CLIMAT DE L'HINDOUSTAN
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dras, au climat équatorial et maritime, la longue série des observations thermométriques, faites depuis les premiers temps de l'occupation anglaise, marque dans ses écarts une amplitude deux fois moindre, entre 17 degrés centigrades, l'extrême de froid, et #2°,5, l'extrême de chaleur.
Les Aryas qui s'étaient établis dans les plaines du nord avaient divisé l'année en six saisons : ce sont les € six jeunes Hommes » des mythes anciens qui font tourner la roue de l’année, entraînant perpétuellement le cercle des êtres et des mondes'! Mais cette division de l’année, que l'influence des chants et des poèmes sacrés a fait adopter dans l’Hindoustan et même sur les froids plateaux du Tibet?, est loin de convenir également à Loutes les régions de la Péninsule, surtout parce que les saisons ne se succèdent pas de manière à présenter au sud comme au nord les mêmes caractères et la mème durée. Le printemps ou vasanta, qui correspond aux mois de mars et d'avril, est la saison de l'amour et du plaisir chantée par les poètes : l'air est serein, le ciel est pur, les brises du midi murmurent doucement dans le feuillage et portent dans les cabanes l'odeur enivrante des fleurs du manguier; les grands travaux de la culture sont terminés; le temps est venu pour les mariages et les fêtes en l'honneur des dieux. Mais la grichma, la « saison des sueurs », vient bientôt ayec ses nuées de poussière qui s'élèvent des chemins et des champs, avec ses fréquents incendies qui naissent parmi les herbes et les bambous froissés : ce sont les mois brûlants de mai et de juin. L'air est calme, mais déjà se préparent les orages, les nuées s'amassent et la foudre éclate annonçant la mousson, qui commence avec la rarcha, la saison des pluies : les fleuves arrosent les campagnes; la na- Lure se renouvelle, la semence germe dans les champs labourés. À ees deux mois, juillet et août, succède la quatrième saison, le charad, l'automne de septembre et d'octobre, qui mûrit les fruits sous sa chaleur encore moite des pluies de la période précédente. L'himanta, ou l'hiver, qui répond aux
derniers mois de l’année européenne, a des nuits et des matinées froides,
mais des journées éclatantes, pendant lesquelles le cultivateur moissonne les champs, bat et recueille son grain. Puis vient le sasi ou sisira, la dernière saison, la période des rosées et des brouillards, qui finit avec le mois de février des Occidentaux. Ensuite le cycle de l’année recommence".
En réalité, les divisions nettement tranchées du climat pour tout l'Hindoustan se réduisent à trois : ce sont les saisons de la chaleur, de la pluie et du froid. La grande crise annuelle, le drame que racontent les anciens
! Maha-Bharata, Adi-Parva.
# Hormann von Schlagintweit, ouvrage cité, % Benjamin Hleine, Tracts, Historical and Slatistical on India.
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SAISONS, MOUSSSN DU SUD-OUEST, 71 tions poèmes et qui à pris une importance capitale dans la mythologie des Hinlaise, dous, c'est l’arrivée de la mousson pluvieuse : ainsi que le signifie son nom egrés arabe de maussim, la mousson est la € saison » par excellence, Les grandes
chaleurs qui accompagnent la marche du soleil, dardant verticalement ses l divisé rayons au-dessus de l'Hindoustan, dilatent l'atmosphère de la contrée et 4 iciens la font monter en colonnes dans les régions supérieures; l'Inde entière se cercle change en fournaise d'appel; les masses aériennes qui reposent sur l'Océan, | codés saturées de vapeurs, s’ébranlent et se portent vers la Péninsule. Sur les ur les côtes de Malabar, des Konkan, de Bombay, le courant aérien de la mousson { gions pluvieuse vient du sud-ouest, et marche précisément en sens inverse des | pas de vents alizés du nord-est. Il semblerait être formé par les eontre-alités ét la : descendus des régions supérieures de l'atmosphère pour souffler à la sur- { ‘mars face du sol; il est probable toutefois qu'il faut y voir, du moins en partie, | oèles : la continuation des vents alizés de l'hémisphère méridional, attirés au nord art par le foyer des Indes, et graduellement infléchis vers le nord-est par la | rs: dt rotation de la Terre. Les observations faites dans les diverses stations météoaps est rologiques de la Péninsule, de même qu'à bord des navires, prouvent que | ichma, les vagues aériennes de la mousson du sud sont dues aussi à un reflux ta alhs local de l'atmosphère au-dessus de la mer de l'Inde : souvent une zone de afasont almes et de vents irréguliers, occupant les mers équatoriales, sépare com-
rie: do plètement la zone des alizés du sud-est et celle de la mousson du sud.
