‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 133 sur 252 · TABLEAU DE LA CALOMNIE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA CALOMNIE

Le tableau de la calomnie fait par Apelles, est mis au nombre des excellens ouvrages de ce grand peintre. On y voyait la calomnie représentée en grand , avec tous ses accompagnemens. La crédulité y figurait

avec de grandes oreilles , et tendant les mains à la calomnie qui s'approchait ; aux deux côte's de la crédulité' e'taient l'ignorahce elle soupçon: celle-là sous la figure d'une femme aveugle, celui-ci comme un homme d'une mine assez renfrogne'e , marquant quelque secrète inquie'tude, mais ne'anmoins représente' avec un tel art que, par sa contenance, il semblait s'applaudir d'avoir découvert quelque chose de caché. Au milieu du tableau, en face de la crédulité, paraissait la calomnie, comme une femme très-belle et très-ajuste'e, mais irritée, ayant le regard farouche et les yeux ardens de colère. Elle portait de la main gauche un flambeau allumé, et, de la main droite, elle traînait un petit enfant qui implorait par ses cris le secours du ciel.... elle était précédée de l'envie, sous la forme d'un homme maigre et sec, dévoré de ses propres chagrins; et elle était suivie de deux femmes, qui semblaient prendre soin de ses ornemens, et de ce qui regardait son service.

Dans une distance qui permettait encore de distinguer les objets, on voyait la vérité qui semblait marcher vers l'endroit où était la calomnie , et derrière la vérité était le repentir, sous un habit lugubre.

Il est facile d'entendre ce que signifie chaque partie de cet excellent tableau. La calomnie, qui déchire l'innocence, et qui porte partout un feu dangereux, n'est reçue que par une sotte et malicieuse crédulité; et cette crédulité ne vient que d'ignorance, ou de soupçon. Le calomniateur ajuste tout ce qu'il dit par le moyen de l'imposture, et il se sert de la flatterie pour s'insinuer dans l'esprit de celui qui écoute. Mais la vérité paraît tôt ou tard qui découvre la malice du mensonge, et il ne reste à la calomnie qu'un cuisant rependr qui fait son partage et son tourment.

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LES CALOUNIATEURS CONFONDUS.

Saint Alhanase ayant elé accusé par les Ariens d'avoir fait couper une main à Arsène, confondit d'une manière bien triomphante ses calomniateurs. Il se rendit à leur assemblée, dite le Conciliabule de 'J'yr, accompagné du seul prêtre Théodose. Ses ennemis, après un prélude rempli de faussetés et de mensonges, tirent enfin d'une boîte et produisent cette fameuse main : Voilà, disent-ils à Athanase, voi/à ce qui doit vous juger , ce qui doit vous condamner ; reconnaissez la main du saint homme Arsène. Athanase, comme s'il eût été convaincu, resta quelque tems la tête baissée et dans le silence; puis regardant l'assemblée d'un air timide ." Quelques-uns d'entre vuiis^ dit-il, ont-ils connu Arsène? Plusieurs évêques se lèvent et disent qu'il l'avaient vu anciennement, et qu'ils se remettaient encore sa figure. Le saint évêque avait eu soin de garder secrètement Arsène chez lui, sachant bien qu'il aurait besoin de sa présence. Ayant fait un signe, tout-à-coup on vit entrer un homme couvert d'un grand manteau ; c'était Arsène. Athanase lui faisant lever la tête : Le reconnaissez-vous , dit-il ; c'est là cet Arsène que j'ai tué, et qu'on a cherché si /ong-teins. Toute l'assemblée demeura interdite et confondue, en voyant un homme que la plupait croyaii-nt mon, on du moins bien éloigné; Athanase profite de leur trouble, découvre un côté du manteau, et montre une des mains d'Arsène; puis il le tire à l'écart comme pour le renvoyer, mais il saisit cet instaiit pour découvrir l'autre, et s'adressant aux évêques: Voilà ce me semble les deux mains d'Arsène^ je ne sache pas quîl en ait eu trois. C'est à nos adversaires à nous dire d'où, vient la troisième. Cette justification évidente, loin de désabuser les Ariens, ne fit qu'exciter encore davantage la haine qu'ils portaient à Athanase Devenus fu-

rieux h force de confusion , et comme enivrcfs de honte, ils remplissent l'asscmble'e de tumulte : Cest un fourbe ; c'est un magicien, s écrient-ils, ils nous fascine les yeux par ses sacrilèges , ils mérite doublement la mort. Ils l'auraient de'chire', mis en pièces ; mais les officiers de l Empereur s'y opposèrent, et le firent embarquer la nuit suivante. Athanase traîna d'exil en exil le poids de cette calomnie; les déserfs, et jusqu'au sépulcre de son père, lui servirent d'asile pour se soustraire aux persécutions de ses ennemis. Malgré tant de cruelles vexations, il conserva toujours une grande tranquillité d'àme. — Que dirions-nous, que ferions-nous, si de pareilles contradictions venaient nous accabler ? Rougissons de notre faiblesse.

