CANAL DE ROTTERDAM, MAASTRICHT
franchissant le Lek par un seul tablier de 150 mètres, était naguère celui qui présentait la travée la plus longue construite jusqu'alors : il est dépassé maintenant, à cet égard, par le pont jeté à Saint-Louis sur le Mississippi.
La Hollande a beaucoup moins de villes que la Belgique, non-seulement parce que la population totale du pays est moindre, mais aussi parce que les mœurs des habitants diffèrent. L'industrie a plus d'importance relative en Belgique et groupe les ouvriers en communes populeuses; la Hollande, au contraire, est une contrée où le travail agricole a la prépondérance, et dans plusieurs provinces la population presque tout entière est dispersée dans les villages, les hameaux, les fermes isolées.
Maastricht, la place fortifiée qui défendait les frontières méridionales de la Néerlande, mais dont les ouvrages de défense sont démantelés, est située, pour ainsi dire, sur le territoire belge : elle occupe une étroite bande de terrain sur la rive gauche de la Meuse, qui, par ses eaux sinueuses, sert, en amont et en aval, de limite commune à la moitié du Limbourg restée belge et à la moitié néerlandaise, un beau pont relie la ville au faubourg de Wijk, sur la rive droite du fleuve. Lors de la séparation des deux États, la Hollande, dont les troupes s'étaient maintenues dans la citadelle de Maastricht, voulut garder à tout prix cette importante position militaire, célèbre comme lieu de passage de la Meuse : son nom même, Wosae trajectus, lui vient de l'endroit qu’elle occupe et que les armées ennemies se sont disputé fréquemment; on se rappelle surtout le siège de 1979, qui coûta tant d'efforts, tant d'assauts infructueux et qui se termina par l'entrée triomphale du prince Alexandre Farnèse, porté sur les épaules de ses vétérans, à travers les rues où gisaient huit mille cadavres‘! L'histoire de Maastricht se confond souvent avec l’histoire militaire de la France, par les sièges que dut subir la ville, tantôt attaquée, tantôt défendue par des troupes françaises. Entourée de trois côtés par le territoire belge, Maastricht se rattache aussi à la France par le langage d’une grande partie de ses habitants : le français est plus répandu à Maastricht que le hollandais, l’idiome officiel du pays; quant au dialecte populaire, c’est un patois bas-allemand que les Néerlandais ne comprennent guère. L'industrie est très-active à Maastricht, surtout pour la fabrication du verre,
* Lothrop Motley, Histoire de la fondation de la république des Provinces-Unes
les poteries, les papiers, les étoffes, les cigares, les boissons; le mouvement de la navigation sur la Meuse et le canal de Zuid-Willemsvaart, qui communique avec Bois-le-Due, est de plus de 17 000 embarcations, dépassant un million de tonnes.
Si la ville de Maastricht possède un admirable porche du treizième siècle, ornant la façade latérale d'une église, Roermond où « Bouche de Roer », située sur la rive droite de la Meuse, au confluent de la Roer, montre avec orgueil l'un des plus beaux monuments religieux de l'art romano-byzantin, une église abbatiale des premières années du treizième siècle, terminée pendant la période ogivale. Formée peu à peu autour de l'abbaye, Roermond est une ville catholique aux nombreuses chapelles et son industrie consiste en grande partie dans la fabrication des objets de sainteté, Quant à Venlo, située plus bas, également sur la rive droite de la Meuse et près de la frontière de la Prusse, cette ville, où furent inventées les bombes, doit la célébrité de son nom à son ancienne importance stratégique et aux nombreux sièges qu'elle a dû subir; elle est maintenant un centre de croisement pour les chemins de fer et fait un grand commerce de transit : ses marchés de bétail sont très-fréquentés. Au sud-ouest, près de la frontière de Belgique, le gros bourg de Weert est un entrepôt de denrées agricoles, autour duquel les cultures gagnent peu à peu sur Îles anciennes solitudes de la Campine hollandaise. Kerkrade a son petit bassin houiller, Sittard, Heerlen, Venraij leurs marchés de céreales.
