CRUES DU NIL
la hauteur et la tenue du fleuve; aussi le erieur publie qui annonce les niveaux de crue at-il souvent donné de fausses indications, commandées par le fise, en vue d'un plus fort rendement des impôts. Le jour où le \il vient raser ses bords et où l'on se prépare à couper les digues qui le séparent des canaux de canalisation intérieure est un jour de joie pour tous les riverains, car cette eau grossissante représente pour eux le pain qui va germer dans le sillon; mais l'eau n'a pas encore mouillé leur champ que déjà l'exacteur s'est présenté pour réclamer la part, et plus que la part, du souverain, On sait qu'autrefois une jeune fille était portée en grande pompe au fleuve et jetée aux eaux dévorantes pour obtenir du dieu une récolte favorable ; maintenant on ne livre plus aux flots qu'une poupée, mais c'est encore le bourreau qui est chargé de faire cette offrande, souvenir des sacrifices d temps passé,
Les deux zones de terres alluviales qui longent le Nil sont traversées de canaux d'irrigation qui distribuent partout l'eau nourricière, Le Nil, de mème que tous les autres fleuves coulant dans une plaine d'alluvions, a des berges plus élevées que la partie de la plaine éloignée du lit : une coupe transversale à la direction de la vallée montrerait que de falaise à falaise la plaine a dans son ensemble une forme convexe : le fil du courant, dans sa période de erue, occupe précisément la partie la plus haute de tout l'entre-deux des collines latérales. De cette protubérance médiane, la surface de l'eau s'incline à droite et à gauche, et la pente se continue de part el d'autre dans les campagnes riveraines. La plus grande hauteur de la plaine en proportion de la proximité du fleuve s'explique par la plus forte part d'alluvions qu'y laissent déposer les eaux de crue : le flot qui s'épanche par dessus les berges cherche à descendre obliquement, suivant la double pente qui le sollicite, l’une dans le sens général de la vallée, l'autre transversalement au fleuve. Si l’eau ne trouvait aucun obstacle dans les canaux d'arrosement dérivés du Nil, elle se précipiterait done aussitôt vers la partie basse des campagnes, c'est-à-dire le long des talus du désert, et transformerait cette dépression en un immense lac : il faut retenir le flot de crue dans la partie la plus haute du canal au moyen d’une digue transversale, qu'on ouvre seulement lorsque la partie supérieure a été suffisamment submergée ; l’eau séjourne ensuite dans une deuxième partie du canal également limitée par un barrage, et c’est ainsi que de proche en proche les canaux disposés en gradins apportent le liquide nourricier dans toutes les parties de la plaine". Toutefois la rencontre des courants dans les canaux
* Girard, Description de l'Égypte, tome XX.
latéraux et le dépôt local des alluvions ont modifié en maints endroits ia pente normale du sol, et çà et là les sables apportés par le vent des escarpements voisins ont exhaussé les terres de la plaine au même niveau que celui des berges du Nil où même à un niveau supérieur; les cultivateurs sont obligés en conséquence de changer tout le système de leurs canaux. Jadis, lorsque le Nil égyptien nourrissait dans ses eaux cinq espèces de crocodiles, le petit saurien inoffensif appelé souk se portait en avant des eaux; il en précédait la venue, c'était le héraut de la grande nouvelle, Aussi les villageois accueillaient-ils par des fêtes ces crocodiles de bon augure, et dans les villes éloignées du Nil on leur rendait un cuite solennel; on leur dressait des temples, et dans le sanetuaire vivaient de ces animaux, parés de bracelets et de pendeloques, nourris de la chair des victimes’, Actuellement, il n'y a plus de crocodiles dans le Nit égyptien. Le grand saurien, que l’on voyait encore au commencement du sièele dans les canaux qui traversent le Caire, ne se rencontre même plus à Thèbes : les premiers se trouvaient naguère à Ombos, entre le défilé des Chaînes et Asouân*; dans la région des eataractes se cachent aussi les poissons électriques”, Les hippopotames ou « chevaux du Nil » se sont réfugiés encore plus en amont, vers le confluent de l'Atbära.
Quand le niveau commence à baisser dans le lit du Nil, la masse liquide qui remplit la partie supérieure des canaux s'enfuirait aussitôt dans le fleuve si l'on ne barrait l'entrée de la fosse : ainsi les cultivateurs gardent pour le printemps et l'été l'eau qui leur est nécessaire pour les irrigations; quand le fleuve est en décrue, le niveau de l’inondation est maintenu dans les campagnes à 5 et 6 mètres au-dessus du courant dans le lit fluvial. En outre, les cullivateurs profitent des eaux du Nil qui filtrent latéralement dans le sol à la distance de plusieurs kilomètres, mais avec une telle lenteur que l'effet des crues s’y fait sentir seulement des semaines ou des mois après la période normale de l’inondation : à 100 mètres du courant, il faut attendre de huit à dix jours avant de voir monter l'eau des
puits; à plus d'un kilomètre, elle s'élève seulement lorsque le fleuve à
baissé, Il en résulte ce phénomène bizarre, que, lors des maigres du Nil, l’eau atteint dans les puits éloignés des rives un niveau supérieur de 3 à % mètres à celui du fleuve lui-même : les agriculteurs continuent ainsi les irrigations, qui, sans l’afflux souterrain, seraient impossibles. Les canaux, les digues transversales, utilisés comme chemins entre les 1 Geoffroy Saint-Hilaire, Revue Encyclopédique, tome XXXNIIT, mai 1828.
* Ernest Desjardins, Notes manuscrites; — lProkeseh-Osten, Nilfahrt, 5 Gottherg, mémoire cité,
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