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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Inférieure d’un tiers à l'Inde Cisgangétique par la superticie, la péninsule indo-chinoise est relativement un pays presque désert". Elle n’est fortement peuplée que dans certaines régions du littoral, dans la Barmanie anglaise, aux bouches de la Menam et près de la frontière chinoise, dans le delta du Fleuve Rouge. Et pourtant l'Inde Transgangétique ne le cède point à sa voisine en fertilité et en ressources naturelles : au contraire, prise dans son ensemble, elle est favorisée pour le sol et le climat. Elle n'a point de vastes étendues sablonneuses, offrant en maints endroits tous les caractères d’un désert, comme le Thar du RKadjastan, ni de plateaux de laves, se prolongeant à perte de vue, comme certaines parties du Dekkan. Presque partout les terres de lIndo-Chine sont bonnes pour la culture et partout les pluies sont assez abondantes pour nourrir la végétation. Ce n'est done point le sol qui manque aux habitants : deux cent cinquante millions d'hommes y vivraient plus à l'aise que dans la péninsule occidentale. Par les richesses minières, d’ailleurs d'importance secondaire, comparées à celles de la eulture, l’Indo-Chine est également la péninsule favorisée, Pour les facilités du commerce, elle l'emporte de beaucoup sur l'Inde anglaise. Ses côtes sont moins inhospitalières et possèdent, notamment dans la presqu'île de Malacea el sur les côtes de l'Annam, quelques ports: qui peuvent se comparer aux meilleurs de la Terre; la position de la contrée, à l'angle du continent, entre

! Superficie et population de l'Indo-Chine avec le Manipour, Djittagong et la Barmanie anglaise : 2175 245 kilomètres carrés. 54000 000 habitants. 16 habitants par kilomètre carré.

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la mer des Indes et l'océan Pacifique, fait de ses marchés les escales naturelles des chemins maritimes les plus fréquentés; enfin, il n'y a point de frontières difficiles à traverser entre la Chine et son appendice méridional : du nord au sud, les communications ne sont interrompues que par les guerres, les incursions de pillage et les cordons de douanes. Au nord de l'Inde, l'Himalaya se dresse en rempart presque infranchissable ; au nord de l'Indo-Chine, les indigènes n'ont qu'à se laisser porter par le courant des fleuves pour descendre de l'Empire du Milieu jusqu'à la mer.

Comment done expliquer le contraste étonnant que présentent les deux péninsules de l'Inde Antérieure et de l'inde Postérieure pour le nombre des habitants et l'importance du rôle dans la civilisation? Indépendamment des ‘auses qui proviennent de l'évolution des populations elles-mêmes et que raconteront des historiens futurs, la raison géographique de la remarquable

opposition que présentent les deux Indes se trouve dans la disposition des

bassins fluviaux. Les grands cours d’eau de l'indoustan, à l'exception de l'Indus, parcourent la Péninsule dans le sens de sa largeur, coulant de l'ouest à l'estou de l'est à l'ouest, parallèle. sent aux arêtes montagneuses de l'Himalaya, des Vindhya, du Satpoura. Dans l’Indo-Chine, c'est le contaire : les fleuves Irraouaddi, Sittang, Salouen, Menam, Mekong, coulent du nord au sud, dans le sens du méridien, et les saillies intermédiaires des monts et des collines s'alignent suivant la même direction, En outre, fait apital, loute la partie septentrionale de l'Hindoustan, nivelée jadis par les eaux marines et fluviales, se développe en une immense plaine, n'ayant pas moins de 2900 kilomètres de l'ouest à l'est, L'Indo-Chine, dans ses traits géographiques, n'a rien de comparable à cette plaine hindoue, théâtre naturel de grands mouvements dans l'histoire de humanité.

Avant la construction des routes, qui tournent où suppriment les obstacles el mettent en. rapports faciles des populations vivant jadis séparées, les peuples devaient suivre les voies qui leur étaient tracées d'avance par la nature. Grâce à la pente du sol, ceux qui habitent la péninsule Gangélique pouvaient facilement se déplacer, en se maintenant loujours sous le même climat, en ne changeant rien à leur genre de vie, eu eultivant les mêmes espèces de plantes : cheminant de lorient à l'occident. ou de l'occident à l'orient, sans quitter le bord des fleuves, ils ne cessaient de parcourir des régions semblables à leur pays d’origine ; e'est ainsi que leur cercle d'action pouvait s'étendre de proche en proche. Dans l'Indo- Chine au contraire, la pente du sol inclinée du nord au sud, de la région des plateaux vers celle des plaines, aggrave les oppositions de climats en rapprochant les courbes isothermiques. Des hauteurs du Yunnan aux chaudes

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