RAS 1 La direction de ce vent n’est pas uniformément du sud-ouest au nord-est
PE 7e sur toutes les côtes de l'Inde; il se meut souvent du sud au nord. Dans € ” LA
di-n0 la vallée de l’'Indus, dans celle de l'Irraouaddi, sur les rives des Sander- € u=
ss deux | band et d'Orissa, au nord du golfe du Bengale, le courant aérien se dirige ie. de perpendiculairement aux côtes qui l’appellent; parfois il provient du sudmoitié es, Tandis que les vents alizés sont un phénomène d'ordre cosmique, d aux ayant pour cause première les mouvements de la planète et sa position rebottes: lativement au soleil, la mousson provient de l’inégale distribution des contisant nents à la surface du globe; que les terres et les mers soient réparties aua der- trement, et par cela même toute la géographie des moussons se trouvera
s-moié changée.
Mais tout régional que soit en partie le phénomène de la mousson, il l'Hin- n'en est pas moins l’un des plus remarquables de la Terre par sa puissance et la majesté de son apparition. De Matheran, près de Bombay, de Maha-
balechvar ou de tel autre promontoire des Ghat occidentales, d'où l'on
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‘ Prault, Cartes de la Direction et de l'Intensité probable des vents dans la mer des Indes. * Mühry, Zeitschrift für Meteorologie von Carl Jelinek, 1867, n° 21
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contemple à la fois la mer, les rivages et les gorges des montagnes, on peut embrasser dans son ensemble le spectacle que présente l'arrivée du météore. Du 6 au LS juin, suivant les années, s'amassent les premiers nuages de tempête, avant-coureurs de la mousson. Sur un côté de l'horizon, les vapeurs cuivrées s'empilent en tours, se groupent en € éléphants », suivant l'expression locale !, puis s’avancent lentement vers la terre; la nue s'épaissit, elle recouvre une moitié du ciel, tandis que l'autre moitié n'a pas une tache dans son azur. D'un côté, les ténèbres enveloppent bientôt les montagnes et la vallée, tandis qu'au loin le tracé des rivages apparait avec une netteté merveilleuse, et que la mer, les rivières pareilles à des plaques d'acier, les campagnes, les villes éparses, semblent briller d’un éclat surnaturel, Le tonnerre commence à gronder, les nuages se heurtent contre les escarpements des Ghat et la tempête se déchaine, les éclairs se succèdent sans interruption, la foudre roule incessamment dans l'espace, la pluie s'abat en torrents. Puis une déchirure se fait dans l'épaisseur des nuées, la elarté revient peu à peu, la nature s'illuraine de nouveau sous le soleil couchant, et de toutes ces masses écroulées du ciel il ne reste plus que de légers brouillards remontant les vallées, ou s’effrangeant aux sommets des arbres. Tel est ordinairement le premier orage de la mousson, précédant les pluies régulières; mais il arrive aussi que les nuées pluvieuses se présentent sans accompagnement de tonnerre ; l'obscurité s'empare soudain de l'espace et l'averse commence. Parfois les nuages défilent pendant un où deux jours le long des promontoires, comme des vaisseaux de guerre passant au large d'une forteresse; en doublant le cap, chaque nuage envoie son éclair et sa foudre : on dirait que le ciel est en guerre avec les montagnes?.
La régularité du phénomène des moussons, de juin en septembre, a certainement eu pour conséquence de rythmer, pour ainsi dire, les allées et venues des tribus de l'intérieur, de même qu'elle a longtemps marqué les mouvements du commerce le long des côtes de la Péninsule, Avant qu'on n’utilisât les bateaux à vapeur dans la mer des Indes, les saisons étaient parfaitement réglées pour le va-et-vient des navires sur les eôtes de Malabar et de Coromandel. Bien avant Néarque, : ; Arabes qui portaient les richesses de l'Inde dans les ports de la mer Rouge avaient appris à connaître la marche des vents réguliers, alternant d'un rivage à l'autre; ce phénomène du renversement des airs devait frapper les marins dès les origines
‘ Thévenot, Voyage au Levant.
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