‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 196 sur 252 · PREMIÈRE COMMUNION DU DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE COMMUNION DU DUC DE BOURGOGNE

Lorsque Fénélon se fut convaincu que la raison et l'instruction du duc de Bourgogne étaient assez avancées pour qu'il put s'approcher des Sacrcmens avec

la foi et la piété que demande l'e'glise, il lui fit faire sa première communion. Voici 1p discours qu'il lui adressa dans celte circonstance. « Le voilà enfin ar- » rivé, Monseigneur, ce jour que vous avez tant dé- » siré et attendu, ce jour qui doit apparemment dé- )) cider de tous les autres de votre vie, jusqu'à votre a mort. Votre Sauveur vient à vous sous les appa- » rences de l'alimont le plus familier, afin de nourrir s votre âme, comme le pain nourrit tous les jours a votre corps ; il ne tous paraîtra qu'une parcelle d'un » pain commun, mais la vertu de Dieu y est cachée,

» et votre foi saura bien l'y trouver. Dites-lui, comme » Isaïe le disait ; Verè tu es Deus absconditus. C'est un

^fi Dieu caché par amour : il nous voile sa gloire de »• peur que nos yeux n'en soient éblouis, et afin que > nous puissions en approcher plus familièrement.

• C'est là que vous trouverez la manne cachée avec » les divers goûts de toutes les vertus célestes; vous » mangerez le pain qui est au-dessus de toute subs-

• tance; il ne se changera pas en vous, homme vil et » mortel, mais vous serez changé en lui pour être un

• membre vivant du Seigneur. Que la foi et l'amour » vous fassent goûter le don de JiitnxGuitate et videte » quo'ùam suavis est Dominiis».

Cette cérémonie fut l'objet de l'édification de toute la cour : monseigneur le duc de Bourgogne en conserva l'impression d'une piété sincère et profonde. Les mémoires du tems rapportent qu'il communiait tous les i5 jours, avec un recueillement et un abaissement qui frappaient tous ceux qui en étaient témoins.

But. de Finélon , par /• C. de BEACSET. PREMIÈRE COUMUiNION DE MADAME ROYALE.

Ce fut le 8 avril 1 790 que madame Royale , aujourd'hui dauphine, fit sa première communion. Le matin de ce jour solennel , la reine ayant conduit dans la

chambre du roi la jeune princesse , lui dit : « Ma fille , jetez-vous aux pieds de votre père; demandez-lui sa béne'diction. • Madame se prosterna, son père la bénit et lui adressa ces belles paroles : malheur à quiconque les lirait sans attendrissement !

« C'est du fond de mon coeur, ma fille , que je vous » bénis, en demandant au ciel qu'il vous fasse la grâce » de bien apprécier la grande action que vous allez » faire. Votre cœur est innocent et pur aux yeux de » Dieu : vosvœux doivent lui êtreagréables ; olFrez-les 9 lui pour votre mère et pour moi. Demandez-lui qu'il » me donne les grâces nécessaires pour faire le bont heur de ceux sur lesquels il m'a donné l'empire, et

• que je dois considérer comme mes enfans. Deman- » dezlui qu'il daigne conserver dans ce royaume la » pureté de la religion, et souvenez- vous bien, ma » fille, que cette sainte religion est la source du bon- » heur et notre soutien dans les adversités de la vie.

• Ne croyez pas que vous en soyez à l'abri : vous êtes » bien jeune , mais vous avez déjà vu votre père af- » fligé plus d'une fois. Vous ne savez pas , ma fille, à

• quoi la Providence vous destine ; si vous resterez » dans ce royaume , ou si vous irez en habiter un au- ■ tre. Dans quelque lieu que la main de Dieu vous » place , souvenez-vous que vous devez édifier par vos » exemples, faire le bien toutes les fois que vous en » trouverez l'occasion. Mais surtout , mon enfant , » soulagez les malheureux de tout votre pouvoir. Dieu » ne nous a fait naître dans le rang où nous sommes,

• que pour travailler à leur bonheur et les consoler » dans leurs peines. Allez aux autels où vous êtes at- » tendue, et conjurez le Dieu des miséricordes de ne » vous laisser oublier jamais les avis d'un père teli- » dre.»

GÉNÉROSITÉ ADMIBABLE s'CNE JEUNE DEMOISELLE.

