RIVIÈRES DU PANDJAB, INDUS
profond pour porter de grandes embarcations ; des bateaux à vapeur remontent alors le Satledj jusqu'à Firozpour, au-dessous de la bouche du Bias. Vues dans la période des inondations, les rivières du Pandjab méritent bien la comparaison des poètes hindous qui nous montrent le cortège de l'Indus comme celui d'un roi autour duquel se pressent les chefs aux coursiers rapides', Mais pendant la saison des sécheresses les rivières du Pandjab ne sont plus que d'étroits et plats courants serpentant entre les iles et les bancs de sable et n'ayant pas même toujours assez d'eau pour entrainer le bois de flottage. Souvent les riverains peuvent les passer à gué, sans avoir besoin de s'appuyer sur leurs outres en peau de buffle qui ressemblent de loin aux animaux eux-mêmes, donnant un si étrange aspect aux caravanes de voyageurs, chargés de leur bizarre esquif. D'année en année, les saignées faites aux rivières du Pandjab, pour leur enlever le trop-plein des crues au profit des campagnes altérées, amoindrissent le débit, et les espaces infertiles des doab, c'est-à-dire des « Entre Deux faux » ou « Entr’aigues », diminuent en proportion. En sortant des montagnes, la Ravi roule deux fois plus d'eau qu’à Lahore, trois fois plus qu'à Moultan; certainement aucun des cinq fleuves n’atteindrait la mer isolément; chacun se perdrait comme la Sarasvati, s’il n’atteignait l'Indus*.
Au sud de ces défilés, encore si peu connus, dans lesquels il s'engage après avoir contourné le Nanga-Parbat, l’Indus ou l'Aba-siñd, c'est-à-dire le « Père des Rivières », entre dans le Pandjab comme par une porte triomphale : de là le nom turc de Derbend donné à ce passage, que dominent à l'ouest les montagnes de Mahaban. Cette porte, dont les voyageurs n’osaient point franchir le seuil, est le lieu qu’on appelait jadis les « sources de l'Indus », quoique le fleuve se trouve en cet endroit à plus de 1300 kilomètres de sa véritable origine et qu’il ait déjà fourni près de la moitié de son cours jusqu'à la mer. Il s'étale d’abord dans un large lit, au milieu d’une vaste plaine qui fut jadis un lac, et s’unit à la rivière de Caboul, aussi forte que lui en apparence, et beaucoup plus importante au point de vue historique, puisque là est la grande voie de l'Inde, suivie de tout temps par les migrations, le commerce et la guerre. À peu de distance en aval de la jonction des deux courants, le fleuve vient se heurter contre des rochers qui ont valu à la ville gardienne son nom d’Attok ou « Arrêt » et dont le pont de bateaux est remplacé maintenant par un viaduc de chemin de fer à quatre travées, puis il doit se glisser de nouveau dans une
! Rig Veda, X, 75 ; — Vivien de Saint-Martin, Géographie grecque et latine de l'Inde. # Adolph von Schlagintweit, Mittheilungen von Petermann, 1857, n° 7.
longue série de défilés entre des escarpements; sur un espace d'environ 160 kilomètres, les montagnes et les collines forçaient les voyageurs à se détourner, soit au nord, soit au sud pour traverser l'Indus. Il était done impossible que la position d'Attok ne devint pas un lieu de passage obligé dans l’histoire du monde : les forteresses qui se sont succédé en cel endroit surveillent la route descendant de l'Hindou-kouch au Gange. Souvent on a donné à l’Indus le nom d’Attok ou celui de Nilab, d’après un fort situé en aval d'Attok, sur un étroit du fleuve. Afin de consolider leur frontière du côté de l'Afghanistan et de pouvoir au besoin faire mouvoir parallèlement deux armées dans la direction de Caboul, les Anglais ont construit au sud d’Attok une deuxième ligne de chemin de fer, qui va rejoindre le fleuve à Kouchal garh et se continuera plus tard vers Kohat et le revers méridional du Sefid-koh.
A la eluse de Kalabagh (Karabagh) ou du « Jardin Noir », l’Indus échappe définitivement à la région des montagnes, et libre de nouveau, scrpente en longues sinuosités dans la plaine bordée de coulées et de fausses rivières, indiquant d'anciens cours du fleuve. Ne recevant qu'un seul affluent permanent du côté occidental, le Kouram, il diminue peu à peu par l'effet de l'évaporalion iusqu’à Mithankot, où il reçoit le Pandjnad, formé de l'union des « Cinq Rivières ». Dans cette région, où s'entre-heurtent les courants des deux fleuves, les caprices du fleuve débordé sont plus redoutables qu'ailleurs, Mithankot même fut détruite en 1865 par une crue de l'Indus, et l’on a dû la reconstruire à 8 kilomètres de la rive actuelle, sur un renflement du sol, à l'abri des inondations. Les remparts de défense que les ingénieurs élèvent de part et d'autre pour protéger les rives, laissent en moyenne aux eaux fluviales une largeur de 8 kilomètres, encore insuffisante pendant la saison pluvieuse. Mais le niveau des crues diminue constamment vers l'aval; tandis qu'au défilé d’Attok elles dépassent de 16 mètres le couant d'hiver, elles atteignent à mètres seulement au passage de Rohri.
En cet endroit, le fleuve se resserre pour traverser un petit chaînon de collines calcaires qui rompt un peu l'horizontalité de la plaine. Une falaise, qui porte la ville de Rohri, s'élève de 15 mètres au-dessus du niveau moyen de l'eau, et l'ilot rocheux de Bakkar (Boukkour), sur leqnel se dressent les murailles d'un ehâteau fort, interrompt le courant; d'avance cette pile naturelle indiquait l'endroit où un pont, non encore terminé, devait un jour franchir le fleuve. Ainsi que l'étude géologique du sol le rend très probable, et que le raconte la tradition, — ne s'appuyant d'ailleurs sur aucun locument historique, — l’Indus se détournait au sud à l'endroit où il rencontre la chaîne calcaire de Rohri et prenait directement le chemin du Rarn
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