‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 82 sur 252 · LE DUC DE G(!!SE · texte numérisé non relu

LE DUC DE G(!!SE

Un protestant avait conçu le dessein d'assassiner le Duc de Guise, qui se montrait défenseur zélé de la religion catholique. Ce projet est découvert; le Prince en est informé, il fait venir l'assassin, et lui dit d un air d'élonnement : Vous ai-je fait tort en quelque chose ? — Non, répondit le protestant. — Qui donc a pu vous portera un tel crime i* — J'ai voulu défi-ndre, ma religion et soutenir ses intérêts, en la délivrant de son plus cruel ennemi. — Eh bien! reprit le Duc, si votre religion vous ordonne d'assassiner, la mienne m'ordonne de pardonner à lassassin qui a voulu attenter à mes jours, et je vous pardonne ; jugez, par cela seul, laquelle est la véritable.

ASQCBTII. , BiêUir» de France, M. L'ABBÉ AURAIN , CURÉ DE FÉGRÉAC.

Pendant le plus fort de la terreur, l'esprit deshabitans de Fégréac s'était conservé si pur et si bon, que leur curé, l'abbé Aurain, n'avait point été obligé de fuir : il était resté parmi ses paroissiens ; il leur parlaft de Dieu , leur enseignait la vertu , comme il avait fait au tems de paix et de bonheur. Quand il allait

— . 159 ~ célébrer la messe, des enfans, qui menaient avec eux des troupeaux , étaient postés par leurs parens sur les hauteurs de la route. Chacun d'eux avait une de ces cornes que l'on entend à midi et le soir dans les campagnes pour rappeler les laboureurs à la ferme ; ils s'en servaient pour avertir que des soldats paraissaient sur le cheoain. A ce signal convenu , on fermait les portes de l'Église , les paysans reprenaient leur ouvrage, et les étrangers armés traversaient le hameau , sans se douter que J.C y était encore adoré.

Un jour, c'était une de ces grandes fêtes célébrées jadis avec solennité , les habilans de Fégréac et de pieux chrétiens dos environs remplissaient l'église. L'abbé Aurain était à l'autel, il venait de prononcer sur l'hoslic les paroles sacrées. Dieu était descendu de la gloire du ciel dans le temple rustique. La foule recueillie adorait en silence ; le signal d'alarme retentit tout-à coup.... Les femmes s'effraient, s'agitc-nt, les hommes se lèvent. Le preire seul ne montre aucun effroi: » Le saint sacrifice est commencé, il ^aut qu'il » s'achève, dit^-il ; Dieu est avec nous, prions, mes » frères, a Alors se penchant sur l'autel, il s humilia, se frappa la poitrine et consomma l'hostie sainte.

Le bruit augmentait au-dehors, les paysans sortaient de riiglise; un enfant s'y précipite en criant: Suuoez-ouus , M. le curé! les Bleus sont entrés dans le village , ils me suivent de près ! Le prêtre venait de déposer sa chasuble , son élole et son aube. Deux dragons de la république paraissent à la grande porte de l'église, le curé les voit, et descendant rapidement les degrés de l'autel , se sauve par la sacristie; dans le cimetière, il rencontre deux autres soldats qui veulent le saisir, il les évite; il franchit le {)etit mur du cimetière , et gagne la campagne. Les républicains le poursuivent. Agile et vigoureux, il saule pardessus les échalliers et les clôtures des champs. A quelque

distance derrière lui, ses ennemis franchissent aussi les obstacles,.- 11 est arrive' sur le bord d'une petite rivière , il nhésile poin', il s'y précipite t'A la traverse à la nago. Parvenu au bord opposé, il se retourne; il voit les deux soldats toujours acharnés à le poursuivre; un deux se jette à la nage... Labbé Aurain reprend sa cou se et gravit le coteau ; il gagne de vitesse, déjà il est hors de la vue et de 1 atteinte de ceux qui avaient juré sa mort. .. Il était sauvé. Il entend dts cris, des cris de détresse, il revient sur ses pas : du haut du coteau , il voit un des dragons qui se débattait dans les eaux, qui ne pouvait plus lutter contre elles, qui allait être englouti.... Le prêtre qui avait enseigné la charité, qui avait prêché le pardon, et recommandé aux hommes de rendre le Lien pour le mal, ne fat [)P.s sourd à "a voix d'un ennrmi qui appelait au secours. Avec cette même vitesse qu'il avait mise à se sauver lui-même , il redescend le flanc de la colline pour arracher le républicain à la mort. Parvenu au bord de la rivière , il s'y jette de nouveau , il plonge et replonge encore pour ressaisir le malheureux qui se noie ; enfin il reparaît sur l'eau , il ramène au rivage le corps glacé du dragon ; il le réchaulfe , il lui rend la vie!

Le soldat de la république a repris l'usage de ses sens, il s'écrie en s'adressant au curé de Fégréac : « Eh quoi ! c'est vous qui m'avez sauvé, vous que je poursuivais , vous dont j'ai juré la mort! »

'< Me voici, lui répondit le Prêtre, je suis voire prisonnier, je n'ai plus de force pour vous échapper, me voici , me ferez-vous mourir .' »

« Que je meure plutôt, répartit le dragon français; je ne porterai point la main sur vous. On nous trompe donc, on nous répète sans cesse que les prêtres sont nos plus cruels ennemis, qu'ils veulent du sang cl ne respirent que vengeance. »

« Mon ami , vous voyez si nous ne respirons que vengeance , répliqua l'abbé Aurain ; en vous sauvanl, je n'ai fait que mon devoir : fout prêtre, tout chrétien devait faire ce que j'ai fait pour vous. J'ai été heureux , voilà tout ; j'en remercie le ciel , remerriez-le aussi et ne persécutez plus ceux qui servent Dieu et qui croient en lui ! »

< Allez-vous-en, allez-vous-en vite, voici mes camarades, dit le dragon, nous autres soldats, nous ne savons qu'obéir. ... sauvez-vous. Je m'en vais à leur rencontre, et je leur dirai que vous êtes échappé; eux ne seraient pas aussi humains que moi. Adieu, adieu, je ne vous oublierai jamais ; ils approchent , sauvez-vous. »

Ils se séparèrent. Le curé exténué de fatigue se cacha. Le républicain rejoignit ses compagnons d'armes, et l'égarement de ces hommes de la révolution était si grand, que celui qui venait d'être sauvé n'osa parler de son sauveur, et garda le silence sur le dévouement du héros de la charité chrétienne. La crainte rendit muette la reconnaissance que le soldat sentait au-dedansde lui.

Lttlres Vendéennes.

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