Le jour qu'une jeune demoiselle de Paris , nommée Le Camus, fil sa première communion , une veuve indigente , qui connaissait sa piété et sa charité, vint lui exposer , de la manière la plus attendrissante, la situation déplorable où elle était réduite; elle lui peignit avec les couleurs les plus vives la cruelle impossibilité où elle se trouvait de donner du pain à ses en- , fans qui lui tendaient en vain les bras. Dans l'espérance d'en obtenir , et profitant de la circonstance qui lui était connue: «Ah! Mademoiselle , s'écria-t-elle, ce dimanche est un si beau jour pour vous, pourriez-vous refuser de nous faire participer à votre bonheur, et seriez vous moins libérale env»-rs nous que J.C. ne l'a été à votre égard? » Ces dernières paroles frappèrent vivement l'esprit de mademoiselle Le Camus; elle sentit son cœur s'attendrir , et après quelques raomens de réflexion, elle dit à la veuve infortunée : « Je ne puis rien faire à présent pour vous ; mais attendez-moi dans ma chambre , je viendrai bientôt vous rejoindre, et peut-être à mon retour, je serai assez heureuse pour pouvoir adoucir vos malheurs. > Après avoir dit ces paroles, elle s'empressa d'aller dans l'appartement de son père , qui l'aimait tendrement, et se jetant subitement dans ses bras: « O mon père , s'écria-t-elle avec le ton le plus sentimental, vous n'avez cessé jusqu'ici de me donner les marques les plus sensibles de votre tendresse, mais il faut qu'aujourd'hui vous m'en accordiez une encore plus signalée ; el c'est à ce nouveau trait de votre bonté, que j'attache une partie de mon bonheur. — Que souhaites-tu donc? lui répondit le père, en la serrant dans ses bras; explique-toi sans crainte. — Je n'ose vous dire. .. — Ose tout, mon enfant, et songe que tu parles au meilleur des pères , à un père qui n'a rien

à te refuser. Que te faut-il donc? explique-toi encore une fois. — 11 me faut.... Il me faut accorder à l'instant... — Quoi 7 — Une pension viagère de cent e'cus, sur la dot qui m'attend. — Une pension viagère de cent écus, et cette pension, m'assures-tu, doit contribuer à assurer ton bonheur ? Ah ! je ne le sacrifierai pas à une si modique somme. Mais qu'est-ce qui t'engage à me la demander? Rien ne manque ici à tes vœux; tout ce qui est à moi t'appartient, et nos biens ont été' jusqu'ici aussi unis que nos cœurs. Pourquoi Veux-tu donc commencer aujourd'hui à les séparer? — J'ai pour cela une raison que je ne puis pas encore vous dire , mais elle est si impérieuse , que mon cœur ne peut y résister. INe me refusez donc pas la grâce importante que je vous demande ; je vous en conjure par l'amour que vous avez pour moi, par celui que j'aurai toujours pour vous; et si ce doux sentimen-t ne suffit pas pour vous attendrir, soyez du moins touché des larmes que vous voyez couler de mes yeux. » A ces mots, elle se mit à pleurer. Le père pleura aussi, et lui promit , en l'embrassant, de lui accorder surle-champ le don qu'elle souhaitait. Elle n'eut pas plutôt entendu sa promesse , qu'enivrée , de joie , elle vola dans la chambre où elle avait laissé la veuve désolée qui était venue implorer sa charité; elle l'amena dans l'appartement de son père; et là , lui sautant au cou et l'arrosant de ses larmes, elle lui dit avec transport : << J'ai cent écus à moi pour chaque année; le bon et tendre père que vous avez sous les yeux vient de me les donner ; ils sont à vous et à vos malheureux enfans. » Le père perça alors le voile du mystère dont elle avait couvert sa demande ; il comprit que c'était la charité seule qui la lui avait inspirée ; et comme il était lui-même fort charitable, il applaudit avec joie à la belle action que sa fille venait de faire, lui témoigna la satisfaction qu'il en ressentait, et l'exhorta à con-

— • 376 .^server, pendant toute sa vie, la tendre compassion qu'elle avait montre'e ce jour-là pour les malheureux. La veuve infortunée qui on avait e'te' l'objet , y fut encore plus sensible; elle ne parlait do mademoiselle Le Camus qu'avec un enthousiasme mêld d'attendrissement; elle publiait en toute occasion le bienfait extraordinaire qu'elle en avait reçu ; et l'exemple touchant de sa nouvelle protectrice lui procura bientôt un grand nombre de nouveaux protecteurs. j,.„,, ,„ „„„„

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