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Nouvelle géographie universelle [microforme]

La publication d'une Géographie universelle peut sembler une entreprise léméraire, mais elle est justifiée par les progrès considérables qui se sont accomplis récemment et qui ne cessent de s’accomplir dans la conquête scientifique de la planète. Les contrées qui sont depuis longtemps le domaine de l’homme civilisé ont laissé pénétrer une grande partie de leurs mystères ; de vastes régions, que l'Européen n'avait pas encore visilées, ont été rattachées au monde connu, et les lois mêmes auxquelles obéissent tous les phénomènes terrestres ont été scrutées avec une précision plus rigoureuse. Les acquisitions de la science sont en trop grand nombre et trop importantes pour qu’il seit possible d’en introduire le résumé dans quelque ouvrage ancien, fûtl même de la plus haute valeur, comme l’est celui de l’illustre Malte-Brun. À une période nouvelle, il faut des livres nouveaux.

Ma grande ambition serait de pouvoir décrire toutes les contrées de la Terre et les faire apparaître aux yeux du lecteur comme s’il m'avait été donné de les parcourir moi-même et de les contempler sous leurs divers aspects; mais, relativement à l’homme isolé, la Terre est presque sans limites, et c’est par l'intermédiaire des voyageurs que Jai dû faire surgir l’infinie succession des paysages terrestres. Toutefois j'ai tâché de ne point suivre mes guides en aveugle et je me suis efforcé par d’incessantes lectures de contrôler les descriptions et les récits. Avant de reproduire les paroles, j'ai toujours attendu de

il AVERTISSEMENT

m'en être rendu un compte exact ; j'ai fait revivre la nature autour de moi,

Mais celte nature elle-même change constamment avec les hommes qu'elle nourrit. Les mouvements intérieurs dressent ou rabaissent les montagnes, les eaux courantes déblayent le sol et l’entraînent vers la mer, les courants sapent les falaises et reconstruisent les archipels, la vie fourmille dans les flots et renouvelle sans fin la surface de la Terre, enfin les peuples changent par l'agriculture, l'industrie, les voies commerciales, l'aspect et les conditions premières des continents qui les portent, et ils ne cessent de se modifier eux-mêmes par les migrations et les croisements. La mobilité de tout ce qui nous entoure est infinie, et pourtant il faut essayer d’en donner une idée, dépeindre à la fois le milieu primitif et le milieu changeant. Déjà dans le livre La Terre, qui est en quelque sorte la préface de l'ouvrage actuel, j'ai tenté de décrire lous les mouvements généraux qui se produisent à la surface du globe ; maintenant il s’agit de les suivre dans leurs détails à travers les continents et les mers, Pareille œuvre, je le sens, est bien difficile à mener à bonne fin, mais je trouve l’excuse de ma hardiesse dans la grandeur même de la tâche et j’y dévoue sincèrement les heures rapides de ma vie. La goutte de vapeur qui brille un instant dans l’espace reflète sur sa molécule presque imperceptible l'univers qui l'entoure de son immensilé : c’est ainsi que j'essaye de réfléchir le monde environnant.

La géographie conventionnelle qui consiste à citer les longitudes et les latitudes, à énumérer les villes, les villages, les divisions politiques et administratives, ne prendra qu'une place secondaire dans mon travail ; les atlas, les dictionnaires, les documents officiels fournissent sur cette partie de la science géographique tous les renseignements désirables, Je ne voudrais pas, en me donnant la facile besogne d’intercaler en grand nombre des tableaux de noms ct de chiffres, accroître inutilement les dimensions d’un ouvrage qui sera déjà fort étendu, et je craindrais d’empiéter sur un domaine qui est celui de la cartographie et de la statistique pure. En ajoutant à mon livre de nombreuses cartes, je n'ai point eu non plus l’ambition de composer une sorte d’atlas et de dispenser ainsi le lecteur d’avoir recours aux ouvrages spéciaux. Tandis que les cartes générales ont pour but de

AVERTISSEMENT, nt

donner à ceux qui les étudient tous les renseignements, sans exceplion, qui se rapportent à la configuration du sol et à la position des mers, les planches et les figures de la Nouvelle Géographie universelle sont destinées uniquement à mettre en relief les phénomènes dont 1l est question dans le texte ; tout en restant dans les conditions obligatoires d’exactitude et de précision, elles négligeront les détails secondaires. Loin de remplacer un atlas, mes cartes ne font, pour ainsi dire, que le commenter, en expliquer le sens intime relativement aux phénomènes de la nature et aux événements de l’histoire.

Dans mon iong voyage à travers le monde, des rivages de la Grèce, où co:umence notre civilisation européenne, aux formidables monts de glace qui défendent à l’homme les abords des terres Antarcliques, je ne m'astreindrai point à un ordre absolument rigoureux, La nature étant elle-mème fort diverse dans ses aspects et n’obéissant à aucun régime de régularité conventionnelle, il n°y aurait qu'un ordre tout extérieur à suivre loujours la même routine dans Ja description des pays. Il me semble plus vrai de me laisser diriger dans mon travail par l’importance relative des phénomènes qu'il s’agit de décrire et par les caractères distinclifs et l'état de culture des peuples qui se succéderont dans mes tableaux,

En commençant un travail d’une aussi grande étendue, mon devoir est de m’engager envers le lecteur à une extrème sobriété de langage. d'ai trop à dire pour ne pas être tenu à me garder de toute parole inutile ; je serai done aussi bref qu’il me sera possible de l’être sans nuire à la clarté de l'exposition. La Terre est assez grande et les quatorze cent millions d'hommes qui l’habitent présentent assez de diversités et de contrastes pour que l’on puisse en parler sans se livrer à des répétitions inutiles.

Malheureusement mon ouvrage, avec quelque soin que Je l’aie préparé et que je le rédige, ne sera point exempt de nombreuses erreurs, Celles qui auront pour cause les transformations incessantes de la nature et de l'humanité ne sauraient être évitées et je n'ai pas besoin de m'en excuser, car je ne puis avoir la prétention de devancer le temps. Mais je prévois aussi bien des erreurs qui proviendront, soit de l'ignorance des travaux de mes devanciers, soit, chose plus

grave, de quelque préjugé dont je ne serais pas encore parvenu à me

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