‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 78 sur 225 · SUPERFICIE, RELIEF DE L'ÉTIIOPIE · texte numérisé non relu

SUPERFICIE, RELIEF DE L'ÉTIIOPIE

se dresse entre la mer Rouge et le Nil, au-dessus d'un socle de mille mètres d'élévation, constitue la véritable Éthiopie, De toutes parts, les escar-

pements extérieurs du plateau indiquent la zone de transition entre les

terres éthiopiennes et les pays environnants. Au nord, ce sont les contreforts qui s’avaneent jusque dans le voisinage de la mer Rouge, laissant à leur base une étroite lisière de campagnes riveraines ; à l'est, les pentes abruptes des Alpes du Tigré,'du Lasta, du Choa sont brusquement limitées par des plaines inégales qui se continuent jusqu'à la mer et qui paraissent avoir été en partie des fonds marins; des ouàdi, des marais longent le pied des montagnes, comme ces coulées qui contournent la base des roches récemment émergées. À l’ouest, les déclivités sont plus graduelles : les monts, découpés en chaïnons et en promontoires, s’abaissent par ressauts successifs, confondant leurs derniers renflements avec les ondulations des plaines et se redressant çà et là en massifs et en pitons distinets à travers les couches d'alluvions. Au sud, ies limites naturelles de l'Éthiopie sont moins précises, ie plateau se prolongeant dans cette direction vers les hautes terres du pays des Masaï; néanmoins on sait qu'il existe dans celle région des seuils peu élevés qui permettent de passer facilement des vallées tributaires du Nil par le Sobat dans celles qui s'inelinent par le Djouba vers la mer des Indes.

Tant que ces régions à peine connues n'auront pas été parcourues dans tous les sens, il restera impossible d'évaluer avec quelque précision la surface des régions éthiopiennes. On peut dire seulement que, dans leurs limites politiques actuelles, l'Abyssinie et le Choa comprennent une étendue d’environ 200 000 kilomètres carrés, soit la moitié de la France. Il convient d'ajouter à ces contrées, comme une dépendance géographique naturelle, le pays de Kaffa et la partie du plateau habitée par les Galla et d'autres Wibus jusqu’au seuil de partage entre le Sobat et le Djouba'. Quust aux terres basses, anciennes dépendances politiques du royaume d'Éthiopie qui

! Superficie et population des régions éthiopiennes, évaluées approximativement : Kilom, carrés, Habitants, Bab, par kil.

carré.

Abyssinie (Tigré, Amhara, Godjam, cte.). 200 000 2 000 000 10 TC DIR NET CUT PORTE RU 40 000 1 500 000 31 Pays des Bogos, Mensa, Beni-\mer, ete, 70 000 100 000 Massaouah et pays des Choho . +, , . 95 000 50 000 Pays des Afar, Obok et Assab , , . . , 100 000 200 000 Pays des Issa, ete. , , 4, , , . .. 15 000 60 000 Harrar el pays voisins, , . , , , , . 20 000 200 000 États Galla de l'Éthiopic méridionale, ., 160 000 3 900 000

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s'étendent à l’est des monts abyssins vers la mer Rouge et le golfe d’Aden, elles occupent une surface presque égale à celle de l’Abyssinie proprement dite. L'ensemble de la région comprise entre le Nil, les steppes du Taka, le littoral maritime, de Souakin à Zeïla, et la ligne sinueuse formée par le faite entre les bassins de l’Aouach, du Nil Bleu, du Sobat et les tributaires de la mer des Indes, offre une superficie dépassant 600 000 kilomètres carrés. La population qui l’habite peut être évaluée approximativement à neuf millions d'habitants.

Distincte des contrées environnantes par le relief de ses plateaux «t de ses monts, l'Éthiopie contraste aussi avec toutes les terres qui l'entourent par son climat, sa végétation, sa faune, ses habitants et conséquemment par son histoire. Dans cette immense Afrique où les peuples s’entremêlent comme les ondes, se dresse la haute forteresse insulaire de montagnes, constituant un monde à part. Les Abyssins ont leur évolution propre, différente de celle des nations qui s’entrechoquent à la base de leurs rochers; des guerres, de grandes révolutions se sont déroulées audessous d'eux sans les effleurer, comparables aux vagues que l’on voit se succéder au pied d’un promontoire. Mais si l'Éthiopie semble vivre d’une vie indépendante et ne subit que lentement l'influence des pays circonvoisins de l'Afrique, elle offre en revanche dans son développement intime une analogie remarquable avec l’Europe tempérée. N'est-ce pas un phénomène des plus curieux que, seules dans le continent africain, les populations d’Abyssinie aient accueilli, puis conservé la religion qui, sous des formes peu différentes, domine chez les nations d'Europe”? Non seulement les dogmes religieux, mais aussi les institutions politiques et les mœurs témoignent d'une certaine ressemblance entre le développement actuel des Éthiopiens et l’histoire médiévale des populations qui vivent par delà là Méditerranée. À certains égards, le Habech est une Europe africaine.

