‹ Nouvelle et terrible épreuve: deux Frères convers noyésChapitre 1 sur 2 · VICARIAT DE L'ATHABASKA · texte numérisé non relu

VICARIAT DE L'ATHABASKA

Mission Saint-François Xavier.

mme

Une circonstance bien imprévue et aussi bien triste, hélas ! veut que j’écrive ces lignes. Il faut croire que le Bon Dieu nous aime car il vient de nous éprouver d'ano façon bien douloureuse. Il y à mercredi huit jours, c’est-à-dire lo 6 juillet, le feu nous détruisait notre petite buanderie avec tout ce qu’elle contenait. En moins d’ane heure, tout était rasé. Nous nous sommes bornés à protéger notre maison d'école nouvellement bâtie qui se trouvait juste en face, et sur laquelle un vent violent poussait les flammes de lincendie. Ce malheur bien lourd déjà pour notre pauvreté et bien difficile à réparer, étant donnés notre isolement et la difficulté des communications en cette saison de l'année, ne devait être pourtant que le prélude d'une épreuve bion plus lourde que le Bon Dieu nous réservait.

Le jeudi 30 juin, le Fr. Welsch, qui était venu bâtir la maison d'école en question, nous quittait pour reprendre le chemin de Saint-Bernard, lieu de sa résidence, accompagné du Frère Nicolas, qui devait revenir avec nn groupe de sauvages partis pour le Petit Lac -des Esclaves quelques jours auparavant. Les Fréres nous quittèrent vers Huit heures du matn et durent atteindre la rivière Boncane vers midi. Cette rivière se trouve à une vingtaine de milles

d'ici. On la traverse à gué pendant l'été, mais il faut la remonter à une certaine distance. Par une méprise qui devait leur coûter la vie, les deux Frères tentérent de passer à un endroit très profond qu’on ne traverse qu’en radeau.

Le samedi 9 juillet, les sauvages étaient de retour du Lac. Ne voyant pas le Frère Nicolas, nous les interrogions pour savoir s'il n'était pas arrivé à Saint-Bernard et s'ils ne l'avaient pas vu :

— Non, nous répondirent-ils, nous n'avons vu personne sur le chemin, et les deux Frères ne sont certainement pas arrivés à la Mission. Nous avons vu seulement un cheval avec une bride, embarrassé dans une longue corde qu’il porte au cou.

Au signalement qu'ils nous donnèrent, nous reconnûmes le cheval du Frère Nicolas et il ne nous en fallut pas davantage pour soupçonner un malheur. Aussitôt, un cert&in nombre de sauvages partirent à la recherche des Frères et ne tardèrent pas à les trouver tous les deux, après quelques jours de recherches. On se hâta de les amener ici, et maintenant nos deux bons Frères reposent à l'ombre de la croix de notre petit cimetière.

Il est assez difficile de savoir comment a dû se produire l’accident, car il n’y avait aucun témoin. Cependant quelques détails recusillis de la bouche des sauvages permettent de reconstituer assez fidèlement les faits tels qu’ils ont dû se passer. C'était le Frère Welsch qui marchait le premier sur un cheval fort et vigoureux, Il avait déjà franchi à la page, probablement la partie la plus difficile de la rivière, lorsque son compagnon arrivant au milieu du courant, ayant probablement peur, dut perdre l'équilibre et tomba ” dans l’eau. Libre de ses mouvements, le cheval put regagner la rive qu’il venait de quitter.

Alors le Frère Welsch dut tenter un suprôme effort pour sauver son compagnon. Saisissant la longue corde dont il s'était muni pour attacher son cheval au campement, il la

jeta probablement au Frère Nicolas, qui déjà trop loin et en plein milieu du courant ne put la saisir.

Voyant l’inutilité de ses efforts, le Frère Welsch chercha alors à se sauver lui-même et à gagner la rive. Il y serait probablement arrivé, si son cheval ne se fût pris malencontreusement le pied dans la bride, en sorte que les mouvements qu’il faisait pour nager lui maintenant la tête sous l’eau, il finit par so noyer. Cheval et Frère allèrent échouer non loin de la rive, à un endroit peu profond où on les a retrouvés ensuite.

Quant au Frère Nicolas, emporté par le courant, il est allé que'que milles plus loin où on l’a également retrouvé, ce qui nous a donné la consolation bien douce au milieu de notre douleur, de pouvoir au moins leur tendre les derniers davoirs.

C'est à moi qu'échut le triste honneur de leur faire leur cercueil et les croix à l’ombre desquelles ils reposent mainnant,

Voilà, mes bien chers frères, la double deuil qui est venu jeter un voile de tristesse bien épais sur notre petite mission du lac Esturgeon et sur le Vicariat tout entier. N'avais-je pas raison de vous dire que le Bon Dieu devait nous aimer beaucoup, puisqu'il nous éprouvait si fortement? Aussi, confiants dans sa bonté, nous allons nous courber amoureusement sous sa main, en faisant comme les bons soldats qui se serrent plus fortement lorsque la mort fait des brèches dans leurs rangs, en attendant que d’autres viennent prendre la place de ceux qui sont tombés.

Ea attendant vous ne refuserez pas de vous associer à notre deuil au moins par vos prières et vous aurez un petit souvenir pour les deux Frères que le Bon Dieu vient de nous prendre. Je leur avais donné la sainte Communion à ma messe avant leur départ, Il est à croire que cette communion leur a servi de viatique pour le passage dans l'éternité. Cependant cette douce assurance au milieu de

— du —

notre douleur ne nous exempte pes du devoir de la prière. Vous prierez done pour eux et aussi pour nos Missions si crusliement éprouvées.

C'est pour nos « Missionnaires auxiliaires » plus que jamais le moment de nous venir eh aide.

E. Jascier, O. M. F.

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