AFFAISSEMENT DU SOL DE LA NÉERLANDE
restes d’une construction, probablement romaine, qu'il fut possible d’examiner de près, en 1520, par une marée très-basse. Dans ces ruines, qui se trouvaient au nord-est de Katwijk, à un kilomètre en mer, on à voulu, bien à tort, par une sorte de patriotisme archéologique, reconnaitre la tour que fit ériger Caligula au bord de l'Océan, en souvenir d’une prétendue victoire remportée sur les Bretons : de là le nom d’Arx Britannica où de Huis te Brüten, sous lequel on désignait ces débris actuellement disparus. Au commencement du seizième siècle, les murs avaient encore une hauteur de près de 3 mètres; en 1552, quand on les revit, ils n'avaient plus que 60 centimètres d’élévation; enfin en 1752, par une marée exceptionnellement basse, les fondations se montrèrent pour la troisième fois, mais on n’en voyait plus que les pilotis. Les marins prétendent aussi que dans les mêmes parages, mais à deux ou trois kilomètres plus avant dans la mer et sous dix-huit ou vingt mètres d’eau, il existe d’autres ruines, le Toren van Calla, entourées d'arbres fossiles dont on aurait recueilli des fragments de branches, noires et dures comme de l’ébène".
A ces exemples d’affaissement du sol on peut opposer des faits qui témoignent de l'égalité de niveau maintenue pendant les âges historiques dans certaines parties du littoral. Ainsi Staring signale d’arciennes plages marines que des alluvions et des dunes ont séparées de l'Océan et qui se trouvent maintenant au niveau précis de l’estran moderne. D’après ce géologue, il n’y aurait point de preuves positives d’un abaissement général des côtes de la Hollande pendant l’époque historique : toutes les dénivellations que l’on signale seraient l'effet d'un tassement local des tourbes et des boues desséchées. Il reconnaît que les polders du littoral s’affaissent régulièrement après avoir été endigués, et même il cite l'exemple du Bijlmermeer, dont la dénivellation a été d’un demi-mètre environ dans l’espace de vingt-cinq ans; mais le drainage plus complet du sol, le poids des maisons et des briquetages de routes, le passage incessant des bestiaux auraient été la cause de ce phénomène, analogue au dégon/ement graduel d’une éponge comprimée, On a remarqué sur les bords du Dollart que les anciens polders reconquis dès le seizième siècle ont un niveau inférieur de 2 mètres aux terrains nouvellement repris sur l'estuaire ; mais sur les
côtes frisonnes de la mer du Nord, de même qu'à l'orient du Zuiderzee,
dans les provinces de Gueldre et d'Overijssel, les campagnes endiguées dès le huitième siècle, c’est-à-dire depuis trois ou quatre fois plus de temps que les polders du Dollart, ne sont pourtant pas plus déprimées au-
Alphonse Belpaire, De la plaine maritime depuis Boulogne jusqu'au Dancmark.
dessous du niveau marin; au contraire, il existe plusieurs de ces anciens
polders dont l’affaissement ne dépasse pas un mètre. On pourrait citer aussi les polders d'Enkhuyzen en exemple du ralentissement et de l'arrêt final du mouvement de dépression : de 1492 à 1616, le sol s’abaissa de 1! mètre 525, c’est-à-dire de près d’un centimètre par an; en 1752, ou 116 ans plus tard, le tassement, trois fois moindre en proportion, n'avait pas même été d’un centimètre tous les trois ans°; depuis, on n’a pas signalé d'autre resserrement du sol. De même, si les moulins d’épuisement établis en 1608 autour des polders du Wieringerwaard se trouvèrent insuffisants en 1751 et s'il fallut élever un deuxième étage de moulins,
ceux-ci suffisent amplement depuis le siècle dernier.
Ainsi l’affaissement graduel des assises profondes qui portent les terres superficielles de la Hollande n’est pas encore absolument prouvé. Sans doute, le fait n'aurait rien d'étrange, puisque la géologie n’est que lhis- Loire des plissements et des oscillations de l'enveloppe planétaire. La surface de la Terre vibre continuellement : les vagues de renflement se pr'opagent comme des flots d'une extrémité à l’autre des continents, mais ces vagues sont lentes à nos veux et des milliers d'années peuvent s'écouler sans que le niveau d'un rivage nous ait paru changer. C'est ainsi qu’en Hollande cette longue suite d'âges qu'on appelle une période géologique nous révèle de grandes oscillations de niveau dans les couches profondes,
mais les temps historiques ont été trop courts pour qu'il ait été possible de reconnaitre avec certitude le mouvement des assises situées au-dessous des tourbes et de la terre végétale. La Hollande a été comparée à une embarcation qui fait eau et s'enfonce peu à peu sous l'équipage ; mais le mouve-
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Sr a
ment de descente est peut-être limité aux terrains superficiels et le pays tout entier n'est pas menacé de couler à fond. Quoi qu'il en soit, les érosions du flot, les tempêtes, les inondations des
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fleuves ont submergé maintes régions de la Hollande, et de vastes contrées
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L du littoral ont été englouties comme si leur niveau s'était abaissé soudain :
14 les conséquences ont été les mêmes que si le sol s'était engouffré de lui-
[4 | même, Il suffit de suivre du regard le profil de la côte néerlandaise pour
[8 | 4 comprendre combien grande à été l'œuvre de destruction. La forme nor-
| {:! male de tout le rivage qui s'étend du cap Grisnez à la pointe de Skagen se
|} compose d’une série de courbes élégantes alternativement convexes et con- Ê aves, suivant la direction du flot de marée qui les baigne. Mais sur les P
côtes de la Hollande ces courbes régulières sont deux fois interrompues,
ï Ntariny. Voormaals en Thans. P # L'Epie, Natuurlyke gesteldheid van Noord-Holland.