Vie de saint Athanase.

SAINT VINCENT DE PAITLE ET SAINT FRANÇOIS DE SALES EN BUTTE A LA CALOMNIE.

Saint Vincent de Paule,cet homme digne de l'ad-, miration de tous les siècles, fut aussi atteint par la calomnie. Un juge, chez qui il demeurait, l'accusa d'un vol de 4 écus. Il décria le saint parmi ses connaissances et ses amis. Vincent de Paule, peu frappé.d'une accusation aussi ridicule, se contenta de nier le fait et de dire tranquillement : Dieu sait la vérité. Pendant les six ans que ce faux soupçon pesa sur lui , il ne dit rien autre chose pour sa défense, et ne laissa pas échapper la moindre plaiftle. Le véritable voleur finit par se découvrir lui-même. — Saint François de Sales fut également attaqué dans sa réputation par un liberlin qui était irrité contre lui, parce qu'il avait voulu détourner du crime une courtisane que ce libertin entretenait. 11 supposa donc une lettre de ce saint prélat à cette femme de mauvaise vie. Il contrefit très-bien et son écriture et son style, et comme il y parlait le

langage de la plus infâme passion , cette calomnie fit des dupes sans nombre. On le regarda comme un hypocrite abominable ; le saint souffrit patiemment celte inculpation ; mais deux ans après, le coupable, bourrelé de remords, avoua sa faute et de'sira qn'on donnât toute la publicité possible à sa rétractation.

GODESCACD , Fie deiSaintt.

HISTOIRE DE M. BOUDON , GRAND ARCHIDIACRE d'ÉVREUX.

On aurait de la peine à trouver dans les siècles passés un ministre de l.-C. qui ait été plus persécuté, plus profondément humilié, plus rassasié d'opprobres et d'infamies, que M. Boudon , grand archidiacre d'Évreux. Calomnié auprès de son évêquc par des hommes qui ne pouvaient lui pardonner sa piété et ses vertus, parce qu'elles étaient une censure continuelle de leurs désordres, M. Boudon fut déposé et interdit. Il se vit dans l'état où son divin maître se trouva pendant sa p-s^sion. Toutes les voies de douleur s'ouvrirent pour lui, toutes celles de la consolation lui furent fermées. Trahi par les uns, abandonné par les autres, méprisé de tous, il fut un but que nulle flèche n'épargna. Il ne paraissait dans les rues que ceint du bandeau de l'ignominie. On le montrait au doigt , on le chargeait d'injures, on lui prodiguait les plus grossières épithètes ; la plupart évitaient son approche comme celle d'un chien enragé. On en vint jusqu'à faire le signe de la croix devant lui , comme devant un démon , et à lui jeter de l'eau bénite , comme à un possédé. Si cette conduite toucha l'Arcidiacrc , ce ne fut que parce qu'elle offensait Dieu , en blessant la justice. Four lui, il y trouvait son compte, parce qu'il V trouvait de quoi souffrir. Modèle accompli de patience et d'abandon à la divine Providence , il n'ouvrit pas une seule fois la bouche pour se plaindre , il ne

dit pas un seul mot pour sa justification , et denneura huit années sous le poids de la calomnie , content et joyeux d'avoir quelque ressemblance avec son divin maître.

L'innocence de M. Boudon fut enfin reconnue. Il fut démontre' que de toutes les accusations intente'es contre lui, il n'y en avait pas une qui ne fut le fruit de l'envie et de l'imposture. Son plus grand ennemi lui demanda pardon de ses excès , et M. l'évêque d'Évreux, ouvrant enfin les yeux à la lumière, non seulement rendit à son archidiacre ses premiers devoirs, mais il crut devoir le de'dommager de ses peines, en lui donnant des marques authentiques d'estime et d'affection. Il honora de sa pre'sence plusieurs de ses prédications, et voulut que tant qu'il demeurerait à Évreux, il n'eût point d'autre table que la sienne.

C'est ainsi que Dieu justifia son serviteur ; et ce fut avec un véritable plaisir que ceux qui aimaient la religion, le virent, comme avant sa disgrâce, exercer son zèle et dans l'administration de la pénitence , el dans toutes les chaires du diocèse.

COLLET , Fi» de 11. Boudon.

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