‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 263 sur 471 · GI SS · texte numérisé non relu

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RAMESWARAM, CEYLAN. 579

des mers avoisinantes, et Ceylan, émergeant par son extrémité septentrionale, se relierait à la côte de Coromandel, de même que par un mouvement en sens inverse plus considérable les monts Anamalah et les massifs voisins formeraient une autre Ceylan avec les plaines qui les entourent. Les Hindous ont toujours reconnu que l'ile du sud est une partie de la grande terre, et de leurs deux épopées, l’une raconte précisément comment un pont jeté par les dieux à réuni l'ile au continent. Les astronomes comme les poèles font de Ceylan une terre hindoue, et pour eux le méridien de l’île est celui du mont Mérou; ils rejoignent par une même ligne initiale le plus haut sommet de l'Himalaya et le pie sacré du massif insulire. Les noms de Ceylan sont aussi d'origine hindoue, à l'exception peutêtre de l'antique appellation de Lanka, qui pourtant, d'après Emerson Tennent, aurait été donnée par les brahmanes avec le sens de « Resplendissante ». Tamraparni ou « Brillante comme le Cuivre » ‘, l'épithète dont les Grecs ont fait Taprobane, s'appliquait aussi au pays de Madoura, dans l'Inde méridionale, et la rivière qui arrose les campagnes de Tinnevelli l'a conservée jusqu'à nos jours. Enfin, le mot de Ceylan ou Ceylon employé par les Européens, celui de Serendib dont se servent les Arabes, ne sont autres que l'antique désignation de Sinhala dvipa, ou simplement Sinhala, « île des Lions ». Il est vrai que ces fauves ne se trouvent point dans Serendib; les « lions » auxquels elle doit son nom sont les conquérants venus du nord qui asservirent les habitants. Ceylan est si bien une dépendance de l'Inde, qu’on peut la considérer comme présentant encore certaines phases de l’ancienne histoire hindoue. Sa population, en grande partie venue du continent, est restée plus fidèle à de vieilles coutumes que les résidents du pays d’origine. C'est à Ceylan on dans les hautes vallées himalayennes, aux deux extrémités de l'Inde proprement dite, qu’il faut chercher les restes du bouddhisme qui fut autrefois la religion des Hindous policés : la littérature cinghalaise a permis aux savants de combler mainte lacune des livres brahmaniques’.

Onésicrite, un des compagnons de Néarque dans la flotte d'Alexandre, ct Mégasthène, l’envoyé de Séleucus, rapporitrent en Europe les premières notions sur Taprobane; mais, comme il est arrivé presque toujours dans l’histoire des découvertes, l'ile prit dans l'imagination des marins des proportions beaucoup supérieures à la réalité; les difficultés de la cireumnavigation, la nécessité d'aller chercher le vent à de grandes dis-

! Turnour, Mahawanso.

3 Chr. Lassen, Indische Allerthumskunde.

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tances lors du renversement des moussons, l'existence de banes qui s'6tendent au loin des deux côtés de la pointe septentrionale de l'île, et probablement aussi la confusion des récits qui faisaient de Ceylan, de Java et de Sumatra une seule et même terre, donnèrent à l'ile indienne d'énormes dimensions : on en fit un Antichthon ou « Contre-Terre », c'est-à-dire un monde faisant dans les mers du sud équilibre au con du nord, Même Marco Polo, avec lequel commence la période des exptorations modernes, donne à Ceylan un pourtour de 2400 milles, près de quatre fois supérieur à la circonférence réelle, qui, avec les îlots avoisinants, est de 1100 kilomètres; mais il ajoute que le circuit de l'ile avait diminué d'un tiers depuis les temps anciens, « selon que se trouve en la mappemonde des mariniers » : c'est à la violence de la mousson du nord qu'il attribuait les invasions de la mer et la destruction partielle du littoral, À un autre point de vue, Ceylan était également grandie par les récits des navigateurs. Ils en avaient fait un pays de merveilles : pour les Chinois, c'était par excellence « l'ile des Trésors », pour les Grecs la « terre des Rubis », et les Arabes, comparant. les rivages ombreux de Serendib à leurs côtes brûlées, racontaient qu'après leur expulsion du pasdis terrestre, les premiers hommes obtinrent de la miséricorde divi aller habiter un deuxième paradis, celui que domine le pie d'Adam, vremiers marins d'Europe, aussi bien que les voyageurs mahométans dont les Mille et une Nuits nous dépeignent l'admiration, disent qu'avant d'apercevoir la terre, on Ja devine aux parfums qu’apporte la brise, Sans doute Ceylan est un séjour d'enchantement, surtout pour ceux qui viennent de quitter les côtes d'Afrique, celles d'Arabie ou bien les contrées marécageuses des Sanderban, d'Orissa, de la Godaveri. Si belle qu'elle soit, elle a néanmoins des égales parmi les îles de l'archipel malais et les Antilles. Enfin, malgré la fécondité de ses campagnes, la richesse de ses mines et son heureuse position entre les deux mers, d'Arabie et du Bengale, Ceylan est loin d'égaler l'Inde anglaise en importance proportionnelle pour la population et le commerce”.

