Genova scritto dal Générale Thiebault, t vol. in-12, Genova 1800
(1) Vita di Cristoforo Colombo scritta e orredata di nuove osservazioni di note stortche critiche e di un appendice di documenti rari o inediti del Cav. Bossi, 1 vol. in-8.°, Milano 1818. .
(9) Serra inséré dans les mémoires de l'académie, le prouve asse* clairement pour n'être plus contesté; la renommée de ce grand homme est trop connue pour qne nous en parlions.
André Doria qui en i5a8 rendit la liberté li sa Patrie et rendit la puissance de Gènes redoutable h ses ennemis , les Génois surent recompenser $ea emminens services ; on érigea k ce grand homme une statue en marbre sur la place du Palais public , qui fut renversée en 1797 par le vandalisme révolutionnaire qui n'eut aucun égard à la mémoire d'un homme si célèbre j le Gouvernement lui fit aussi le don d'un Palais près la place de S.t Mathieu , et y fit mettre l'inscription suivante :
S. C. ANDREA DE AURIA
PATRLE LIBERATORI
MUNUS FUBLICUM.
qui fait autant d'honneur à la personne qui en est l'objet qu'au Gouvernement qui sut si bien recompenser le mérite d'un si grand homme*
COMMERCE et MANUFACTURES De la Ville de Gènes.
La situation avantageuse du port de Gêne»
qui se trouve polir ainsi dire , central entre l'Italie, les cotes orientales, la France et l'Espagne a- toujours attiré dans son: port une im* mense quantité des denrées des deuxindes, du Nord et des pays situés sur; les. côtes de la méditerrannée , dont il est naturellement l'entrepôt. Les grandes routes maintenant en construction vont rendre l^s communications far ciles avec l'intérieur de l'Italie : le commerça y trouvera des débouchés ayama^çux et une»
source de prospérité.
Gênes a beaucoup de manufactures pour la consommation du pays et de l'étranger, quelques uns de ces établissements: dirigés par des fabticans intelligens, vont acquérir par la paix un perfectionnement qui en augmentera l'étendue et l'importance. Ou recueille de très-bel? 1& soies sur son territoire, elles; sont mises* eri couvres, ainsi qu'une grande quantité? àé soies et an^ères avec une perfection qui les* fait beaucoup rechercher 5 de sorte que l'ex-
portation des soies ouvrées est devenue une branche essentielle et lucrative de l'industrie des Génois.
Les fabriques d'étoffes de soie, et particulièrement les velours de Gènes conservent toujours leur ancienne réputation.
Les papeteries de Vol tri, fournissaient jus* qu'à cinquante mille Balles de papier , particulièrement pour l'Amérique et le levant; on y compte plus de soixante manufactures eu activité; son papier étant très-recherché, n'étant point sujet à être attaqué par les vers; cette propriété lui vient de l'eau qui est sulfureuse qui descend des montagnes qui environnent \oltri.
Les babitans des différend villages de là rivière du levant, vont non seulement sur lea côtes de la Corse mais jusqu'en Sardaigne et en Afrique pour pécher le corail que Ton travaillé à Gènes avec beaucoup d'art ; il s'en fait des envoies très considérables, en France, en Angleterre, dans le levant et dans les Indes « Ce commerce occupe quantité d'ouvriers . et devient une branche de commerce très lucrative.
( ta )
De Sx "Pierre-dArena jusqu'à Voliri sur toute la côte , il existe depuis très long-temps des fabriques de savon , supérieur à celui qui épient de l'étranger , qui est encore une branche de l'industrie nationnale.
Nous mettrons aussi au nombre de l'industrie de ses habitans, les mines de sel d'Angleterre, les manufactures de ceruses remarquables par sa blancheur et pureté : de l'huile de vitriol, celles de fntaine, basins, toiles quadrillées , bas de coton y filatures de coton ; les étoffes de filoselles, les parepluies de toile cirée, les tabatières dites de la Madelaine, les nombreux travaux en marbres indigènes et «étrangers ; enfin les pâtes qui se travaillent 3* Gè- ■ies avec une grande perfection, et dont on fait des envoies dans toute l'Europe ex l'Amériquç.
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Vt/sm/e par (Jmuhier