Mais pendant le cours des siècles les relations ont été rares et fugitives entre l'Éthiopie et les pays du nord en dehors de l'Afrique. Les Grecs ne se rencontrèrent avec les habitants des plateaux que sous les Ptolémées ; les ports ouverts sur le lilloral voisin servaient aux échanges de denrées, ils aidèrent aussi à la propagation de la culture hellénique, ainsi qu’en témoignent les inscriptions trouvées par les voyageurs en diverses contrées de l'Éthiopie: c'est également par cette voie que le christianisme pénétra dans le pays, de même que le judaïsme s'était introduit avant lui. De nombreuses traditions sont restées de cette époque où domina l'influence hellénique, et les Éthiopiens de nos jours, malgré le témoignage des voyageurs et l'écho lointain de l’histoire européenne, sont encore portés à croire que les Grecs,

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EXPLORATION DE L'ÉTIHOPIE, 197

vaguement confondus avec les fidèles de la religion « orthodoxe », sont la nation la plus puissante de l'Europe‘. Mais peu après la conversion des Abyssins toute relation cessa entre eux et les Byzantins, ct c’est par l’intermédiaire des Arabes que de vagues rumeurs rappelaient au monde européen l'existence de ces coreligionnaires d'Afrique; même pendant les Croisades, le bruit courut souvent que le roi d'Éthiopic allait descendre au secours de ses frères chrétiens. Toutefois les récits qu’on faisait de ces catholiques africains tenaient plus de la légende que de l’histoire, et l'Éthiopie, comme les plateaux mongols, eut son royaume du « Prêtre Jean » où l'on s’imaginait des populations heureuses vivant dans un nouvel âge d'or. Pendant près de mille ans les communications directes entre l’Europe et les Éthiopiens restèrent interrompucs; elles recommencèrent vers 1450, grâce au commerce des Italiens avec les Indes. Si l’on en croit Bruce, le Vénitien Brancalione disputait avec les prêtres abyssins au milieu du quinzième sièele; plus tard, le Portugais Pedro Covilläo, parti de Santarem en 1487, réussit, accompagné d’un autre Brancalione, à gagner le plaeau et la cour du roi d'Éthiopie; mais il ne lui fut pas permis de rentrer dans sa patrie, En même temps, un pèlerin éthiopien, Marcos, se rendait de dérusalem à Lisbonne. Au siècle suivant, les Portugais pénétraient sur le plateau; ils y fondaient des établissements religieux ct militaires et exploraient la contrée dans tous les sens. Pourtant les rapports avec l'Europe n'étaient point renoués d’une manière définitive : les prêtres portugais, accusés d’aspirer à la domination politique, furent chassés du pays. Îl est vrai qu'un médecin français, Poncet, appelé par le roi d’Abyssinie, leur succéda en 1699, mais soixante-dix années s’écoulèrent entre sa courte visite et le voyage de l'Écossais Bruce, qui commence l'ère des explorations modernes. Depuis cette époque, de nombreux Européens, savants, marchands, aventuriers, soldats et missionnaires, ont parcouru le pays; même une expédition militaire européenne s’est faite jusque dans le cœur de l'Abyssinie. Les rapports de commerce deviennent de plus en plus intimes et déjà maint district des plateaux a été désigné par les explorateurs comme un lieu d'immigration future pour des Européens. Mais l'alliance entre les races pourra-t-elle se faire à l'amiable? Ou bien sera-t-elle encore, comme lant d'autres mélanges, précédée par des conflits et des gucrres d’extermination ?

Certaines parties de l’Éthiopie sont déjà mieux connues géographiquement que toute autre contrée de l'Afrique située en dehors des colonies ct

* Gerhard Rohlfs, Meine Mission nach Abessinien.

des régions du littoral où domine l'influence européenne. Depuis l’exploration de Bruce, des voyageurs, tels que Salt, Rüppell, Rochet, Ferret et Galinier, Beke, Sapeto, Krapf, Combes et Tamisier, Lejean, Munzinger, Raffray, Rohlfs, Heuglin, ont étudié le pays et en ont rapporté des observations de toute espèce, des profils et des cartes. Bien plus, M. Antoine d'Abbadie a utilisé ses douze années de voyage en Ethiopie pour en lever un plan géodésique, par des méthodes rapides, mais sûres et précises, el ne le cédant en rigueur qu'aux procédés de triangulation employés à loisir par les géodésiens d'Europe. Sur la carte de M. d’Abbadie, les côtes de la mer Rouge sont reliées aux montagnes du plateau jusque dans le Kaffa par des chaînes continues de triangles et les positions d'environ neuf cents points ont été fixées en longitude ct en latitude : un réseau serré de lignes géodésiques et d’ilinéraires recouvre la carte de l'Ethiopie et les noms des diverses localités sont reportés dans les mailles de ce réseau sans de fortes chances d'erreur". Aucune des contrées où les escouades de topographes n'ont pas encore été à l’œuvre ne possède de carte comparable à celle du savant français. En outre, des levés détaillés ont été pris par les officiers anglais de toute la région que parcoururent les tr ilanniques ce anglais de toute la rég parco nt les troupes britanniques en 1868, de la baie d’Adulis au « mont fort » de Magdala.

ABYSSINIE PROPREMENT DITÉ.

La plupart des voyageurs européens qui ont visité les hautes terres de l'Éthiopie en ont escaladé les pentes du côté de lorient, la face par laquelle l'aspect de la citadelle de montagnes est le plus saisissant. Au-dessus du samhar ou moudoun, plaine nue qui sépare le littoral des premiers escarpements du plateau, on voit se superposer en dômes et en pyramides les gradins extérieurs de la plateforme éthiopienne, roches brûlées ou pentes de verdure, dont les cimes, aux contours presque toujours tremblotants dans la brume, se confondent en une longue arête inégale. A l'issue des ravins qui entaillent les masses rocheuses de leurs sillons parallèles, des pierres roulées, des éboulis succèdent à l'argile des plaines, et çà et là un arbre isolé, quelques broussailles, des lambeaux de prairie se montrent dans les fonds où s’amasse l'humidité des pluies, où passe quelquefois l’eau soudaine et bruyante des torrents. Plus haut se dressent les pentes rocailleuses ou boisées, les parois abruptes, contournées par de périlleux sentiers. Quand le voyageur arrive enfin au sommet de la montagne, il se trouve,

* Géodésie d'une partie de la haute Éthiopie.

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