On a souvent comparé la forme de Ceylan à celle d’une poire, dont le pédoncule se rencontre au nord-ouest vers le delta de la Caveri. La région montagneuse occupe le centre de la partie méridionale, et tout autour de ce noyau de roches cristallines le sol s’abaisse régulièrement vers les

# Carl Ritter, Asien, vol. IV, 2e partie, # Emerson Tennent, Ceylon.

3 Superficie et population de Ceylan :

63 535 kilomètres carrés ; 2 758750 habitants en 4881; 44 habitants par kil. carré.

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CEXLAN, PIC D'ADAM, 58

rivages : c'est vers le sud-ouest que les massifs élevés se rapprochent le plus de la mer et des promontoires et s'avaneent en quelques endroits jusqu'au milieu des flots, Dans leur ensemble, les arètes montagneuses de l'ile offrent un certain parallélisme dans la direetion du sud-est au nord-ouest et c'est dans ce sens que s'écoulent les eaux des vallées intermédiaires. Semblable par sa formation géologique au Nil ghiri et à l'Anamalah dans l'Inde méridionale, le mas-

sil de Ceylan leur l'OS N° 129 = MONTAGNES ET CALCAIRES COMALLIGÈNES DE CEVLAN: semble aussi par l'altitude moyenne des pies. Son plus haut sommet, le Pedrotallagalla (2524 mètres), n'est que peu inférieur au Dodabetta et à l'Anamoudi, et plusieurs autres cimes dépassent 2000 mètres :

le plateau de Nouvera elia, de toutes parts environné de montagnes, est à la hauteur moyenne de 1890 mètres. Le Pedrotallagalla, silué au centre du massif et environné par d’autres cimes peu inférieures , reste caché aux habitants des plaines avoisinantes ;

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voyaient d'abord en appro-

chant des côtes occidentales, le Samanala, que les mahométans ont appelé le « Pic d'Adam ». Les bouddhistes lui avaient donné le nom de Sripada, « Empreinte du Pied », en l'honneur de leur maitre, qui aurait laissé dans le roc du sommet la marque de son pied, énorme trou agrandi au ciseau et grossièrement sculpté; à quelques mètres de là, sur la pente, une fontaine marque l'endroit où le saint appuyait son bâton en contemplant l’espace. Des rhododendrons, de 10 à 12 mètres de hauteur, croissent

vas

sur les pentes, recourbant leurs branches fleuries vers à cume, € comm pour se rapprocher de l'empreinte sacrée ».

La moitié septentrionale de l'ile est une vaste plaine dans presque toute on étendue : un seul chaînon se détache du massif central pour se diriger au nordæst vers le havre de Trincomali; en outre, quelques monts se dnsent isolés au milieu des campagnes basses. Tel est le pue de Mahintal, qui domine Ja ville sainte d'Anaradjapoura; des formations basaltiques se montrent çà et à dans le voisinage des côtes. La roche dominante dans la partie montueuse est le gneiss; maint contrefort ne se compose que d'un seul bloc, émoussé aux angles par les agents atmosphériques : quelques-unes de ces masses, se dressant à 200 mètres de hauteur sur une base de plusieurs kilomètres carrés, reploient leur bont en forme de demioupole et des temples ont pu S'abriter au-dessous de er dômes naturned: grâce à ces courbures on à pu tailler dans la pierre des dalles en forme de poutres pour recouvrir des pagodes : la roche indestruetble symibolisait Ja durée de la foi. Le gneiss de Ceylan, comme eelus de Tinde méridionale et comme les trapps du Dekkan, se décompose en une poussière rouge et ténue qui recouvre Je sol. Les gens du pays donnent le nom de crbouk à ces latériles, qui contrastent par leur vive couleur avec la verdure intense des feuillages. En débarquant, le voyageur est frappé tout d'abwnd de Ja teinte rougeûtre des routes et des champs : eest à ce cabouk de « couleur euivrée » que File devrait peut-être son ancien nom de Tamraparni.

Peu de métaux, à l'exception du fer, se trouvent en quantités esploitables dans le: roches de Ceylan; les gisements d'or, fort nombreux, mais pauvre- en mélal, n'ont attiré que de rares mineurs; les veines de graphite, plus productives, donnent lieu à un certain commerce d'exportation. mais il m'est guére de contrées plus riches en pierres précieuses. Les rivières de La côte méridionale, surtout celles qui arrosent les campagnes du Ratnagoura, a « Ville des Rubis », roulent dans leurs sables une «1 grande quantité de rubis, de saphirs et de grenats, que certaines plages en sont presque entièrement composées; Lx poussière que ramassent les Tagrdaires leur sert à polir les gemmes, Cependant on ne recueille point de beaux rubis dans ces alluvions; il faut creuser au-dessous des sables et forer les couches de graviers et d’argiles avant de trouver la couche eristallifère où mellan, que lon croit antérieure aux éruptions de basalte qui se sont fait jour par endroits, C'est dans ce nellan que les chercheurs trouvent les cristaux de prix. Avant l'arrivée des Anglais, les natifs ne s'étaient jamais donné la peine de s'attaquer à la roche même, où se rencontrent les plu:

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