Toute la région qui s'étend à l’ouest du Limbourg, entre le territoire
belge et le cours inférieur de la Meuse, est aussi une contrée agricole, où
plusieurs grandes communes ont une partie considérable de leur popula-
tion éparse dans les campagnes; mais les progrès industriels de ce pays
dépassent tous ceux qui se sont accomplis dans les autres provinces hol-
landaises. Helmond, située, comme Weert, dans le voisinage des terres de
la Campine, est une ancienne bourgade rurale, devenue ville d'industrie ; ses voisines, Uden, Veghel, Gemart, Schijndel ont des filatures de lin et de coton, Boxtel est une gare de croisement pour les chemins de fer. Tilburg,
dont plus de la moitié de la population se trouve encore dans la bai-
lieue, à pris depuis le milieu du siècle une importance extraordinaire
comme centre principal de la fabrication des lainages en Hollande : on y
tisse toutes les étoffes, des draps les plus fins aux tissus les plus grossiers'. La population de Tilburg a presque triplé depuis 1860 et main-
* Industrie des laines à Tilburg en 1876 :
145 fabriques, dont 53 employant des machines à vapeur : 7300 ouvriers. (Müllender, Rapport sur l'industrie lainière.)
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MAASTRICHT, VENLO, TILBURG, BOIS-LE-DUC, BREDA. 915
tenant cette commune est plus peuplée que la capitale du Noord-Brabant, Hertogenbeseh ('s Bosch, den Bosch) ou Bois-le-Duc, qui tire son nom d'un pare magnifique où les dues de Brabant avaient une splendide résidence, disparue sans qu'il en reste de traces, Cette ville, dont les drapiers, les fabricants de toile, les couteliers, envoyaient autrefois leurs marchandises dans toute l'Europe chrétienne, est devenue célèbre par ses fortifications, maintenant déclassées, contre lesquelles sont venus se heurter tant de fois les assiégeants : c'est là, en 1585, que la défaite des Hollandais décida du sort d'Anvers. De nos jours, Bois-le-Due renferme des usines de toute espèce; les importations en matières premières s’y font en si grande quantité, que le port de la rivière canalisée, passant dans la ville, égale par son mouvement celui de ports maritimes très-fréquentés ', À l'est de Bois-le-Due, Gavre, sur la Meuse, est aussi une ancienne place forte, illustrée par la défense héroïque de Chamilly, en 1674. Au sud-ouest, la ville industrieuse de Breda, bâtie comme Bois-le-Duc dans une région basse et peu salubre, fut également l'une des villes de guerre dont le nom a été le plus fréquemment répété dans l'histoire militaire des trois derniers siècles; c'est là que fut signé en 1965 le « compromis des nobles », premier signal de la résistance contre le régime espagnol. Le château de Breda, bel édifice de la Renaissance italienne, est devenu l'école des cadets de l’armée néerlandaise. Bergen-op-/oom, jadis place forte, bâtie par le fameux Coehorn sur un renflement du sol dominant la coulée de la Zoom, non loin d'un bras de mer qui fut autrefois l'estuaire de l'Escaut, à été, comme Bois-le-Due et comme Breda, souvent assiégée, souvent prise.
On se rappelle surtout le siège de 1747, par le général français de Lüwendal, siège que rien ne prouve, comme on le répète d'ordinaire, s'être terminé par le massacre de la garnison et d’une grande partie des habitants”.
Bergen-op-/oom, privée de la navigation qui se faisait autrefois par les deux estuaires de l'Escaut, a perdu presque tout son commerce maritime ;
des bancs de sable occupent le golfe voisin et le remblai du chemin de fer sert de point d'appui à de nouvelles alluvions : Bergen-op-Zoom remplace
maintenant la navigation par l'ostréiculture *. Plusieurs communes importantes sont éparses au milieu des terres basses de la province de Noord- Brabant : Oosterhout, Zevenbergen, Steenbergen, Roosendaal, Etten-en-Leur,
! Mouvement total du port de Bois-le-Duc, en 1874: 14519 navires jaugeant 768 750 tonneaux. Flottille à vapeur du port, 43 bateaux de 984 tonneaux.
# IL. Havard, La Hollande pittoresque, le Cœur du Pays.
3 Production des huîtres dans les pares de Bergen-op-Zoom en 1873. . . . . 500 000 , » » » 1874. . .. 2 500 000
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Prinsenhage, entourée de jardins, Geertruidenberg, où se construisent des embarcations, A l'est de cette ville, sur les bords d'une «ancienne Meuse », se succèdent les nombreux villages de la Langstraat ou « Longue Route », presque tous riches et prospères : les habitants, bons agriculteurs, s'oceu-
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